Étiquette : santé mentale

  • Bipolarité et sauvetage aquatique — ce qu’on cache quand on surveille les autres | Maëva Paul

    Santé mentale · Témoignage

    Quand la noyade ne fait pas de bruit

    Bipolarité, addictions et sauvetage aquatique — ce qu’on cache quand on surveille les autres.

    Il y avait une dispute rituelle chaque matin pour savoir qui porterait la chaise ou le sac jusqu’au bord de l’eau. Et une autre pour déterminer qui irait entrer dans le lac avec le thermomètre. Des querelles sans enjeu, qui faisaient du bien précisément parce qu’elles n’en avaient aucun. C’était avec Steven et Emeline, et cet endroit-là — ce bord de lac cerné de montagnes, cette lumière du matin sur l’eau froide — c’était le seul endroit où j’étais le moi qui va bien.

    Pas le moi qui tient. Le moi qui savoure.

    Emeline était chef de poste, protection civile à Paris, plus expérimentée que nous à presque tous les niveaux. Elle nous apprenait les règles qui coûtent cher si on les oublie — on ne reste jamais seul dans une pièce avec un enfant, on les installe sur une chaise devant le poste pour les bobologies. Des principes qui ne souffrent aucune exception. Et pourtant elle savait que je fumais, elle sentait l’odeur de cannabis devant le mobil home, et elle n’a jamais rien dit. Pendant toute une saison. Je le lui ai demandé plus tard, directement, et elle m’a répondu simplement : elle me faisait confiance. J’étais investie, désireuse d’apprendre, et ça n’impactait pas mon travail. C’était suffisant pour elle.

    J’ai retenu cette façon d’être avec les gens. Faire confiance sur les actes, pas sur les apparences.

    Les jours où j’étais au maximum — les phases hautes, même si à l’époque on ne nommait pas encore ça clairement — j’allais voir le lever de soleil sur le lac. Je nageais seule dans l’eau froide avec les montagnes autour. On faisait du bivouac, des réveils en altitude. L’espace d’un été, j’avais l’impression d’être exactement là où je devais être dans l’existence.

    Le sauvetage aquatique c’est un des métiers les plus à responsabilités qui soit, exercé dans un des contextes les plus décontractés qui soit. Des touristes en vacances, des enfants qui courent, de la musique au loin — et toi, assis ou les pieds dans l’eau, à surveiller une zone de bain en sachant que ta distraction d’une seconde peut envoyer quelqu’un aux urgences ou toi en prison.

    Ce que les gens ne voient pas c’est le reste. Le mépris ordinaire de certains vacanciers pour un travail qu’ils considèrent comme du farniente. Le fait de ne jamais connaître la suite de l’histoire quand on envoie quelqu’un en mauvais état à l’hôpital. Le risque, qui grandit chaque année, de trouver un corps dans sa zone de bain.

    On extériorisait chacun à notre façon. Certains allaient courir une heure. D’autres buvaient des verres au bord de piscines privées ou de couchers de soleil. D’autres nageaient toujours plus loin, toujours plus longtemps. On ne parlait pas vraiment de ce que ça faisait, à l’intérieur. On décompressait, c’est tout.

    Ce métier, l’espace d’une journée de travail, me faisait arrêter de penser à tout ça. J’étais pleinement dans mon rôle. Je me sentais capable de quelque chose.

    C’est une sensation rare quand tu passes la moitié de ta vie à douter de ce que tu vaux.

    L’été 2022, au Léman, les diagnostics étaient encore en cours. Bipolarité, borderline, peut-être les deux — trop de consommations pour être certain de quoi que ce soit. Je cherchais un psychiatre qui comprendrait vraiment, une psychologue qui ne resterait pas en surface. Je voulais être provoquée, bousculée, pas ménagée.

    En surface, j’étais cash. Franche, directe, sans filtre apparent. C’était une stratégie, même si je ne me le formulais pas comme ça à l’époque. Être transparente sur la forme pour garder le fond bien caché. Personne ne regardait derrière si la façade était suffisamment convaincante.

    Mes crises, je les avais en solitaire. Quelques rares fois quelqu’un l’a su. La plupart du temps, non.

    L’année d’après c’est l’été de la tentative de suicide. En juin, l’école me force à prendre une césure pour me soigner. J’ai décidé d’aller en clinique psychiatrique en septembre — parce que je ne voulais pas me priver de ma saison. C’était mon moment préféré de l’année et je n’allais pas y renoncer pour une hospitalisation, même justifiée. J’ai d’abord fait ma saison. C’est Emeline qui m’a conduite aux urgences cette nuit-là, après que ma colocataire l’avait appelée. Elle a frappé à la porte et dit sur son ton qui ne souffre aucune discussion : « Tu ouvres, ou les pompiers le feront. » J’ai ouvert immédiatement. On a marché une heure dans le camping. Elle m’a parlé, j’ai parlé. Elle a évoqué le fait qu’elle m’avait laissé chef de poste à son retour et que j’avais refusé — comme si c’était lié à ce qui venait de se passer. Ce n’était pas ça la raison. C’était juste un éclat dépressif et suicidaire que j’essayais de contenir depuis trop longtemps.

    Je continue de faire ce métier aujourd’hui en partie pour aller contre ceux qui pensent que je n’en suis pas capable. Contre le diagnostic, contre les limitations implicites qu’on assigne aux gens comme moi. Ian dans Shameless, bipolaire et ambulancier — même logique, mêmes intentions. Je me reconnais dans cette obstination-là.

    En 2021, à Morzine, j’ai commencé à vraiment beaucoup boire. Je faisais des terreurs nocturnes, je m’endormais bourrée tous les soirs. C’est là que c’est devenu une addiction problématique — pas une habitude, pas une façon de fêter, quelque chose d’autre. Quelque chose qu’on fait parce qu’on ne sait plus comment s’endormir autrement.

    En 2022, première saison au Léman, personne ne me connaissait encore. Je voulais faire bonne impression. Et puis je ne voulais tuer personne — alors je gérais. Que le soir. J’arrêtais à une certaine heure. Cannabis, un peu d’alcool. Une façon de tenir le rythme sans laisser voir les coutures.

    Aujourd’hui les substances ont changé. Les besoins aussi. La baignade est non surveillée, les responsabilités pénales différentes — et dès que le premier gamin commence à avoir la tête sous l’eau, je saute. Mon corps sait encore faire ce qu’il faut faire. Je ne risquerais pas la vie des gens si je n’en étais pas certaine.

    Mais les humains m’épuisent de plus en plus. Je commence à trop douter, à trop psychoter. Le métier qui me ressourçait se met à peser différemment.

    Il y a une question que je ne me suis pas encore posée jusqu’au bout : est-ce que je continue pour ce que ce métier m’apporte, ou pour prouver à quelqu’un — à moi — que je peux encore ?

    Je ne vais pas écrire que j’ai compris quelque chose de définitif. Ce n’est pas vrai et ça ne l’a jamais été.

    Ce que je sais c’est que les métiers de secours ont une façon particulière de coïncider avec certains fonctionnements psychiques. La vigilance constante, la responsabilité du vivant, l’adrénaline des urgences entrecoupée de vides profonds — c’est un terrain qui résonne avec la bipolarité d’une façon que je n’arrive pas encore à totalement démêler. Est-ce que ça l’amplifie ? Est-ce que ça la structure ? Les deux à la fois selon les jours ?

    Ce que je sais aussi c’est qu’on ne parle pas de ça. On ne parle pas des sauveteurs qui décompressent mal, qui automédiquent, qui tiennent le poste impeccablement pendant huit heures et s’effondrent le soir. La figure du secouriste n’a pas droit à la fissure visible.

    Et c’est peut-être pour ça que j’écris ça ici.

    À celle que j’étais Si tu te reconnais dans ce texte — dans l’obstination à prouver, dans la décompression qui dérapait, dans les crises gérées en solitaire parce que la façade tenait bien — tu n’étais pas irresponsable. Tu faisais ce que tu pouvais avec ce que tu avais. Et tu savais sauter à l’eau au bon moment. C’est pas rien.
  • La colère – atelier d’écriture thérapeutique

    La colère — Atelier d’écriture thérapeutique | Maëva Paul

    Atelier d’écriture

    Mars 2026

    La colère

    Pas celle qu’on t’a appris à cacher. La vraie.

    On t’a appris à la ravaler. À la transformer en larmes, en silence, en excuses. À la justifier avant même de l’exprimer. À la qualifier d’excessive, de disproportionnée, de dangereuse.

    Mais la colère n’est pas un défaut. C’est un signal. Elle dit que quelque chose n’était pas juste. Qu’une limite a été franchie. Qu’on t’a fait du mal, ou qu’on t’a empêché·e d’exister pleinement.

    Cet atelier, c’est une permission.
    Pas de la violence. Pas de la haine.
    Juste — enfin — le droit d’être en colère.

    Écris sur ta colère. Pas celle qu’on t’a appris à cacher, à excuser, à minimiser. La vraie. Celle qui brûle encore. Celle qui n’a jamais eu le droit d’exister.

    Pas de règles de style, pas de longueur imposée. Un mot, une phrase, une page entière — tout est bienvenu. Ce qui compte, c’est que ce soit vrai.

    Les consignes d’écriture

    01

    Installez-vous

    Un endroit où vous ne serez pas dérangé·e. Pas besoin de calme parfait — parfois la colère s’écrit dans le bruit.

    02

    Le point de départ

    Commencez par : « J’aurais dû avoir le droit d’être en colère quand… » — laissez venir sans censure.

    03

    Explorez

    Où se loge-t-elle dans votre corps ? Depuis quand est-elle là ? Contre qui, contre quoi ? Ne minimisez rien.

    04

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    • Une balade sans sens — Villevaude, avril 2025 | mae(va) PAUL

      Carnet de balade  ·  Villevaude  ·  Avril 2025

      Une balade
      sans sens.

      Je suis parti·e marcher sans destination dans un village ordinaire. Ce que j’ai trouvé : une machine à baguettes, une traction avant noire, et la confirmation que je suis beau·belle à la fois, et que c’est suffisant.

      Distributeur maBaguette devant une école, Villevaude, avril 2025
      I

      Baguette fraîche dans une machine,
      Ou est donc le sens ?
      Je marche dans le village,
      Au bout de 3 pas je ne comprends
      déjà pas ce que je vois.

      Villevaude — avril 2025 Distributeur maBaguette. Baguettes fraîches, 24h/24.

      Il y a quelque chose d’absurde dans un distributeur automatique de baguettes artisanales. Comme si on avait voulu réconcilier deux mondes qui n’ont rien à faire ensemble : le geste du boulanger et la logique du DAB. Villevaude n’a pas de boulangerie. Elle a une machine. C’est peut-être ça, la modernité rurale.

      Je me suis arrêté·e devant quelques secondes. Pas pour acheter. Pour comprendre. J’ai pas compris.

      Digression

      En France, plus de 400 communes rurales ont perdu leur dernière boulangerie depuis 2010. La baguette automatique n’est pas une absurdité — c’est une réponse. Ce qui est absurde, c’est la question à laquelle elle répond.

      Selfie dans un miroir rayé, veste camel, lunettes aviateur — Villevaude avril 2025
      II

      Je me suis fait beau gosse,
      Et oui maman pas belle gosse,
      Désolé si ça ne vous convient pas,
      Mais je suis beau et belle à la fois.

      Avant de sortir — seul miroir du mobil-home Veste camel, lunettes aviateur, trois colliers. Beau·belle à la fois.

      Avant de partir, je me suis regardé·e dans le miroir rayé de mon logement. Veste camel oversize, lunettes de soleil, colliers superposés. Ce jour-là j’ai vu quelqu’un, pas une silhouette floue entre deux cases, quelqu’un. Beau gosse. Pas belle gosse. Les deux. Le miroir était rayé mais l’image était nette.

      Ce n’est pas une crise identitaire, c’est juste mardi. Je sors promener ce corps-là, tel qu’il est, dans un village qui a une machine à baguettes à la place d’une boulangerie. Le monde est incohérent, autant l’être aussi.

      Digression

      Il y a quelque chose de particulier à se photographier dans un miroir abîmé. Les rayures ne cachent pas — elles ajoutent. Une texture sur la texture. Le reflet devient une interprétation plutôt qu’une copie. Peut-être que c’est pour ça que ce format persiste : le miroir abîmé dit la vérité mieux que le miroir parfait.

      Traction avant noire au rond-point de Villevaude, avril 2025
      III

      Une voiture originelle d’un petit village,
      Parfois j’aimerais comme les bandits,
      Voler une voiture et en faire
      mon appartement.

      Rond-point — Villevaude, avril 2025 Traction avant Citroën. Elle roule encore, bien, sans s’excuser.

      Une traction avant noire traversait le rond-point. Sobre, massive, anachronique. Le genre de voiture qui appartient à une autre époque et qui pourtant roule encore, tranquillement, sans s’excuser d’exister dans un monde qui ne la comprend plus.

      J’ai pensé à vivre dedans. Pas par romantisme du banditisme — plutôt par attrait pour l’idée d’un espace à soi, suffisant, mobile. Quelque chose qui dit : je n’ai besoin de rien de plus que ça. Quatre murs qui bougent. Appeler ça chez soi.

      Panneau Police Municipale sur vieux mur de pierre, pub KFC en arrière-plan — Villevaude avril 2025
      IV

      Toujours la police à côté de chez moi,
      Je crois que la vie se joue de moi.
      Mais j’passe en fumant alors que moi je ne sens pas,
      L’odeur que je répands ni leur présence.

      Rue de la Tour — Villevaude, avril 2025 Mur médiéval, panneau institutionnel, KFC. Trois époques sur un même angle.

      Rue de la Tour. Police Municipale, flèche vers la droite. Derrière : un vieux mur de pierre qui a vu passer des siècles, et une pub KFC qui n’a pas encore eu le temps de jaunir. Le mélange de temporalités est tellement violent que ça en devient presque une installation.

      Je suis passé·e. Ni l’odeur ni leur présence — rien ne m’a rattrapé·e. C’est ça aussi, passer entre les mailles sans même essayer : certains corps se rendent invisibles sans le vouloir, et d’autres n’y arrivent jamais.

      Digression

      L’invisibilité n’est pas un superpouvoir, c’est une loterie. Elle dépend de comment tu es lu·e, de ce que tu portes, de l’heure, de l’endroit. Ce jour-là j’ai eu de la chance. Ce n’est pas toujours le cas.

      Vue du dessus — jean brodé de fleurs, chaussures brodées multicolores sur gravier — Villevaude avril 2025
      V

      Des fleurs et une jolie tenue,
      Mi fille mi garçon,
      Un collier bleu un collier rose
      et un collier de mon amoureuse.
      Comme ça pas de jaloux même si
      notre chaîne est plus forte que tout.

      Quelque part sur le gravier — Villevaude, avril 2025 Jean brodé, chaussures fleuries. Mi fille mi garçon, tout à fait moi.

      Vue du dessus : un jean brodé de fleurs jaunes et roses, des chaussures qui continuent dans la même veine. L’identité par l’accumulation de détails : pas une déclaration, juste ce que j’avais envie de mettre ce matin-là.

      Quatre colliers superposés. Celui de mon amoureuse a été fait avec des couleurs non genrées, parce qu’elle sait. Elle me laisse être moi sans poser de questions, et ça, c’est rare. Le deuxième et le troisième forment une paire : un rose et un bleu. Et le dernier c’est un lien au sens propre. Une chaîne qui tient mieux que n’importe quoi d’autre.

      Pas de jaloux. Pas d’explication non plus — juste quatre objets qui savent ce qu’ils représentent, portés ensemble, sur un gravier de village ordinaire.

      Villevaude — avril 2025  ·  mae

      Je suis rentré·e chez moi sans réponse. Une machine à baguettes, une vieille traction noire, un panneau de police devant un KFC, et mes propres pieds sur du gravier. C’était suffisant. Les meilleures balades sont celles qui ne mènent nulle part — on revient avec des vers, et la confirmation que le monde est incohérent. Mais qu’on peut l’être aussi, et que c’est très bien comme ça.

    • Euphoria & santé mentale : addictions, trauma et trouble bipolaire

      Psychologie · Séries · Dossier

      Ce que Euphoria dit vraiment de nous

      Série Euphoria — Sam Levinson
      Saison 3 Disponible dès le 13 avril 2026 sur Max
      Thématiques Addictions, trauma, trouble bipolaire, comportements à risque

      La saison 3 d’Euphoria arrive le 13 avril 2026. Cinq ans ont passé pour Rue et les autres. Cinq ans pendant lesquels la série, elle, est restée dans les têtes, pas uniquement pour son esthétique hallucinée, mais parce qu’elle avait osé filmer quelque chose de vrai. Quelque chose qui ressemble à ce qu’on ne dit pas à voix haute.

      Il y a des séries qui montrent la souffrance comme décor. Euphoria la montre comme langue maternelle. Les drogues, les crises, les corps qui débordent : ce n’est pas du sensationnalisme. C’est une tentative, maladroite et sincère, de dire : ces choses existent, et elles méritent d’être regardées en face.

      Alors avant que la saison finale arrive, voilà un retour, pas sur l’intrigue, mais sur ce que la série révèle de nous. Sur les addictions, les traumatismes, le trouble bipolaire, les comportements à risque. Sur ce qu’on porte, souvent sans le nommer.

      Rue, ou comment la douleur trouve une sortie

      Rue Bennett n’a pas commencé à se droguer par curiosité. Elle a commencé parce que son cerveau lui faisait mal, parce que la drogue lui a paru plus sympathique que la réalité, et qu’elle a aimé les sensations, ou leurs absences. Après la mort de son père, elle a découvert que certaines substances faisaient taire quelque chose. Provisoirement. Suffisamment.

      C’est ce qu’on appelle l’automédication : utiliser une substance : alcool, cannabis, opioïdes, pour gérer des symptômes que le reste n’a pas su traiter. Un trouble anxieux non diagnostiqué, un épisode dépressif, un trauma qui n’a pas encore de nom dans la bouche du médecin. La substance fonctionne. C’est là le piège : elle fonctionne vraiment, au moins au début.

      Note personnelle

      Ce qui m’a frappée en regardant Euphoria pour la première fois, c’est qu’elle n’avait pas pitié de ses personnages. Elle les regardait en face. Sans les protéger du regard du spectateur, sans leur offrir la dignité facile de la rédemption. C’était inconfortable. C’était juste.

      À savoir

      L’automédication est documentée comme facteur de risque majeur dans le développement des troubles addictifs. Les personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou de stress post-traumatique ont statistiquement un risque plus élevé de développer une dépendance — non pas par faiblesse de caractère, mais parce que leur système nerveux cherche un régulateur que leur environnement ne leur a pas fourni.

      En France, selon l’OFDT, la comorbidité entre troubles psychiatriques et conduites addictives concerne environ 40 à 60 % des personnes en traitement pour addiction.

      Le trauma comme point de départ, pas comme excuse

      Euphoria ne présente jamais le traumatisme comme une justification suffisante — c’est une nuance importante. Les personnages ont des histoires douloureuses, mais la série ne les absout pas pour autant. Nate a vécu une enfance sidérante de violence psychologique. Il en fait quelque chose d’effroyable. Cassie a grandi dans l’insécurité affective. Elle en fait quelque chose de destructeur.

      Ce que la psychologie du trauma nous dit, c’est que le trauma ne détermine pas le destin. Il configure des réponses, des automatismes, des schémas. Mais ces schémas peuvent être reconnus, et dans certains cas, travaillés. La série montre les schémas. Elle ne prétend pas montrer la guérison. Elle serait moins honnête si elle le faisait.

      Certains personnages voient leur propre destruction et continuent quand même, parce que l’autre option, c’est ressentir.

      Ce que les drogues font au cerveau

      Il y a une scène dans la saison 1 où Rue explique, en voix off, ce qu’elle ressent. Elle ne romantise pas, exactement. Elle décrit. Et cette description est précise : un ralentissement, une chaleur, une distance entre soi et la douleur. Ce n’est pas un fantasme de série. C’est la neurobiologie des opioïdes.

      Le circuit de la récompense et son détournement

      Toutes les drogues agissent sur le système dopaminergique, ce qu’on appelle le circuit mésolimbique de la récompense. Ce système existe pour nous pousser à répéter les comportements essentiels à la survie. Le problème, c’est que les substances psychoactives produisent des pics de dopamine d’une intensité incomparable à tout ce que la vie ordinaire propose.

      Opioïdes

      Se fixent sur les récepteurs mu-opioïdes, bloquent la perception de la douleur physique et émotionnelle. Avec le temps, le cerveau réduit sa propre production d’endorphines et le manque devient physiquement douloureux.

      Stimulants

      Cocaïne, amphétamines augmentent massivement la libération de dopamine et bloquent sa recapture. L’effet est bref, suivi d’une chute brutale qui pousse à redemander.

      Cannabis

      Agit sur les récepteurs cannabinoïdes. Effets anxiolytiques à court terme, mais usage problématique possible, surtout démarré jeune et en contexte de vulnérabilité psychologique.

      Alcool

      Dépresseur du système nerveux central, action sur GABA et glutamate. Désinhibition, puis dépression progressive de l’activité cérébrale. L’un des plus sous-estimés.

      Kétamine Récréatif · Médical

      Dissociatif qui agit sur les récepteurs NMDA du glutamate. Elle coupe temporairement la connexion entre le corps et l’esprit, produisant une sensation de flottement, voire d’absence à soi-même. Récréativement, c’est cet effet de déréalisation qui est recherché. Mais la kétamine a aussi un double visage médical : sous forme d’eskétamine (Spravato), elle est aujourd’hui utilisée comme traitement de la dépression résistante, l’une des rares substances à agir en quelques heures là où les antidépresseurs classiques mettent des semaines. Ce paradoxe entre poison et remède selon la dose et le contexte dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont on pense les drogues.

      Ce que ça change dans le cerveau

      La dépendance provoque une réorganisation profonde du cerveau. Ce n’est plus seulement une question de volonté. Les structures préfrontales impliquées dans la prise de décision rationnelle sont progressivement sous-dominées par des structures plus primitives, qui ne pensent qu’à une chose : retrouver l’état qui a soulagé la douleur.

      C’est pourquoi « tu n’as qu’à arrêter » est l’une des phrases les plus violentes qu’on puisse dire à quelqu’un en état de dépendance. Le cerveau a littéralement changé.

      Ce n’est plus seulement une question de volonté. Le cerveau a littéralement changé. Il cherche simplement à retrouver l’état qui a soulagé la douleur.

      Quand les drogues parlent la même langue que le trouble

      La relation entre trouble bipolaire et consommation de substances est l’une des comorbidités les plus documentées, et les moins bien comprises du grand public. Alcool, cannabis, kétamine, opioïdes, stimulants : chaque substance trouve une logique dans le cycle bipolaire. Pas par accident. Par une cohérence cruelle.

      Le trouble bipolaire, caractérisé par des alternances d’épisodes maniaques et dépressifs, est surreprésenté parmi les personnes qui développent une dépendance. Ce n’est pas un hasard. C’est une logique.

      Deux phases, deux rapports à la substance

      Phase maniaque
      • Énergie décuplée, sentiment d’invulnérabilité
      • Désinhibition, besoin intense de stimulation
      • Les stimulants ou la kétamine prolongent l’état euphorique
      • La prise de risque augmente, y compris dans la consommation
      Phase dépressive
      • Épuisement profond, monde perçu comme hostile
      • L’alcool pour anesthésier, les stimulants pour retrouver de l’énergie
      • La kétamine pour se dissocier de la douleur
      • Les opioïdes pour rendre le quotidien supportable

      Ce double mouvement crée un cycle particulièrement difficile à briser. La substance ne choisit pas une seule phase, elle s’infiltre dans les deux, pour des raisons opposées, avec les mêmes conséquences.

      Le défi du diagnostic

      Une des difficultés majeures dans la prise en charge des personnes bipolaires avec addiction, c’est que les substances masquent ou imitent les symptômes du trouble. Un épisode maniaque peut ressembler aux effets de la cocaïne. Un épisode dépressif peut ressembler au manque d’opioïdes. La dissociation provoquée par la kétamine peut mimer certains états mixtes. Le diagnostic différentiel est complexe et bien souvent retardé de plusieurs années.

      En France, le délai moyen entre les premiers symptômes d’un trouble bipolaire et son diagnostic est estimé à 8 à 10 ans. Pour les personnes également en situation d’addiction, ce délai peut encore s’allonger.

      Note personnelle

      Ma bipolarité et mes addictions s’aiment d’un amour réciproque. L’une nourrit l’autre, l’autre justifie l’une, et quelque part au milieu, il y a moi, qui me suis perdu(e). La frontière entre l’état naturel du trouble et l’état induit par la substance est tellement floue que parfois je ne sais plus vraiment lequel des deux parle. Ou peut-être est-ce les deux qui chantent ensemble ?

      La substance et le trouble parlent la même langue. Et personne autour n’a de traducteur.

      Ce que les drogues font aux décisions

      Euphoria ne montre pas la drogue en isolation. Elle la montre enchevêtrée avec tout le reste : les décisions sexuelles, les conflits, les accidents, les mensonges. C’est là que la série est la plus fidèle à la réalité clinique : la consommation de substances ne produit pas seulement une dépendance chimique. Elle modifie le rapport au risque.

      Désinhibition et prise de risque

      La plupart des substances : alcool, cocaïne, kétamine, benzodiazépines, agissent sur les fonctions exécutives, ces capacités du cortex préfrontal à évaluer les conséquences, freiner les impulsions, projeter dans le futur. Sous leur effet, ce frein est affaibli ou désactivé. Le risque est perçu différemment, ou pas perçu du tout.

      La kétamine ajoute une couche supplémentaire : la dissociation. On n’est plus tout à fait dans son corps, plus tout à fait dans la scène. On observe depuis ailleurs. Ce détachement peut sembler protecteur, et c’est exactement pour ça qu’il est dangereux.

      Le cerveau adolescent

      Chez les adolescents, ce tableau est aggravé par un fait neurologique simple : le cortex préfrontal n’est pas encore mature. Il continue à se développer jusqu’à 25 ans environ. La capacité à évaluer les risques à long terme est déjà incomplète à la base et les substances ne font qu’amplifier cette incomplétude.

      C’est pour ça qu’Euphoria se passe au lycée. Pas pour le scandale. Pour la précision.

      L’inconnu en chaussettes

      Un matin en allant à la pharmacie, j’ai croisé un homme en chaussettes dans la rue. En plein hiver. Tout de suite je l’ai remarqué et j’ai distingué les traits se sa personnalité. Il avait cette façon de regarder le monde depuis très loin dedans, comme si la vitre entre lui et le dehors était épaisse et qu’il n’avait plus la force de cogner dessus.

      Note personnelle

      Il y a des gens dont la santé mentale déborde dans la rue parce que personne n’a su, ou voulu les contenir ailleurs. Des diagnostics que personne n’a pris le temps d’expliquer, des médicaments qu’on ne prend plus parce que les effets secondaires étaient insupportables, des soignants qu’on ne voit plus parce que le système est saturé.

      La schizophrénie non traitée, ça peut ressembler à un homme en chaussettes devant une pharmacie en hiver. Ça peut ressembler à quelqu’un qui te parle d’une voix qu’il essaie de noyer. Euphoria ne va pas aussi loin dans le spectre des troubles psychotiques, mais elle pose quand même la bonne question : qu’est-ce qu’on fait des gens que le monde ne sait pas accueillir ?

      La schizophrénie est souvent réduite dans l’imaginaire collectif à une dangerosité inexistante dans les faits. La réalité clinique est autre : c’est un trouble du traitement de la réalité, dont la prise en charge est complexe et l’observance thérapeutique un défi constant. Le cannabis à usage intensif précoce est reconnu comme facteur de risque dans le déclenchement d’épisodes psychotiques chez les personnes génétiquement vulnérables. Et inversement, les personnes schizophrènes présentent des taux de consommation de substances significativement plus élevés que la population générale, encore une fois, l’automédication comme tentative de gérer des symptômes que rien d’autre ne semblait pouvoir atteindre.

      Qu’est-ce qu’on fait des gens que le monde ne sait pas accueillir ?

      Cinq ans plus tard, et après ?

      La saison 3 opère un saut temporel de cinq ans. Rue a quitté le lycée. Elle est au Mexique, endettée auprès de Laurie, la trafiquante. Ce n’est pas une image de résilience propre, c’est une image de conséquences. Les dettes du passé, au sens littéral.

      Ce choix narratif est courageux : refuser la rédemption immédiate, refuser de laisser entendre que cinq ans suffisent à tout transformer. Les addictions laissent des cicatrices qui ne se voient pas toujours, des structures de pensée qui s’installent, des relations abîmées qui ne se réparent pas si facilement.

      Ce que les personnages portent encore

      Rue

      Endettée, au Mexique, toujours dans les conséquences directes de son addiction. La sobriété n’est pas acquise, elle est en cours, précaire, réelle.

      Jules

      En école d’art, anxieuse face à l’avenir. Le trauma ne disparaît pas avec le diplôme, il change juste de forme.

      Cassie

      Fiancée à Nate, accro aux réseaux sociaux. L’addiction au regard des autres est une addiction comme une autre, moins visible mais tout aussi structurante.

      La maturité n’est pas une guérison automatique. Ce que la saison 3 (saison finale) pourra peut-être offrir, c’est une image de ce que l’après ressemble vraiment : pas propre, pas linéaire, mais habité. Une vie traversée par les troubles, les choix, les erreurs, et qui continue quand même.

      Ce serait suffisant. Ce serait vrai.

      Note personnelle

      Cinq ans, c’est exactement le genre de saut temporel qui me terrorise et me fascine en même temps. Parce que je sais que dans cinq ans, je porterai encore des trucs que je porte aujourd’hui, juste différemment. Et parce que je me suis jamais vu(e) dans 5 ans. L’idée que Rue soit toujours dans le chaos après tout ce temps, ce n’est pas déprimant. C’est honnête. Et l’honnêteté, c’est ce que je viens chercher dans cette série.

      Les dettes du passé ne disparaissent pas avec une ellipse de cinq ans. Elles changent juste de forme.

      Ressources & soutien

      3114 — Numéro national de prévention du suicide

      Disponible 24h/24, 7j/7. Gratuit.

      Fil Santé Jeunes — 0800 235 236

      Gratuit, anonyme. Écoute et orientation pour les 12-25 ans.

      Drogues Info Service — 0800 23 13 13

      7j/7, gratuit. Information et orientation sur les addictions.

      Narcotiques Anonymes France — na-france.org

      Groupes de parole, programme de rétablissement.

      UNAFAM — 0800 810 600

      Soutien aux familles de personnes avec des troubles psychiques.

      PSYCOM — psycom.org

      Ressources et informations sur la santé mentale en France.

      Euphoria ne guérit personne.
      Elle ne prétend pas le faire.

      Mais elle regarde — et vraiment regarder quelqu’un,
      c’est déjà quelque chose.

      La saison 3 arrive le 13 avril. Je serai là.

      Mae(va) Paul — maevapaul.blog
    • Sauveur & Fils Tome 2 – Revue psychologique du roman de Marie-Aude MURAIL

      Santé mentale — Revue de livre

      Mars 2026 — Maëva Paul

      Sauveur & Fils

      Tome 2 — Liens, identité et humanité discrète — revue du roman de Marie-Aude Murail

      Autrice Marie-Aude Murail
      Éditeur L’école des loisirs
      Genre Roman contemporain · Psychologie
      Pages 396 pages (poche)
      Public Ados · Jeunes adultes · Adultes
      Thèmes Identité · Attachement · Lien · Soin · Adolescence
      Couverture du roman Sauveur et Fils Tome 2 de Marie-Aude Murail — éditions L'école des loisirs

      Sauveur & Fils Tome 2 — Marie-Aude Murail

      Sauveur & Fils, c’est une série qui ne cherche pas à impressionner. Elle revient, simplement. Comme on retourne chez quelqu’un qu’on connaît déjà — sachant qu’on y sera reçu sans avoir à tout réexpliquer.

      Le tome 2 s’inscrit dans la continuité exacte du premier : même douceur, même honnêteté, même façon de regarder les gens sans les juger. Marie-Aude Murail ne force rien. Elle laisse les personnages vieillir d’un semestre, accumuler de nouvelles blessures, de nouveaux attachements et elle observe et pose simplement des mots, avec cette précision tranquille qui est sa marque.

      Ce qui change, ici, c’est l’espace. La maison de Sauveur s’élargit. Elle devient peu à peu un lieu de passage, presque un refuge, que cela soit pour ses patients, pour son fils, pour ceux que la vie envoie sans prévenir. Cette maison toujours ouverte dit quelque chose d’essentiel sur ce tome : le soin ne s’arrête pas à la porte du cabinet. Il déborde dans le quotidien, dans les repas partagés, dans les silences du couloir.

      Et Sauveur, lui, apprend quelque chose de nouveau.

      Pas à soigner mieux — il sait déjà faire.

      Mais à recevoir, à se laisser rejoindre,

      à exister en dehors de ce qu’il donne.

      Thèmes émotionnels du Tome 2

      Identité & appartenance

      Qui suis-je quand personne ne me regarde ? Quand le groupe me rejette, est-ce que j’existe encore ?

      Amour & attachement

      Aimer quelqu’un, c’est aussi apprendre à ne pas le perdre en le serrant trop fort.

      Transition / grandir

      Grandir, ce n’est pas devenir fort : c’est apprendre à porter ce qu’on ne choisit pas.

      Pensées suicidaires

      Une douleur qui cherche une sortie. La nommer, c’est déjà commencer à l’apprivoiser.

      Lien & réciprocité

      Sauveur reçoit autant qu’il donne. Le soin n’est pas à sens unique : il circule, il transforme.

      Maison ouverte

      Un espace qui ne se ferme pas. Accueillir l’autre sans condition, c’est déjà un acte de soin.

      Les émotions dans Sauveur & Fils

      Sauveur & Fils explore avec une sensibilité rare le spectre des émotions humaines : confusion, honte, manque — mais aussi l’espoir timide et l’appartenance fragile qui se dessinent au fil des pages.

      Lire ce tome, c’est tendre un miroir à soi-même. Les situations et les choix des personnages deviennent des points d’ancrage pour l’introspection.

      Mur de post-it émotionnels — besoin d'être entendu — inspiré du roman Sauveur et Fils Tome 2 de Marie-Aude Murail — Maëva Paul

      Mur de post-it émotionnels — besoin d’être entendu

      Les enjeux psychologiques

      L’identité comme chantier permanent Le tome 2 place au cœur de son propos la question de qui l’on est quand on grandit : quand les repères bougent, quand les premiers amours arrivent, quand l’enfance se retire sans prévenir. Les personnages naviguent entre ce qu’ils étaient et ce qu’ils deviennent, sans filet de sécurité autre que les liens qu’ils ont appris à tisser.
      L’amour comme forme d’attachement Les relations amoureuses et amicales qui se dessinent dans ce tome révèlent des schémas d’attachement, des peurs de l’abandon, des besoins de reconnaissance. La relation entre Lazare et Paul en est l’illustration la plus sensible : deux façons d’aimer qui apprennent à exister l’une à côté de l’autre.
      Les pensées suicidaires, dites avec justesse Murail traite ce sujet avec la même sobriété que le reste. Pas de dramatisation, pas de romantisation. Juste la réalité de ces pensées qui s’invitent, et l’importance cruciale d’un adulte qui ne détourne pas les yeux.
      Sauveur : entre thérapeute et homme qui s’ouvre La relation entre Sauveur et Louise gagne en profondeur. Il n’est plus seulement celui qui tient la distance professionnelle : il apprend, lui aussi, à recevoir. Sa maison qui s’ouvre à tous n’est pas un hasard, c’est le reflet de ce qu’il est en train de devenir.
      Lazare : celui qui voit ce que les adultes contournent C’est Lazare qui identifie le vieux monsieur comme SDF alors que les adultes autour de lui font semblant de ne pas voir. Cette scène dit quelque chose d’essentiel : les enfants perçoivent souvent ce que les adultes choisissent de ne pas nommer.

      Personnages du Tome 2

      Au centre de tout, Sauveur Saint-Yves — psychologue clinicien, père de Lazare, homme qui apprend dans ce tome à ne plus seulement donner. Sa maison s’ouvre à tous : à Gabin qui y squatte le grenier, à Jovo recueilli dans la rue, à ceux que la vie envoie sans prévenir. Sa relation avec Louise s’approfondit, et avec elle une vulnérabilité nouvelle : celle d’un homme qui accepte enfin d’être rejoint.

      Ella Kuypens, 12 ans, préférerait s’appeler Elliott. Elle se cherche, s’habille parfois comme un garçon. Et dans ce tome, une photo d’elle circule en ligne. Les insultes fusent. Murail traite le cyberharcèlement et la question de l’identité de genre avec une précision rare : pas de réponses toutes faites, juste une enfant qui résiste et continue d’exister.

      Gabin Poupard, 16 ans, squatte le grenier de Sauveur. Il joue aux jeux vidéo la nuit, dérive, rêve en secret de se faire adopter. Sa mère est hospitalisée en psychiatrie pour schizophrénie et lui la regarde vivre de l’autre côté de la fenêtre de l’hôpital, voyant tout, ne pouvant rien. Gabin incarne tous ceux qui ont cherché une figure d’attachement ailleurs, faute d’en avoir trouvé une à la maison.

      Samuel Cahen arrive avec une mère qui fouille dans ses affaires et surveille chaque geste. Dans ce tome, il découvre que son père n’est pas l’alcoolique brutal dont elle lui a parlé toute sa vie, mais André Wiener, pianiste de renom. Une révélation qui fracture tout ce qu’il croyait savoir de lui-même.

      Personnages secondaires

      Margaux Carré

      14 ans · Scarification · Tentative de suicide

      Margaux explore l’après : comment on vit, comment on revient, quand on a voulu partir. Son parcours dans ce tome parle de la lente reconstruction qui suit les crises les plus sombres.

      Blandine Carré

      Sœur cadette · Hyperactivité · Inquiétude cachée

      Derrière l’agitation de Blandine se cache une inquiétude profonde pour sa sœur. Le roman pose ici une question essentielle : jusqu’où un diagnostic reflète-t-il la réalité d’un enfant ?

      Louise, Jérôme & Pimprenelle

      Amour · Ex · Jalousie · Recomposition

      Louise construit quelque chose avec Sauveur. Jérôme n’a pas tout à fait tourné la page. Entre les deux, Pimprenelle monte Alice contre sa mère et une famille recomposée cherche son équilibre.

      Lazare & Paul

      Amitié · Famille recomposée · Premier lien

      Lazare et Paul grandissent ensemble dans cette famille qui se construit. Leur amitié est l’un des fils les plus doux du tome : deux enfants qui apprennent à partager un espace, un père, une vie.

      Alexandra Augagneur

      Mère · Nouvelle relation · Couple de femmes

      Alexandra vient de quitter son compagnon pour se mettre en couple avec une femme. Le roman explore avec finesse les questions que cette relation soulève, sans jamais trancher à la place des personnages.

      Alice

      13 ans · Loyauté déchirée · Manipulation

      Alice est prise en étau entre sa mère et Pimprenelle. Elle absorbe tout, et le roman montre comment un enfant peut devenir l’instrument d’une guerre qu’il n’a pas choisie.

      Figures du quotidien

      Jovo

      SDF · Ancien légionnaire · 80 ans

      Recueilli par Sauveur, Jovo trimballe un sac militaire qu’il ne lâche jamais, une mitraillette cachée au fond. Une présence étrange qui dit quelque chose sur ce que signifie accueillir sans condition.

      La dame aux prénoms

      Mystère · Mensonge · Identité

      Elle arrive avec son bébé et invente à chaque fois un nouveau prénom, une nouvelle histoire. Que cache-t-on quand on change sans cesse de nom ?

      La dame quimboisée

      TOC · Angoisse · Croyance

      Convaincue d’avoir été maudite, elle parle un autre langage que celui de la psychologie occidentale. Sauveur apprend à écouter sans traduire.

      Les émotions dans Sauveur & Fils

      Sauveur & Fils explore avec une sensibilité rare le spectre des émotions humaines : confusion, honte, manque, mais aussi l’espoir timide et l’appartenance fragile qui se dessinent au fil des pages.

      Lire ce tome, c’est tendre un miroir à soi-même. Les situations et les choix des personnages deviennent des points d’ancrage pour l’introspection.

      Conclusion

      Le tome 2 de Sauveur & Fils tient la promesse du premier : il continue, il approfondit, il reste juste. Marie-Aude Murail ne cherche pas à épater — elle cherche à accompagner, et c’est exactement ce qu’elle fait.

      Ce qui reste après la lecture, c’est cette image d’une maison dont la porte ne se ferme jamais vraiment. Une maison qui accueille les chagrins, les premières fois, les silences lourds et les rires de cuisine. Un homme qui soigne les autres et apprend, à son rythme, à se laisser rejoindre.

      Ce livre rappelle que grandir est un acte collectif.
      Que le soin circule dans les deux sens.
      Et qu’une maison ouverte, au fond,
      ressemble beaucoup à un cœur qui guérit.
      → Découvrir Sauveur & Fils Tome 2 sur la Fnac

      Ressources d’aide

      ☎️ Urgences & écoute 3114 — Numéro national prévention suicide 119 — Enfance en danger 15 / 112 — Urgences immédiates 3018 — Numéro national contre le cyberharcèlement
      🌐 Ressources en ligne Psycom — Comprendre la santé mentale Fil Santé Jeunes — Écoute & conseils France Victimes — 116 006 Droits LGBT+ — Gouvernement
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    • Identité : qu’est-ce qui nous définit ? | Revue de Vanessa Springora

      ALT — Identité : qu’est-ce qui nous définit ? Revue de Vanessa Springora | Maëva Paul

      Santé mentale — Revue de livre

      Mars 2026 — Maëva Paul

      ALT — Identité

      Qu’est-ce qui nous définit ? — Revue sensible du livre de Vanessa Springora

      Auteur Vanessa Springora
      Éditeur Éditions Alt
      Type Essai accessible
      Pages ~30 pages
      Thématiques Identité, genre, orientation, santé mentale
      Niveau Accessible, sans jargon

      De quoi parle ce livre ?

      Il y a des livres qu’on ouvre par curiosité et qu’on referme différent(e). Identité en fait partie.

      Vanessa Springora réunit dans ce petit livre de la collection ALT des voix plurielles — Armand, Benjamin, Anouck, Barnaby, Alexandre — chacun(e) portant une réponse fragmentée à la même question vertigineuse : qu’est-ce qui nous définit vraiment ? Et plus je lisais, plus je me retrouvais dans chacun(e) d’eux(elles), inconfortablement, honnêtement.

      Des personnages qui me ressemblent trop

      Armand est bipolaire. Moi aussi. Et comme lui, j’ai longtemps traité ça comme un secret honteux, quelque chose à cacher entre deux sourires. Ce livre m’a soufflé une idée simple et radicale : et si la bipolarité figurait sur un papier d’identité, au même titre que la couleur des yeux ou la date de naissance ? Après tout, ce n’est pas une métaphore, c’est une vérité. La bipolarité me définit, qu’elle me plaise ou non. Tout comme le TDAH. Tout comme la personnalité borderline. Ce sont des faits, pas des défauts.

      Benjamin transforme les banalités en poèmes. Je fais ça aussi, presque malgré moi (un trajet de métro devient un fragment, une conversation banale finit en vers, etc…). C’est une façon d’exister que je n’avais jamais nommée comme telle avant de le lire.

      Anouck appartient à la génération Z et refuse d’être figé(e) dans une case. Son identité de genre flotte, résiste aux définitions imposées. La mienne aussi. Ni tout à fait fille, ni tout à fait garçon : rien ne me convient à cent pour cent, et pendant longtemps j’ai cru que c’était un problème à résoudre. Ce livre suggère que c’est peut-être simplement qui je suis.

      Barnaby est alcoolique et il l’assume. Moi aussi, et cette phrase (la lire écrite noir sur blanc dans un livre) m’a fait quelque chose. Pas de honte performée, pas de rédemption obligatoire. Juste une vérité posée là, comme une pièce d’identité supplémentaire.

      Alexandre, lui, se dit amoureux de la vie. Mais Springora laisse voir sous sa déclaration quelque chose de plus trouble : l’anxiété, le vertige, la névrose de quelqu’un qui proclame l’amour de la vie parce qu’il en a trop peur pour la laisser passer. Je me suis reconnue dans ce mensonge, là aussi.

      Et moi dans tout ça ?

      Je suis bipolaire, TDAH, borderline. Je suis quelque part entre fille et garçon, sans que ni l’un ni l’autre ne me colle parfaitement. Mon orientation sexuelle ne se laisse pas résumer, avec une préférence probable pour les femmes, les hommes m’ayant trop souvent laissé(e) avec un sentiment de répulsion que je n’arrive pas à expliquer autrement. Je transforme les banalités en poèmes. Je bois et je ne m’en cache pas. Je suis anxieux(se), névrosé(e), et quelque part amoureux(se) de la vie même quand elle me dégoûte.
      Carte d'identité fictive — édition vérité — genre, orientation, diagnostics, addiction — ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Carte d’identité — édition vérité · Ce qu’on ne trouve jamais sur les vrais papiers

      Je ne sais toujours pas qui je suis.
      Mais après ce livre, j’ai moins envie de le savoir,
      et plus envie d’être.

      Qu’est-ce que l’identité ? Ce que les théories nous disent

      La question que pose Springora n’est pas nouvelle. Des philosophes, psychologues et sociologues y ont consacré leur carrière mais aucun n’a tranché. Ce qui est frappant, c’est que le livre semble avoir lu tout le monde sans en citer personne : chaque personnage incarne une théorie sans le savoir.

      Erik Erikson — l’identité comme crise nécessaire

      Pour Erikson, l’identité ne se trouve pas : elle émerge d’une série de crises traversées tout au long de la vie. La plus décisive survient à l’adolescence, ce moment où l’on cherche à répondre à « qui suis-je ? » face aux attentes du monde. Mais Erikson insiste : ne pas résoudre cette crise n’est pas un échec. C’est parfois simplement le signe qu’on refuse les réponses trop simples.

      Anouck, dans le livre, est l’incarnation parfaite de ce que Erikson appelle la diffusion d’identité — non pas comme pathologie, mais comme refus lucide de se figer.

      William James — le moi social contre le moi intime

      James distinguait deux dimensions du moi : le moi social, celui qu’on présente au monde, et le moi intime, celui qu’on tait. Tous les personnages de Springora vivent dans cet écart. Armand qui sourit alors qu’il est bipolaire. Alexandre qui proclame l’amour de la vie alors qu’il en a peur. Barnaby qui assume son addiction là où d’autres la cacheraient.

      Le livre suggère que réduire cet écart et laisser le moi intime déborder dans le moi social est peut-être la seule forme d’identité qui tienne vraiment.

      Paul Ricœur — l’identité narrative

      Ricœur propose une idée puissante : on ne sait pas qui on est de façon abstraite. On le sait en racontant sa propre histoire. L’identité n’est pas un état : c’est un récit qu’on construit, qu’on réécrit, qu’on ne finit jamais.

      C’est exactement ce que fait Springora avec ses personnages et ce que fait ce blog avec ses textes. Écrire n’est pas un accessoire de l’identité. C’est la façon dont elle prend forme.

      Ce que le livre ajoute

      Là où les théories classiques cherchent une cohérence et une unité du moi à travers le temps, Identité propose autre chose : la fragmentation comme réalité, pas comme dysfonction. Armand, Benjamin, Anouck, Barnaby, Alexandre ne sont pas des identités résolues. Ce sont des êtres en cours, des humains qui changent sans cesse.

      Et peut-être que c’est ça, une identité honnête.
      Carte conceptuelle des théories de l'identité — Erikson, James, Ricœur — en lien avec le livre ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Erikson · James · Ricœur — trois approches de l’identité en miroir avec les personnages du livre

      Identité de genre et fluidité — ce que le livre révèle

      Pendant longtemps, le genre a été pensé comme une évidence biologique : on naît fille ou garçon, et on le reste. Cette vision binaire et figée a été profondément remise en question depuis les années 90, et Anouck, dans le livre de Springora, en est l’écho contemporain le plus direct.

      Judith Butler — le genre comme performance

      Butler est la première à formuler clairement ce que beaucoup ressentaient sans pouvoir le nommer : le genre n’est pas quelque chose qu’on est, c’est quelque chose qu’on fait. Une série d’actes répétés, de codes appris, de rôles joués, jusqu’à ce qu’ils paraissent naturels.

      Ce qui est révolutionnaire dans cette idée, c’est qu’elle ouvre une sortie : si le genre est une performance, alors il peut être rejoué autrement. Pas forcément radicalement, pas forcément publiquement, mais intérieurement, on peut refuser le script.

      La non-binarité — nommer ce qui existait déjà

      La génération Z n’a pas inventé la fluidité de genre. Elle a inventé les mots pour la dire. Non-binaire, agenre, genderfluid, demi-genre : ce vocabulaire ne crée pas de nouvelles réalités, il en nomme d’anciennes qui n’avaient pas de place dans le langage.

      Anouck dans le livre ne cherche pas à choisir entre fille et garçon. Elle cherche à exister dans l’espace entre les deux, ou en dehors des deux. Ce n’est pas une indécision. C’est une position.

      Identité de genre et santé mentale

      Les études montrent que les personnes non-binaires ou trans présentent des taux d’anxiété et de dépression significativement plus élevés, non pas à cause de leur identité, mais à cause du rejet, de l’incompréhension et de l’invisibilité sociale qu’elles subissent. La souffrance n’est pas intrinsèque à la fluidité. Elle est le produit d’un monde qui n’a pas encore appris à faire de la place.

      Reconnaître son identité de genre, même floue, même mouvante, est un acte de santé mentale, pas de confusion.

      Ce que ça dit de moi

      Ni tout à fait fille, ni tout à fait garçon. Longtemps j’ai cru que c’était un problème à résoudre, une case à trouver. Ce livre — et Butler avant lui — me dit que l’absence de case n’est pas un vide.

      C’est peut-être la forme la plus honnête d’exister.
      Schéma visuel identité de genre et fluidité — role fille/garçon - l'espace entre les deux — en lien avec le livre ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Visuel identité de genre et fluidité – par Mae(va) PAUL

      Identité et maladie mentale — quand le diagnostic devient une partie de soi

      Il y a une question que la psychiatrie a longtemps esquivée : est-ce que la maladie mentale fait partie de l’identité, ou est-ce qu’elle la masque ? Pendant des décennies, la réponse implicite était la deuxième option — la maladie comme parasite, quelque chose d’étranger à « soi ». Armand, dans le livre, incarne le renversement de cette idée.

      Le DSM et la tentation de l’étiquette

      Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux classe, catégorise, nomme. C’est utile d’avoir un mot pour ce qu’on vit, c’est déjà ne plus être seul(e) avec. Mais le diagnostic peut aussi devenir une prison : on finit par se réduire à lui, ou par le rejeter entièrement pour ne pas s’y enfermer.

      Armand est bipolaire. Barnaby est alcoolique. Ce que Springora fait avec ces personnages, c’est refuser les deux extrêmes : ni honte, ni réduction. Le diagnostic est une réalité, pas une définition.

      Le trouble borderline et l’instabilité de l’image de soi

      Le trouble de la personnalité borderline a ceci de particulier qu’il touche directement à l’identité : l’instabilité de l’image de soi en est un critère diagnostique central. On ne sait pas toujours qui on est d’un jour à l’autre. Les valeurs, les désirs, la perception de soi fluctuent.

      Ce n’est pas une faiblesse de caractère. C’est une façon d’être au monde qui demande une énergie considérable, et une honnêteté rare avec soi-même.

      La bipolarité — vivre entre deux états

      La bipolarité ne se réduit pas aux épisodes. Entre les phases, il y a une vie entière à naviguer avec la conscience que tout peut basculer. Ce que ça produit, souvent, c’est une forme de dissociation entre le moi qui va bien et le moi qui s’effondre, comme si ce n’était pas la même personne.

      Erikson dirait que c’est une crise d’identité permanente.
      Ricœur dirait que c’est un récit avec plusieurs narrateurs.
      Aucun des deux n’aurait tort.

      Le TDAH — une identité qui déborde

      Le TDAH est souvent vécu comme un défaut d’attention. C’est aussi une façon d’être hyperpresent à certaines choses et absent à d’autres — une sélectivité involontaire qui façonne profondément la manière dont on perçoit le monde, dont on crée, dont on aime.

      Benjamin, dans le livre, transforme les banalités en poèmes. C’est peut-être ça, le TDAH retourné : une attention si intense qu’elle déborde partout où elle se pose.

      Assumer sans se réduire

      Ce que le livre propose et ce que la psychologie contemporaine commence à reconnaître, c’est une troisième voie entre la honte et la sur-identification. La maladie fait partie de soi. Elle n’est pas tout soi.

      Dossier fictif — bipolarité, borderline, TDAH, addiction comme composantes de l'identité — ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Bipolarité · Borderline · TDAH · Addiction — quatre réalités, une seule personne

      ⚠️ Thématiques sensibles

      Cette section aborde la bipolarité, le trouble borderline, le TDAH et les addictions comme composantes de l’identité. Ces sujets peuvent résonner fortement selon le vécu du(de la) lecteur(rice).

      Ce contenu ne remplace pas un accompagnement thérapeutique. En cas de souffrance intense ou persistante, un professionnel de santé reste essentiel.

      📞 Numéro national de prévention du suicide : 3114 (24h/24, gratuit)

      Ce que j’en retiens

      Identité ne répond pas à la question qu’il pose. Et c’est exactement ce qui en fait sa force. Il propose plutôt de la tenir, cette question, sans la résoudre : la regarder en face sans cligner des yeux.

      Les théories de l’identité cherchent une cohérence. Le DSM cherche des catégories. La société cherche des cases. Springora, elle, cherche autre chose : la vérité de ce qu’on est quand on arrête de chercher à correspondre.

      Armand assume sa bipolarité. Barnaby assume son addiction. Anouck assume de ne pas choisir. Benjamin assume de tout transformer en poèmes. Alexandre assume même son mensonge : celui de quelqu’un qui dit aimer la vie parce qu’il en a trop peur pour la laisser passer.

      Ce qu’ils ont en commun, ce n’est pas d’avoir trouvé qui ils sont. C’est d’avoir arrêté de s’en excuser.

      Ce que ce livre m’a appris sur moi

      Que la bipolarité, le TDAH, le borderline ne sont pas des obstacles à une identité « normale ». Ils sont mon identité : avec tout ce que ça implique de complexe, de contradictoire, de vivant.

      Que ne pas savoir si je suis fille ou garçon n’est pas une question sans réponse. C’est peut-être la réponse elle-même.

      Que boire, fumer, consommer, écrire, aimer les femmes, penser à la mort et vouloir vivre en même temps : tout ça forme quelqu’un. Pas un puzzle raté. Quelqu’un.

      Peut-être que l’identité n’est pas ce qui nous définit de l’extérieur. Peut-être que c’est ce qu’on accepte enfin de porter sans honte.

      Je ne sais toujours pas qui je suis.
      Mais après ce livre, j’ai moins envie de le savoir : et plus envie de l’être.
  • ALT — Santé mentale : comment faire face ? Revue du livre de Samuel Dock | Maëva Paul

    ALT — Santé mentale : comment faire face ? Revue du livre de Samuel Dock | Maëva Paul

    Santé mentale — Revue de livre

    Février 2026 — Maëva Paul

    ALT — Santé mentale

    Comment faire face ? — Revue sensible du livre de Samuel Dock

    Auteur Samuel Dock
    Éditeur Éditions Alt
    Type Essai accessible
    Pages ~30 pages
    Thématiques Santé mentale, anxiété, dépression, résilience
    Niveau Accessible, sans jargon

    De quoi parle ce livre ?

    Couverture du livre ALT — Santé mentale : comment faire face ? de Samuel Dock — essai accessible sur le mal-être psychique

    ALT — Santé mentale : comment faire face ? — Samuel Dock, Éditions Alt

    ALT est un ouvrage court mais dense, pensé comme une porte d’entrée vers la compréhension du mal-être psychique. Samuel Dock y aborde les grandes questions liées à la santé mentale — anxiété, dépression, fatigue émotionnelle, sentiment de décalage — sans jargon médical ni promesse de solution miracle.

    Le livre propose des repères, des éclairages, des mots pour nommer ce qui est souvent confus ou tu. Il ne cherche pas à guérir, mais à aider à comprendre, à reconnaître les signaux, et à ouvrir un dialogue plus juste avec soi-même et avec les autres.

    Pourquoi ce livre m’a touchée

    J’ai lu ce livre alors que mettre des mots sur ce que je ressentais était déjà un effort en soi. Pas forcément au cœur de la tempête, mais dans cet entre-deux étrange où l’on fonctionne encore, tout en se sentant intérieurement fragile.

    Ce livre ne m’a pas « réparée ».
    Mais il a mis des mots simples et bruts sur un sujet important.
    Il m’a fait me sentir un peu moins seule.
    Et parfois, c’est déjà beaucoup.

    Ce que j’ai apprécié ici, c’est l’absence de jugement, l’absence de recettes, et surtout cette manière de rappeler que le mal-être n’est pas une faiblesse.

    Explorer la santé mentale avec Samuel Dock

    L’anxiété et le stress quotidien

    L’anxiété peut devenir envahissante, générant pensées obsédantes, tensions physiques et épuisement mental. Dock explore ces manifestations avec sensibilité — en proposant des outils concrets : respiration consciente, petites routines d’apaisement, micro-rituels quotidiens.

    Illustration de l'anxiété et du stress quotidien — silhouette entourée de nuages de pensées avec pistes de solutions comme respiration et micro-rituels — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

    Illustration — Anxiété et stress quotidien : silhouette entourée de nuages de pensées, respiration et micro-rituels

    La dépression et les moments de désespoir

    Plus qu’une tristesse, la dépression touche l’énergie, la perception et la motivation. Identifier les signes — isolement, perte de sens — est un premier pas vers la compréhension. Le livre propose de tenir un journal pour observer les cycles émotionnels et réintroduire progressivement des actions porteuses.

    Illustration de la dépression et des moments de désespoir — silhouette dans un environnement sombre traversé par une lueur d'espoir — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

    Illustration — Dépression et désespoir : atmosphère sombre traversée par une lumière discrète, évoquant la reconstruction progressive

    La solitude et l’isolement

    La solitude, douloureuse ou réfléchie, devient un espace d’introspection lorsqu’elle est accueillie sans jugement. Samuel Dock propose de la transformer en temps d’écriture, de méditation ou d’auto-observation.

    Illustration de la solitude et de l'isolement — silhouette seule dans un espace calme avec fragments de pensées évoquant introspection et présence à soi — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

    Illustration — Solitude et isolement : présence solitaire dans un espace silencieux, suggérant l’introspection et la reconnexion à soi

    Les stratégies de résilience

    Dock propose des pistes concrètes : routines de bien-être, soutien thérapeutique, créativité expressive et journaling pour retrouver progressivement un ancrage. Chaque parcours est unique — la santé mentale est un chemin personnel plutôt qu’une destination fixe.

    À qui s’adresse ce livre ?

    Ce livre ne s’adresse pas à un public précis. Il s’adresse à des états intérieurs, à des moments de vie, à des fragilités que l’on porte parfois sans savoir comment les nommer.

    Les fatigués mentaux Celles et ceux qui se sentent épuisés sans toujours pouvoir l’expliquer, et qui cherchent une première mise en mots du mal-être.
    Celles et ceux qui doutent Persuadé·es que leur souffrance n’est « pas assez grave » pour mériter de l’attention — ce livre rappelle que tout mal-être est légitime.
    Les proches et accompagnants Pour mieux comprendre ce que traverse une personne en difficulté, sans tomber dans le conseil rapide ou le jugement.
    Celles et ceux qui veulent s’informer Sur la santé mentale de manière accessible, sans jargon médical ni discours culpabilisant.

    À lire avec précaution

    Ce livre aborde la santé mentale avec simplicité et bienveillance. Mais certains passages peuvent faire écho à des vécus sensibles, réveiller des émotions enfouies ou ouvrir des questionnements intérieurs.

    Illustration invitant à lire à son propre rythme — silhouette calme dans un espace de pause évoquant l'écoute de soi et la douceur — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

    Invitation à une lecture attentive et respectueuse de soi, dans un espace de pause et de douceur

    ⚠️ Thématiques sensibles

    Le livre évoque le mal-être psychique, l’épuisement émotionnel, la difficulté à demander de l’aide et les mécanismes de souffrance intérieure. Ces thèmes peuvent résonner fortement selon le moment de vie du lecteur.

    Ce livre ne remplace pas un accompagnement thérapeutique. En cas de souffrance intense ou persistante, un professionnel de santé reste essentiel.

    Rien n’oblige à tout lire d’un trait — refermer le livre, faire une pause, revenir plus tard fait aussi partie du soin qu’on peut s’accorder.

    📞 Numéro national de prévention du suicide : 3114 (24h/24, gratuit)

    📞 SOS Suicide : 01 45 39 40 00

    En guise de conclusion

    Lire sur la santé mentale, ce n’est pas chercher des réponses définitives.
    C’est parfois simplement accepter de regarder ce qui tremble à l’intérieur,
    avec plus de douceur qu’avant.

    Ce livre n’apporte pas de solutions miracles, mais il peut ouvrir un espace de réflexion — un début de dialogue avec soi-même, ou avec les autres.

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  • Vice-Versa — Analyse psychologique des émotions | Maëva Paul

    Vice-Versa — Quand les émotions prennent enfin la parole | Maëva Paul
    Affiche officielle du film Vice-Versa de Pixar 2015 — analyse psychologique des émotions Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût

    Revue de film

    Vice-Versa

    Quand les émotions prennent enfin la parole

    Réalisateurs Pete Docter & Ronnie del Carmen
    Année 2015
    Genre Animation, drame psychologique
    Studio Pixar Animation Studios
    Durée 95 minutes

    Quand nos émotions prennent enfin la parole

    Vice-Versa n’est pas seulement un film d’animation. C’est une plongée douce, sensible et étonnamment juste dans le chaos intérieur qui nous habite tous, enfants comme adultes.

    À travers l’histoire de Riley, une enfant confrontée à un déménagement brutal, le film donne du sens à ce que l’on peine souvent à nommer : le bouleversement émotionnel, la perte de repères, et cette impression étrange de ne plus savoir qui l’on est lorsque tout change.

    Ce film touche juste parce qu’il ne cherche pas à lisser la douleur. Grandir, ce n’est pas devenir heureux en permanence — c’est apprendre à composer avec des émotions parfois contradictoires, inconfortables mais nécessaires.

    À qui s’adresse ce film ?

    Enfants

    Un vocabulaire émotionnel précieux. Pour nommer ce qu’on ressent, comprendre que toutes les émotions sont légitimes — même celles qui dérangent.

    Adolescents

    Le film résonne comme un miroir : perte de repères, confusion intérieure, bouleversements émotionnels. Il met en images ce chaos souvent vécu en silence.

    Adultes

    Une lecture plus profonde : celle de l’identité, des blessures enfouies, et de la manière dont on a appris — parfois trop tôt — à étouffer certaines émotions.

    Personnes sensibles

    Particulièrement touchant pour celles et ceux traversant une période de fragilité. Il invite à regarder la tristesse autrement, avec douceur et sans jugement.

    Les émotions comme personnages

    Dans Vice-Versa, les émotions ne sont pas de simples réactions internes : elles deviennent des personnages à part entière, dotés d’une voix, d’un rôle et d’une fonction précise.

    Joie cherche à préserver l’équilibre, Peur anticipe les dangers, Colère protège les limites, Dégoût repousse ce qui pourrait nuire. Et Tristesse — longtemps incomprise — accompagne la perte et le besoin de réconfort.

    Le film met en lumière un déséquilibre fréquent : la valorisation excessive de la joie, au détriment des émotions dites « négatives ». Cette vision conduit à une rigidité émotionnelle et une rupture intérieure.

    La trajectoire de Tristesse est centrale. D’abord perçue comme inutile, elle s’impose progressivement comme une émotion fondatrice — celle qui permet la connexion à l’autre, l’expression de la vulnérabilité.

    Psychologiquement, le film illustre avec justesse les principes de la régulation émotionnelle : ce n’est pas l’absence d’émotions difficiles qui garantit la santé mentale, mais leur reconnaissance et leur intégration.

    Les émotions — Galerie

    Joie — personnage de l'émotion positive du film Vice-Versa de Pixar 2015

    Joie

    Fiche psychologique de l'émotion Joie dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

    Fiche émotion

    Tristesse — personnage de l'émotion fondatrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

    Tristesse

    Fiche psychologique de l'émotion Tristesse dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

    Fiche émotion

    Colère — personnage de l'émotion protectrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

    Colère

    Fiche psychologique de l'émotion Colère dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

    Fiche émotion

    Peur — personnage de l'émotion protectrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

    Peur

    Fiche psychologique de l'émotion Peur dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

    Fiche émotion

    Dégoût — personnage de l'émotion répulsive du film Vice-Versa de Pixar 2015

    Dégoût

    Fiche psychologique de l'émotion Dégoût dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

    Fiche émotion

    Thèmes psychologiques transversaux

    Apprentissage émotionnel

    La maturité émotionnelle ne consiste pas à supprimer certaines émotions, mais à les laisser coexister et dialoguer.

    Perte & changement

    Le déménagement agit comme une métaphore du deuil — perte d’un lieu familier, d’une identité partielle, d’un sentiment de sécurité.

    Identité en construction

    Les « îlots de personnalité » montrent que l’identité n’est jamais fixe. Elle se construit et se transforme continuellement.

    Schéma illustrant les trois mécanismes psychologiques du film Vice-Versa de Pixar — apprentissage émotionnel, perte et changement, identité en construction — et leur coexistence dans le développement émotionnel de Riley

    Les trois mécanismes psychologiques principaux et leur coexistence dans le développement émotionnel de Riley

    Limites & regards critiques

    À garder en tête

    Le modèle émotionnel de Vice-Versa reste volontairement simplifié — cinq émotions seulement. Des émotions complexes comme la honte, la culpabilité ou la jalousie ne sont pas explorées. Le film adopte une perspective pédagogique et narrative, non clinique.

    Cette simplification constitue aussi une force : elle rend accessible ce qui est habituellement invisible, notamment pour les enfants. Elle permet de visualiser et d’identifier les émotions sans les rendre effrayantes ou incompréhensibles.

    Pourquoi ce film est essentiel aujourd’hui

    Dans notre société qui valorise la performance et la positivité constante, Vice-Versa rappelle une vérité fondamentale : ressentir n’est pas un problème à corriger, mais un langage à écouter.

    Il offre un outil précieux pour parler des émotions — avec soi-même, avec les enfants, ou avec les autres. En montrant que la tristesse, la peur ou la colère ont toutes un rôle, il invite à une compréhension empathique de notre monde intérieur.

    Vice-Versa n’apprend pas à « aller mieux ».
    Il apprend à être avec ce qui est là.

    Et parfois, c’est déjà immense.

    Exercice poétique

    Écouter tes émotions

    Ferme un instant les yeux et respire profondément.
    Repense à une émotion qui t’a traversé·e récemment.
    Laisse-la se déposer sur la page comme une pluie légère ou un souffle de vent.
    Écris quelques lignes pour la nommer, la sentir, et raconter ce qu’elle te révèle sur toi-même.
    Ne cherche pas la perfection : laisse tes mots danser, hésiter, se mêler à ton ressenti.





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      Ressources

      Voir ou revoir Vice-Versa

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      Comprendre les émotions

      Cairn.info — Psychologie & sciences humaines Psychologies.com — Santé mentale Psycom.org — Ressources fiables
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    • To the Bone — Revue psychologique du film sur les TCA | Maëva Paul

      To the Bone — Revue psychologique du film sur les TCA | Maëva Paul

      Revue de film — TCA & Santé mentale

      Décembre 2025 — Maëva Paul

      To the Bone

      Un film qui dérange par sa justesse — troubles du comportement alimentaire, contrôle et reconstruction

      Réalisation Marti Noxon
      Année 2017
      Genre Drame psychologique
      Durée 1h47
      Thématiques TCA, rapport au corps, soin, reconstruction
      Plateforme Netflix

      Un film qui dérange par sa justesse

      To the Bone n’est pas un film confortable. Il ne cherche ni à édulcorer, ni à choquer gratuitement. Il s’installe dans une zone fragile, presque silencieuse, là où le trouble alimentaire cesse d’être un simple symptôme pour devenir un langage du corps — une tentative désespérée de contrôle, parfois même une forme de survie.

      À travers le personnage d’Ellen, jeune femme en errance thérapeutique, le film explore l’anorexie sans glamour ni romantisation. Le corps est montré tel qu’il est : épuisé, réduit, traversé par une tension constante entre disparition et appel à l’aide.

      Ce qui frappe ici, ce n’est pas la maigreur.
      C’est la fatigue psychique, l’isolement intérieur,
      et la difficulté à habiter son propre corps.

      To the Bone interroge aussi la place du soin : peut-on aider sans contrôler ? Accompagner sans imposer ? Écouter sans sauver à la place de l’autre ?

      À qui s’adresse ce film ?

      To the Bone s’adresse avant tout aux personnes sensibles aux récits psychologiques intimes, où la souffrance ne se manifeste pas par des cris mais par des silences, des refus et un rapport complexe au corps.

      Personnes concernées par les TCA Directement ou indirectement — ce film peut profondément résonner et offrir un sentiment d’être enfin vu, compris, nommé.
      Proches et accompagnants Le film met en lumière le sentiment d’impuissance, les doutes et la difficulté de trouver une juste posture entre aide et contrôle.
      Soignants et thérapeutes Une représentation rare et honnête de l’ambivalence du soin — sans idéalisation ni condamnation.

      Ce film demande cependant une certaine disponibilité émotionnelle. Certaines scènes peuvent être confrontantes, voire déclenchantes. To the Bone ne propose pas un récit de guérison linéaire — il ouvre des questions essentielles sur ce que signifie vraiment aller mieux.

      Émotions et mécanismes des TCA

      Dans To the Bone, les troubles du comportement alimentaire ne sont jamais réduits à une question de nourriture ou d’apparence. Le film montre comment ces troubles s’inscrivent dans un ensemble émotionnel complexe, où le corps devient le lieu d’expression d’un mal-être plus profond.

      Le contrôle comme réponse à l’impuissance

      L’anorexie est présentée comme une tentative de reprendre la maîtrise là où tout semble échapper. Contrôler son alimentation, son poids, ses gestes devient une manière de contenir une angoisse diffuse — souvent liée à un sentiment d’impuissance émotionnelle ou relationnelle.

      Le corps comme terrain de conflit

      Le corps n’est plus un espace habité, mais un objet à surveiller, à punir ou à faire disparaître. Le film montre cette dissociation progressive : le corps devient étranger, parfois même hostile, et la souffrance psychique s’y inscrit physiquement.

      Le symptôme comme langage

      To the Bone suggère que le trouble alimentaire agit comme un langage alternatif. Là où les mots manquent ou sont impossibles, le corps parle. Le symptôme devient une tentative de dire quelque chose de la douleur — mais aussi une protection fragile contre un effondrement plus profond.

      Fiche émotion Honte liée aux troubles du comportement alimentaire — analyse psychologique inspirée du film To the Bone — Maëva Paul

      Honte

      Fiche émotion Culpabilité dans les troubles du comportement alimentaire — analyse psychologique To the Bone — Maëva Paul

      Culpabilité

      Fiche émotion Colère liée aux TCA — anorexie et contrôle alimentaire — analyse To the Bone — Maëva Paul

      Colère

      Fiche émotion Peur liée aux troubles du comportement alimentaire — peur de manger et de perdre le contrôle — To the Bone — Maëva Paul

      Peur

      Fiche émotion Solitude dans les troubles du comportement alimentaire — isolement et silence — To the Bone — Maëva Paul

      Solitude

      Mécanismes psychologiques des TCA

      Le contrôle comme refuge Compter, refuser, maîtriser l’apport alimentaire donne l’illusion d’un pouvoir là où les émotions semblent incontrôlables. Le corps devient le seul territoire gouvernable.
      Dissociation et déconnexion émotionnelle Le corps n’est plus un lieu habitable mais un objet à gérer. Cette dissociation permet de s’éloigner de la douleur émotionnelle — au prix d’une perte progressive de sensations et d’identité.
      Le trouble comme protection Loin d’être un simple ennemi, le trouble agit souvent comme un bouclier. Il protège de souvenirs, de blessures anciennes, d’un sentiment d’insécurité profond. Le lâcher signifie perdre une protection, même si elle est destructrice.
      L’ambivalence face à la guérison Vouloir aller mieux tout en ayant peur de ce que cela implique. Guérir, ce n’est pas seulement manger à nouveau — c’est affronter ce qui était tenu à distance depuis longtemps.

      Accompagner sans sauver

      Dans To the Bone, le soin n’est jamais idéalisé. Il apparaît comme un espace fragile, imparfait, parfois inconfortable, où rien n’est garanti. Le centre qui accueille Ellen propose une approche fondée sur la responsabilité individuelle plutôt que sur le contrôle permanent.

      Peut-on aider quelqu’un qui n’est pas encore prêt à vivre ?
      Le soin ne fonctionne pas sans un minimum de désir intérieur.

      Les soignants accompagnent, posent un cadre, mais ne peuvent ni forcer la guérison ni remplacer ce qui manque à l’intérieur. To the Bone explore ainsi les limites du soin : aider sans sauver, soutenir sans contrôler, rester présent sans s’effacer complètement.

      ⚠️ À regarder avec précaution

      Ce film peut être difficile à voir si vous êtes concerné·e par des TCA ou en période de fragilité. Il est recommandé de ne pas le regarder seul·e si certaines thématiques sont sensibles pour vous. Il ne remplace en aucun cas un suivi médical ou psychologique.

      📞 Numéro national TCA : 09 69 39 29 19

      → Fédération Française Anorexie Boulimie
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    • Aaah… la petite colère — Revue psychologique du livre de Margay | Maëva Paul

      Aaah… la petite colère — Revue psychologique du livre de Margay | Maëva Paul

      Santé mentale — Revue de livre

      2026 — Maëva Paul

      Aaah… la petite colère

      Trauma, colère enfouie et reconstruction — revue sensible du livre de Margay

      Autrice Margay
      Genre Roman introspectif · Psychologie émotionnelle
      Pages ≈ 210 pages
      Thèmes Trauma · Colère · Vulnérabilité
      Format Broché
      Héritages émotionnels Reconstruction · Dissociation

      Ce n’est pas un livre sur la colère explosive

      Aaah… la petite colère n’est pas un simple livre sur l’émotion que l’on redoute, que l’on juge, que l’on cache — ce que je pensais quand je l’ai vu en librairie. C’est une descente, douce mais lucide, dans ce que signifie grandir avec une colère qui n’a jamais été entendue, qui a seulement été observée, calmée, ou pire encore, punie.

      Margay ne parle pas de la colère explosive, spectaculaire ou dévastatrice, celle que l’on pointe du doigt. Elle parle de la petite colère. Celle qui s’infiltre. Celle que l’on avale parce qu’on a compris très tôt qu’il fallait « être sage ». Celle qui se transforme, en silence, en tensions, en automatismes, en réflexes de survie émotionnels.

      La colère n’est pas un défaut.
      C’est un langage que personne ne nous a traduit.

      À travers 210 pages d’une honnêteté brute, Margay explore ce que la colère raconte réellement : la peur derrière le cri, la détresse derrière le geste, la solitude derrière l’explosion. Ce livre n’est pas fait pour être simplement lu — il est fait pour être ressenti.

      Mécanismes psychiques et émotionnels

      Mémoire traumatique Le récit explore une « sortie d’amnésie traumatique » où le personnage tente de se réapproprier ses souvenirs fragmentés et enfouis, en donnant forme à l’informe par l’écriture et l’illustration.
      La colère comme signal La colère dans l’ouvrage dépasse l’émotion simple — elle agit comme un signal interne, révélant douleur, injustice et dissociation. Elle peut être dirigée vers soi-même, vers l’extérieur, ou se transformer en énergie constructive.
      Fragmentation et dissociation Les métaphores et images du livre reflètent la confusion intérieure et la désorientation post-traumatique — un mécanisme fréquent où les souvenirs et la perception de soi sont altérés.
      Quête identitaire et reconstruction L’autrice met en avant un processus de reconstruction après le trauma, réinventant et réconciliant le soi à travers le récit et l’expression artistique.
      Le trauma m’a rendu myope. Je pensais traverser une flaque,
      alors qu’en fait, j’ai été submergée par un océan d’algues collantes
      et de chats égarés.

      La petite colère — mécanismes

      Émotion non entendue dès l’enfance Apprentissage du « être sage » Colère avalée, punie ou ignorée Tensions · Automatismes Réflexes de survie émotionnels Signal à écouter

      Schéma illustratif — La petite colère, mécanismes de survie émotionnelle — Maëva Paul

      Mémoire, oubli, reconstruction

      Le trauma est un mouvement, une respiration brisée qui persiste dans le corps. Il oscille entre ce qui revient, ce qui disparaît et ce qui se réinvente lentement.

      La mémoire La mémoire traumatique n’est pas un souvenir — c’est une présence. Une sensation qui surgit sans prévenir, qui colore la moindre émotion d’un rouge sombre. Elle survit dans le corps, dans les gestes, dans les silences.
      L’oubli L’oubli ici n’est jamais total. C’est une défense, un brouillard qui s’installe pour protéger ce qui ne peut pas encore être vu. On n’oublie pas pour fuir — on oublie pour survivre.
      La reconstruction Reconstruire, c’est apprendre à tenir debout dans sa propre lumière, même lorsqu’elle tremble. Un mouvement lent, fait de rechutes, de lucidité, de douceur et de colère mêlées.
      Le trauma n’est pas une fin.
      Il est un foyer brûlant autour duquel on apprend à marcher autrement,
      jusqu’à retrouver un espace intérieur plus vaste, plus respirable, plus vivant.

      Trauma — émotions, survie, corps

      ÉMOTIONS SURVIE CORPS Colère amplifiée Tristesse · Anxiété Engourdissement émotionnel Tout est adaptation Hypervigilance Fuite · Lutte Sidération · Soumission Avant la pensée Réflexes de préservation Respiration coupée Tensions musculaires Rythme cardiaque Le corps se souvient Parfois il guérit avant la tête

      Schéma — Trauma : émotions, survie et corps — Maëva Paul

      Ce que ce livre a réveillé en moi

      Lire Aaah la petite colère m’a fait plonger dans des zones de moi-même que je pensais enfouies ou oubliées. La colère, la tristesse et la confusion que je retrouve dans le récit résonnent profondément avec mes propres ressentis — elles me rappellent que ces émotions, aussi chaotiques soient-elles, ont une voix et un sens.

      Je me surprends à reconnaître mes propres blessures, mes mémoires fragmentées, mes pensées que j’avais appris à cacher ou à ignorer. Le livre m’invite à mettre des mots et des images sur ce que je porte à l’intérieur.

      Nous avons besoin de récits de trauma.
      Bien sûr, nous en entendons parler.
      Mais nous manquons souvent de mots pour qualifier cette traversée.

      Chaque illustration, chaque métaphore, chaque fragment de texte agit comme un miroir — je me vois dans ces émotions, mais je me vois aussi capable de les transformer en quelque chose de tangible. C’est une forme de libération, silencieuse mais profonde.

      Limites et éthique de lecture

      ⚠️ À lire avec précaution

      Ce n’est pas un manuel thérapeutique — le récit est artistique et subjectif. La lecture de récits de trauma peut être déclencheuse pour certaines personnes. La mémoire traumatique et la reconstruction sont souvent non linéaires et complexes.

      La compréhension intellectuelle d’un trauma n’équivaut pas à une guérison émotionnelle. La lecture ne peut pas se substituer à un cadre thérapeutique.

      Autorisez-vous à mettre le livre en pause si l’émotion devient trop intense. Rien ne presse.

      📘 Lectures conseillées Le corps n’oublie rien — Bessel van der Kolk Les victoires de la résilience — Boris Cyrulnik
      ☎️ Aide & accompagnement Annuaire officiel des psychologues (FFPP) SOS Violences Sexuelles Stress post-traumatique — Inserm
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