Étiquette : santé mentale

  • The Basketball Diaries : psychologie de l’addiction et de la descente aux enfers

    The Basketball Diaries — Maëva Paul

    Cinéma · Psychologie · Revue

    Quand on se perd pour de vrai :
    The Basketball Diaries

    Un film qui ne raconte pas la drogue. Il raconte ce qui précède la drogue, ce qui l’alimente, et ce qu’on cherche à faire taire quand on se détruit.

    FilmThe Basketball Diaries
    RéalisateurScott Kalvert
    Année1995
    AvecLeonardo DiCaprio · Mark Wahlberg · Lorraine Bracco
    Basé surLe journal autobiographique de Jim Carroll (1978)
    ThèmesAddiction · Identité · Écriture · Attachement · Honte

    Il y a des films qu’on reçoit comme un coup de poing en plein sternum. Pas parce qu’ils sont violents — même si celui-là l’est. Mais parce qu’ils mettent des images sur quelque chose qu’on croyait n’appartenir qu’à soi : cette façon qu’a l’être humain de s’effondrer doucement, puis tout d’un coup.

    Je l’ai vu plusieurs fois. Et à chaque fois, il y a un moment précis où quelque chose se brise en moi. Pas la même scène à chaque visionnage. Parfois c’est le regard de Jim vers sa mère à travers la vitre. Parfois c’est l’écriture. Parfois c’est simplement le fait qu’il ait été beau, plein de promesses, et que ça n’ait servi à rien.

    Ce film me fait pleurer à chaque fois. Pas d’une larme polie. D’un chagrin un peu ancien, un peu personnel, qu’on ne sait pas toujours nommer.

    Ce que le film raconte — et ce qu’il tait à dessein

    On pourrait résumer l’histoire simplement : Jim Carroll, adolescent prodige du basketball dans les rues de New York, glisse vers l’héroïne et la prostitution avant de trouver une sortie par l’écriture. Ce serait exact. Ce serait aussi passer à côté de l’essentiel.

    Car ce que Scott Kalvert filme, ce n’est pas une histoire de drogue. C’est une histoire d’identité fracturée. Jim n’est pas un garçon qui fait de mauvais choix. C’est un garçon qui n’a pas les ressources pour faire face à ce que la vie lui impose — la perte, la violence du monde adulte, la solitude affective — et qui trouve dans le produit une façon provisoire de ne plus ressentir ce qui déborde.

    « Je voulais juste que tout s’arrête. Pas moi. Juste ce que je ressentais. »

    Jim Carroll, The Basketball Diaries

    Cette nuance est fondamentale. Elle distingue les récits de rédemption moralisateurs d’un film qui prend le parti de comprendre avant de juger.

    Leonardo DiCaprio : le garçon d’avant

    Il faut parler de DiCaprio. On ne peut pas ne pas en parler. À 19 ans, il livre quelque chose qui dépasse la notion de performance. Il n’y a pas de technique visible, pas de démonstration d’acteur. Il y a juste un corps qui se transforme, des yeux qui se vident par strates, une voix qui change de texture si progressivement qu’on ne sait pas exactement quand ça a commencé.

    Mais ce qui est réellement troublant chez lui dans ce film — ce n’est pas la déchéance. C’est l’avant.

    La façon dont il joue le garçon d’avant : le talent inné, l’avenir prometteur, cette lumière dans les yeux de quelqu’un qui ne sait pas encore ce qui l’attend. Ces scènes-là font déjà mal quand on connaît la suite. Elles font mal d’une façon particulière — parce qu’on sait, nous, spectateurs, ce que Jim ne sait pas encore. Et parce que cette lumière-là, on la reconnaît. On se reconnaît dedans.

    Ce que DiCaprio joue avec une justesse rare, c’est que la douleur était déjà là. Elle n’arrive pas avec la drogue. Elle précède. Elle attend. Elle cherchait juste quelque chose qui l’apaise — et elle a trouvé. Le produit n’est pas la cause : il est la réponse à une question que Jim portait depuis longtemps sans savoir la formuler.

    Ce qui me trouble le plus dans ce film, c’est de me reconnaître si bien dans ce garçon d’avant. L’avenir prometteur, le talent qui semble évident, et en dessous — cette chose qui attend. Ces scènes du début me font pleurer autant que les scènes du fond, peut-être même davantage. Parce qu’elles montrent ce qu’on avait avant de commencer à se perdre. Et que cette version-là de soi, on ne sait pas toujours si on peut y revenir.

    Concept psychologique : l’effondrement progressif du Moi

    En psychologie clinique, on distingue l’effondrement aigu (crise visible, rupture brutale) de l’effondrement progressif — une érosion lente de l’estime de soi, des ressources, du sens. Jim Carroll illustre le second. Sa descente n’est pas spectaculaire au départ. Elle est discrète, presque douce. C’est ce que DiCaprio joue avec une justesse rare : le moment où quelqu’un commence à se perdre sans le savoir encore.

    La scène de la porte

    Je suis incapable de voir ce passage sans pleurer. Je l’ai vu plusieurs fois. Ça ne change pas. Jim derrière la porte vitrée, le visage contre le verre, qui supplie sa mère de le laisser entrer. Ce qu’il dit vient du fond. D’un endroit en dessous des mots, en dessous de la honte, en dessous de tout — quelqu’un qui ne voit plus la surface et qui tend quand même la main vers elle.

    Ce qui me brise dans cette scène, c’est que j’aurais pu en arriver là. Pas de la même façon. Pas avec les mêmes mots. Mais cette demande d’aide qui sort de quelqu’un qui ne sait plus comment remonter — ça, je connais ce que ça fait de l’intérieur. Et le voir mis en images avec cette précision-là est douloureux d’une façon qu’on ne choisit pas.

    DiCaprio ne joue pas un toxicomane.
    Il joue un enfant qui ne sait plus comment rentrer chez lui.

    Les relations : ce qu’on donne, ce qu’on perd, ce qu’on détruit

    La mère : l’amour comme frontière impossible

    La relation de Jim avec sa mère est l’une des plus douloureuses du film — précisément parce qu’elle n’est pas manichéenne. Sa mère l’aime. Profondément. Mais elle ne sait pas comment aimer un fils qui se détruit. Et dans cet écart entre l’amour ressenti et l’amour exprimé, Jim se retrouve seul avec le poids de sa propre perte.

    Ce mécanisme est typique des familles confrontées à l’addiction : l’épuisement émotionnel du proche finit par ressembler à du rejet. Ce n’en est pas. Mais pour l’enfant qui reçoit la porte fermée, la distinction n’existe pas.

    Mickey, Pedro, les autres : le groupe comme substitut affectif

    Les amis de Jim ne sont pas des mauvaises influences au sens populaire du terme. Ce sont d’autres adolescents en manque de structure, de repères, d’adultes fiables. Ils forment ensemble un groupe d’appartenance — ce que la psychologie sociale appelle une identité groupale de substitution — qui remplace progressivement les liens familiaux défaillants.

    Concept : addiction et appartenance

    Les recherches de Bruce Alexander sur le « rat park » ont montré que l’isolement social est un facteur de vulnérabilité majeur. Ce n’est pas le produit qui crée l’addiction : c’est le vide que le produit vient combler. Pour Jim, la drogue arrive au moment précis où les liens d’attachement se fragilisent. Elle ne remplace pas seulement la douleur — elle remplace le lien.

    Le journal : écrire pour survivre, ou survivre pour écrire

    Il y a un fil conducteur dans ce film qu’on ne remarque pas toujours au premier visionnage : le journal. Jim écrit. Depuis le début, depuis l’adolescence lumineuse, avant la chute. Il écrit dans les vestiaires, dans les marges, dans les moments volés. Et pendant la descente, il écrit encore — de façon plus erratique, plus urgente, presque désordonnée. Mais il écrit.

    C’est ce journal qui deviendra le livre, qui deviendra le film. Et cette boucle-là n’est pas anecdotique. Elle dit quelque chose de fondamental sur le rapport entre écriture et survie psychique.

    J’écris tout le temps. Partout. Des trucs désordonnés, dans les moments volés, dans les moments urgents. Des pages qui pourraient ressembler à ce que découvrent les parents d’un enfant qui vient de disparaître — un journal qu’ils ne savaient pas qu’il tenait.

    Pendant ma propre descente, il n’y avait qu’en écrivant que je me sentais exister. Pas pour être lue. Pas pour être comprise. Juste pour poser quelque chose sur une page et prouver que j’étais encore là. Ce journal, je veux qu’il devienne un livre. Et peut-être, un jour, un film. Parce que Jim Carroll m’a appris que ce qu’on écrit dans le noir peut finir par faire de la lumière pour quelqu’un d’autre.

    Le journal de Jim fonctionne comme un espace d’identité préservée. Même quand il n’est plus tout à fait lui-même, les mots gardent quelque chose — une continuité du « je » que la réalité extérieure ne lui offre plus. C’est peut-être la raison pour laquelle il survivra, là où d’autres ne survivent pas : il a continué de se raconter.

    Concept : l’écriture comme régulation émotionnelle

    James Pennebaker, psychologue américain, a conduit des recherches extensives sur les effets thérapeutiques de l’écriture expressive. Mettre des mots sur une expérience difficile permet de réorganiser cognitivement l’événement, de réduire la charge émotionnelle, et de créer une distance nécessaire entre le vécu brut et la narration qu’on en fait. Pour Jim Carroll, l’écriture n’est pas un hobby — c’est le seul espace où il existe à ses propres yeux. C’est aussi pourquoi il survivra.

    La mécanique de la descente aux enfers

    Ce qui me fascine — et m’affecte — dans la structure narrative de ce film, c’est la façon dont il représente l’addiction non pas comme une décision, mais comme un glissement. Il n’y a pas de moment où Jim choisit de devenir héroïnomane. Il y a une succession de petits pas, chacun logique dans le contexte de ce qui précède, qui mènent quelque part d’irréversible.

    C’est exactement comme ça que fonctionne la plupart des processus d’autodestruction : non pas une chute verticale, mais une pente douce qu’on ne reconnaît pas comme une pente. On normalise. On adapte. On minimise. Et quand on lève la tête, le sol d’avant est loin au-dessus.

    Concept : mécanismes de défense et dissonance cognitive

    Face à un comportement problématique, le psychisme mobilise des mécanismes de défense — rationalisation, minimisation, déni — qui permettent de maintenir une image cohérente de soi malgré des comportements qui la contredisent. Jim continue de se voir comme un basketteur, un écrivain, un garçon ordinaire — longtemps après que la réalité a divergé. Ce décalage est douloureux à observer. Il est aussi profondément humain. On ne se voit jamais tomber en temps réel.

    On ne se voit jamais tomber en temps réel. On sent la chute. Mais on ne l’aperçoit vraiment qu’une fois passée — quand on regarde en bas et qu’on réalise qu’on était là. Jim me montre moi au plus bas. Et cette reconnaissance-là, elle fait mal d’une façon particulière.

    Note personnelle

    Ce que le film réussit — et ce qu’il frôle sans franchir

    Ce qui touche juste

    La performance de DiCaprio — brute, sans filet

    L’absence de jugement moral : comprendre sans excuser

    La place donnée à l’écriture comme fil de survie

    La douleur déjà présente avant la drogue — rarement filmée aussi honnêtement

    La texture de New York en 1995 — sale, vivante, sans nostalgie

    Ce qui peut déranger

    Certaines scènes de violence frôlent le spectaculaire

    La résolution finale est rapide — presque trop propre

    Les personnages féminins restent en périphérie du récit

    L’axe prostitution aurait mérité plus de profondeur

    ★★★★☆
    Un film imparfait et inoubliable. L’un des portraits les plus honnêtes jamais filmés de ce que c’est que de se perdre — et de chercher, malgré tout, un chemin pour rentrer.

    Et toi ?

    Y a-t-il un film, un livre, un personnage dont la descente t’a touché·e non pas parce qu’elle était spectaculaire, mais parce qu’elle te rappelait quelque chose que tu connaissais déjà — de l’intérieur ?

    Addiction Identité Psychologie Leonardo DiCaprio Écriture thérapeutique Attachement Cinéma 1995
  • Ce qu’on a appris à taire — Dossier TCA | mae PAUL

    Ce qu’on a appris à taire — Dossier TCA | maevapaul.blog
    Journée mondiale des TCA · 2 juin 2026

    Ce qu’on a appris
    à taire

    Un dossier sur les troubles du comportement alimentaire —
    leurs visages, leurs silences, et ce qu’il reste quand on commence à parler.

    Dossier · maevapaul.blog · Juin 2026

    Note préalable. Cet article aborde les troubles du comportement alimentaire de manière directe, y compris certains mécanismes psychologiques qui peuvent être évocateurs pour les personnes concernées. Si vous traversez quelque chose de difficile, des ressources sont listées en bas de page. Vous n’avez pas à lire ça seul·e.

    — Préambule

    Il y a des choses qu’on ne dit pas

    Il y a des choses qu’on apprend à ne pas dire. Pas parce qu’elles n’existent pas — elles existent avec une précision cruelle, dans les détails les plus ordinaires du quotidien. Mais parce qu’on a appris, tôt, que les dire changeait quelque chose dans le regard des autres. Alors on se tait. On arrange. On trouve des formulations qui glissent dessus sans s’y arrêter.

    J’écris cet article à l’occasion de la journée mondiale des TCA — le 2 juin — parce que c’est une date qui existe, et parce que ce que je vais dire mérite d’être dit. Pas sous forme d’aveu dramatique. Plutôt sous forme de lucidité posée sur la table, pour celles, ceux et celleux qui se reconnaîtront sans que j’aie besoin de leur faire un dessin.

    Je suis particulièrement concerné·e par ce dont je vais parler. Je le suis depuis longtemps. Et j’ai choisi, aujourd’hui, d’en faire un espace d’information — parce que l’information manque, parce que les idées reçues abondent, et parce qu’un article qui dit la vérité peut parfois faire plus de bien qu’un silence poli.

    — I. Panorama

    Ce que sont vraiment les TCA

    Les troubles du comportement alimentaire — TCA, dans le vocabulaire médical — ne sont pas des lubies. Ce ne sont pas des régimes qui ont mal tourné, ni des caprices d’adolescent·es riches. Ce sont des pathologies psychiatriques reconnues, complexes, qui touchent des personnes de tous âges, de tous milieux, de tous genres.

    Il en existe plusieurs formes, souvent présentées comme distinctes alors qu’elles se superposent, se succèdent, parfois coexistent chez une même personne.

    L’anorexie mentale

    La restriction alimentaire sévère, la peur intense de prendre du poids, une perception altérée de son propre corps. L’anorexie est l’une des maladies psychiatriques les plus mortelles — non pas parce que les personnes qui en souffrent manquent de volonté, mais parce qu’elle s’attaque précisément à la volonté, et à la capacité de se percevoir avec justesse.

    La boulimie

    Des épisodes de consommation alimentaire importante sur un temps court, suivis de comportements compensatoires — vomissements, laxatifs, exercice compulsif. La boulimie vit souvent dans le secret absolu. Les personnes concernées n’ont pas nécessairement un corps qui « dit » quelque chose. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle reste si invisible.

    L’hyperphagie boulimique

    Des épisodes de prise alimentaire compulsive, sans comportements compensatoires. C’est le TCA le plus répandu, et l’un des moins reconnus — notamment parce qu’il est trop souvent réduit à une question de « manque de contrôle ». La thématique de la journée mondiale 2026 lui est d’ailleurs consacrée : une question de volonté ou de santé mentale ? La réponse devrait aller de soi.

    La restriction et l’orthorexie

    Des formes moins codifiées mais tout aussi réelles : la restriction chronique sans diagnostic d’anorexie, l’orthorexie (obsession de manger « sainement » au point que cela empiète sur la vie entière), le contrôle alimentaire comme mode de gestion des émotions. Ces formes-là sont particulièrement normalisées socialement — on les appelle parfois « faire attention », « être raisonnable », « prendre soin de soi ». Ce glissement sémantique est dangereux.

    Un TCA, ce n’est pas une relation compliquée avec la nourriture. C’est une relation avec soi-même qui passe par la nourriture — ou par son absence.

    — II. L’invisible

    Ce qu’on ne dit pas

    On ne dit pas que le contrôle alimentaire peut ressembler, de l’extérieur, à de la discipline. Qu’il peut être valorisé, applaudi, envié. Qu’on peut recevoir des compliments qui fonctionnent comme du carburant pour continuer.

    On ne dit pas que la honte est structurelle — pas accidentelle. Qu’elle fait partie du trouble lui-même, qu’elle en est un symptôme autant qu’un moteur. Qu’elle empêche de demander de l’aide précisément au moment où on en aurait le plus besoin.

    On ne dit pas que les TCA peuvent être silencieux. Qu’on peut traverser des années avec un trouble que personne ne voit, pas même les proches, pas même soi-même — pas complètement, pas avec les mots justes. Qu’on peut fonctionner. Aller au travail. Rire. Et porter quelque chose de très lourd, très discrètement, depuis très longtemps.

    On ne dit pas que les TCA touchent aussi les hommes, aussi les personnes âgées, aussi les enfants. On ne dit pas qu’ils n’ont pas de tête — pas de visage type, pas de corps type, pas de milieu social type.

    On ne dit pas, surtout, à quel point les réseaux sociaux ont aggravé les choses. Le mot-clé #SkinnyTok a envahi TikTok — valorisant la maigreur extrême, normalisant des comportements qui relèvent de la mise en danger. Des algorithmes qui amplifient, qui recommandent, qui créent des chambres d’écho visuelles autour de corps idéalisés.

    « Être souvent confronté à des corps idéalisés favorise le fait de se comparer, de se déprécier et augmente l’insatisfaction corporelle, facteur de risque majeur de déclenchement ou d’aggravation des TCA. »

    — Hugo Saoudi, médecin psychiatre spécialisé en TCA, membre de la FFAB

    — III. En France

    Ce que disent les chiffres

    Les données françaises sur les TCA sont à la fois frappantes et probablement sous-estimées — parce que les troubles sous-diagnostiqués ne rentrent pas dans les statistiques.

    Quelques repères · France 2025–2026

    ~1M
    de personnes touchées par un TCA en France, selon les données gouvernementales 2025. Certaines estimations vont jusqu’à 7 millions si l’on inclut toutes les formes de troubles alimentaires.
    2e
    cause de mortalité prématurée chez les 15–24 ans, après les accidents de la route. L’anorexie mentale a l’un des taux de mortalité les plus élevés parmi les maladies psychiatriques.
    50 %
    des personnes souffrant de TCA ne bénéficient d’aucune prise en charge médicale. La moitié. En silence.
    8,4 %
    de prévalence vie entière chez les femmes, 2,2 % chez les hommes — mais ces chiffres reflètent les diagnostics posés, pas la réalité vécue.

    Ces chiffres ne sont pas là pour impressionner. Ils sont là pour dire que ce n’est pas rare, que ce n’est pas marginal, et que la honte que beaucoup portent seul·es est inversement proportionnelle à la solitude réelle dans laquelle ils et elles se trouvent.

    — IV. Le silence

    Pourquoi on se tait

    Parce qu’on a peur de ne pas être cru·e. Parce qu’on n’a pas l’air malade — et que « ne pas avoir l’air » devient la preuve qu’on n’a pas le droit de se plaindre.

    Parce que le trouble lui-même produit du silence. L’honte est une de ses caractéristiques les plus constantes, peu importe la forme qu’il prend. Elle dit : personne ne comprendrait. personne ne devrait voir. cache ça.

    Parce que demander de l’aide implique de nommer. Et nommer, c’est rendre réel. Et rendre réel, c’est devoir faire quelque chose — se soigner, changer, renoncer à certains mécanismes qui, aussi douloureux qu’ils soient, ont longtemps fonctionné comme des béquilles.

    Je me suis tue longtemps. Pas par manque de conscience — j’avais conscience. Mais parce que la conscience ne suffit pas, et parce qu’il est plus simple de continuer à fonctionner que d’arrêter pour regarder en face ce qu’on porte.

    Ce n’est pas une faiblesse. C’est une réponse humaine à quelque chose d’écrasant.

    — V. Le deuil

    Dire au revoir à un corps qu’on aimait

    C’est peut-être la partie la moins dite. Pas le trouble lui-même — mais ce qui se passe quand on essaie de s’en défaire. Ce qu’on est censé·e « lâcher » dans ce processus.

    Il y a, dans la guérison des TCA, quelque chose qu’on nomme rarement avec honnêteté : le deuil du corps d’avant. Le deuil d’une silhouette qui était devenue une identité. Une preuve. Une forme de contrôle sur quelque chose — quand tout le reste semblait hors de portée.

    Ce corps-là, même s’il était le signe que quelque chose n’allait pas, était aussi reconnu. Valorisé, parfois. Il occupait une place dans le regard des autres — et dans le regard qu’on portait sur soi-même. S’en séparer, c’est perdre un repère. Même un repère douloureux reste un repère.

    Il n’y a pas de formule magique pour traverser ça. Pas de « il suffit d’accepter son corps » qui tienne face à des années de conditionnement — intérieur et extérieur. Ce que je peux dire, c’est que ce deuil est réel, qu’il mérite d’être nommé comme tel, et qu’il ne signifie pas qu’on a tort de vouloir aller mieux.

    On peut vouloir guérir et regretter simultanément ce qu’on était en étant malade. Ces deux choses ne s’annulent pas. Elles coexistent, inconfortablement, et c’est normal.

    Ce que les soignants formés aux TCA savent — et que le grand public ignore souvent — c’est que la guérison n’est pas linéaire, qu’elle implique des ambivalences profondes, et qu’elle ne ressemble pas à une décision qu’on prend un matin en se levant du bon pied. C’est un travail long, souvent non-linéaire, qui demande un accompagnement adapté.

    — VI. Ce qui aide

    Ce qui aide — et ce qui ne sert à rien

    Ce qui ne sert à rien

    Dire à quelqu’un « mange normalement ». Lui expliquer que « c’est dans sa tête ». Lui faire remarquer qu’il ou elle « a l’air mieux » ou « a l’air moins bien » — les commentaires sur l’apparence, dans les deux sens, peuvent faire des dégâts qu’on ne mesure pas.

    Proposer des régimes. Des recettes. Des plans alimentaires. La plupart du temps, les personnes concernées connaissent mieux que quiconque la composition nutritionnelle de ce qu’elles mangent — c’est d’ailleurs souvent une partie du problème.

    Minimiser. Comparer. Dire que « tout le monde a ses petits trucs avec la bouffe ».

    Ce qui aide, vraiment

    La présence sans pression. L’écoute sans solution immédiate. Poser la question sans attendre une réponse propre et rangée.

    Un accompagnement spécialisé — parce que les TCA nécessitent des professionnels formés spécifiquement. Pas tous les psys, pas tous les médecins, ne sont équipés pour ça. La FFAB tient à jour un annuaire national des centres et équipes spécialisées.

    Du temps. De la constance. Et la conviction — à transmettre à la personne concernée, sans la forcer — qu’elle mérite de prendre de la place autrement qu’en se diminuant.

    — VII. Ressources

    Si vous avez besoin d’aide

    Ressources · France

    FFAB — Fédération Française Anorexie Boulimie

    Site de référence, annuaire des centres spécialisés, informations pour les patient·es et les proches. ffab.fr

    Ligne d’écoute FFAB · 09 69 325 900

    Gratuite, anonyme. Pour parler à quelqu’un de formé, que vous soyez concerné·e directement ou un·e proche.

    journeemondialetca.fr

    Événements, ressources et informations autour de la semaine nationale de sensibilisation (1–7 juin 2026).

    Médecin traitant / psychiatre spécialisé TCA

    Le premier pas peut être d’en parler à un médecin — en précisant que vous pensez que ça concerne les TCA, pour orienter vers un spécialiste formé.

    On apprend à se taire très tôt. On peut apprendre, plus tard, à parler autrement — pas pour tout dire, pas d’un coup, pas à n’importe qui. Mais un peu. À soi d’abord, peut-être. Puis à quelqu’un qui tient la main sans tirer dessus.

    Si vous vous êtes reconnu·e quelque part dans ces lignes, sachez que vous n’êtes pas seul·e dans ce que vous portez. Et que l’aide existe — imparfaite, lente, mais réelle.

    — Mae · maevapaul.blog · Juin 2026 · #NoMoreTCA

  • Bipolarité et sauvetage aquatique — ce qu’on cache quand on surveille les autres | Maëva Paul

    Santé mentale · Témoignage

    Quand la noyade ne fait pas de bruit

    Bipolarité, addictions et sauvetage aquatique — ce qu’on cache quand on surveille les autres.

    Il y avait une dispute rituelle chaque matin pour savoir qui porterait la chaise ou le sac jusqu’au bord de l’eau. Et une autre pour déterminer qui irait entrer dans le lac avec le thermomètre. Des querelles sans enjeu, qui faisaient du bien précisément parce qu’elles n’en avaient aucun. C’était avec Steven et Emeline, et cet endroit-là — ce bord de lac cerné de montagnes, cette lumière du matin sur l’eau froide — c’était le seul endroit où j’étais le moi qui va bien.

    Pas le moi qui tient. Le moi qui savoure.

    Emeline était chef de poste, protection civile à Paris, plus expérimentée que nous à presque tous les niveaux. Elle nous apprenait les règles qui coûtent cher si on les oublie — on ne reste jamais seul dans une pièce avec un enfant, on les installe sur une chaise devant le poste pour les bobologies. Des principes qui ne souffrent aucune exception. Et pourtant elle savait que je fumais, elle sentait l’odeur de cannabis devant le mobil home, et elle n’a jamais rien dit. Pendant toute une saison. Je le lui ai demandé plus tard, directement, et elle m’a répondu simplement : elle me faisait confiance. J’étais investie, désireuse d’apprendre, et ça n’impactait pas mon travail. C’était suffisant pour elle.

    J’ai retenu cette façon d’être avec les gens. Faire confiance sur les actes, pas sur les apparences.

    Les jours où j’étais au maximum — les phases hautes, même si à l’époque on ne nommait pas encore ça clairement — j’allais voir le lever de soleil sur le lac. Je nageais seule dans l’eau froide avec les montagnes autour. On faisait du bivouac, des réveils en altitude. L’espace d’un été, j’avais l’impression d’être exactement là où je devais être dans l’existence.

    Le sauvetage aquatique c’est un des métiers les plus à responsabilités qui soit, exercé dans un des contextes les plus décontractés qui soit. Des touristes en vacances, des enfants qui courent, de la musique au loin — et toi, assis ou les pieds dans l’eau, à surveiller une zone de bain en sachant que ta distraction d’une seconde peut envoyer quelqu’un aux urgences ou toi en prison.

    Ce que les gens ne voient pas c’est le reste. Le mépris ordinaire de certains vacanciers pour un travail qu’ils considèrent comme du farniente. Le fait de ne jamais connaître la suite de l’histoire quand on envoie quelqu’un en mauvais état à l’hôpital. Le risque, qui grandit chaque année, de trouver un corps dans sa zone de bain.

    On extériorisait chacun à notre façon. Certains allaient courir une heure. D’autres buvaient des verres au bord de piscines privées ou de couchers de soleil. D’autres nageaient toujours plus loin, toujours plus longtemps. On ne parlait pas vraiment de ce que ça faisait, à l’intérieur. On décompressait, c’est tout.

    Ce métier, l’espace d’une journée de travail, me faisait arrêter de penser à tout ça. J’étais pleinement dans mon rôle. Je me sentais capable de quelque chose.

    C’est une sensation rare quand tu passes la moitié de ta vie à douter de ce que tu vaux.

    L’été 2022, au Léman, les diagnostics étaient encore en cours. Bipolarité, borderline, peut-être les deux — trop de consommations pour être certain de quoi que ce soit. Je cherchais un psychiatre qui comprendrait vraiment, une psychologue qui ne resterait pas en surface. Je voulais être provoquée, bousculée, pas ménagée.

    En surface, j’étais cash. Franche, directe, sans filtre apparent. C’était une stratégie, même si je ne me le formulais pas comme ça à l’époque. Être transparente sur la forme pour garder le fond bien caché. Personne ne regardait derrière si la façade était suffisamment convaincante.

    Mes crises, je les avais en solitaire. Quelques rares fois quelqu’un l’a su. La plupart du temps, non.

    L’année d’après c’est l’été de la tentative de suicide. En juin, l’école me force à prendre une césure pour me soigner. J’ai décidé d’aller en clinique psychiatrique en septembre — parce que je ne voulais pas me priver de ma saison. C’était mon moment préféré de l’année et je n’allais pas y renoncer pour une hospitalisation, même justifiée. J’ai d’abord fait ma saison. C’est Emeline qui m’a conduite aux urgences cette nuit-là, après que ma colocataire l’avait appelée. Elle a frappé à la porte et dit sur son ton qui ne souffre aucune discussion : « Tu ouvres, ou les pompiers le feront. » J’ai ouvert immédiatement. On a marché une heure dans le camping. Elle m’a parlé, j’ai parlé. Elle a évoqué le fait qu’elle m’avait laissé chef de poste à son retour et que j’avais refusé — comme si c’était lié à ce qui venait de se passer. Ce n’était pas ça la raison. C’était juste un éclat dépressif et suicidaire que j’essayais de contenir depuis trop longtemps.

    Je continue de faire ce métier aujourd’hui en partie pour aller contre ceux qui pensent que je n’en suis pas capable. Contre le diagnostic, contre les limitations implicites qu’on assigne aux gens comme moi. Ian dans Shameless, bipolaire et ambulancier — même logique, mêmes intentions. Je me reconnais dans cette obstination-là.

    En 2021, à Morzine, j’ai commencé à vraiment beaucoup boire. Je faisais des terreurs nocturnes, je m’endormais bourrée tous les soirs. C’est là que c’est devenu une addiction problématique — pas une habitude, pas une façon de fêter, quelque chose d’autre. Quelque chose qu’on fait parce qu’on ne sait plus comment s’endormir autrement.

    En 2022, première saison au Léman, personne ne me connaissait encore. Je voulais faire bonne impression. Et puis je ne voulais tuer personne — alors je gérais. Que le soir. J’arrêtais à une certaine heure. Cannabis, un peu d’alcool. Une façon de tenir le rythme sans laisser voir les coutures.

    Aujourd’hui les substances ont changé. Les besoins aussi. La baignade est non surveillée, les responsabilités pénales différentes — et dès que le premier gamin commence à avoir la tête sous l’eau, je saute. Mon corps sait encore faire ce qu’il faut faire. Je ne risquerais pas la vie des gens si je n’en étais pas certaine.

    Mais les humains m’épuisent de plus en plus. Je commence à trop douter, à trop psychoter. Le métier qui me ressourçait se met à peser différemment.

    Il y a une question que je ne me suis pas encore posée jusqu’au bout : est-ce que je continue pour ce que ce métier m’apporte, ou pour prouver à quelqu’un — à moi — que je peux encore ?

    Je ne vais pas écrire que j’ai compris quelque chose de définitif. Ce n’est pas vrai et ça ne l’a jamais été.

    Ce que je sais c’est que les métiers de secours ont une façon particulière de coïncider avec certains fonctionnements psychiques. La vigilance constante, la responsabilité du vivant, l’adrénaline des urgences entrecoupée de vides profonds — c’est un terrain qui résonne avec la bipolarité d’une façon que je n’arrive pas encore à totalement démêler. Est-ce que ça l’amplifie ? Est-ce que ça la structure ? Les deux à la fois selon les jours ?

    Ce que je sais aussi c’est qu’on ne parle pas de ça. On ne parle pas des sauveteurs qui décompressent mal, qui automédiquent, qui tiennent le poste impeccablement pendant huit heures et s’effondrent le soir. La figure du secouriste n’a pas droit à la fissure visible.

    Et c’est peut-être pour ça que j’écris ça ici.

    À celle que j’étais Si tu te reconnais dans ce texte — dans l’obstination à prouver, dans la décompression qui dérapait, dans les crises gérées en solitaire parce que la façade tenait bien — tu n’étais pas irresponsable. Tu faisais ce que tu pouvais avec ce que tu avais. Et tu savais sauter à l’eau au bon moment. C’est pas rien.
  • La colère – atelier d’écriture thérapeutique

    La colère — Atelier d’écriture thérapeutique | Maëva Paul

    Atelier d’écriture

    Mars 2026

    La colère

    Pas celle qu’on t’a appris à cacher. La vraie.

    On t’a appris à la ravaler. À la transformer en larmes, en silence, en excuses. À la justifier avant même de l’exprimer. À la qualifier d’excessive, de disproportionnée, de dangereuse.

    Mais la colère n’est pas un défaut. C’est un signal. Elle dit que quelque chose n’était pas juste. Qu’une limite a été franchie. Qu’on t’a fait du mal, ou qu’on t’a empêché·e d’exister pleinement.

    Cet atelier, c’est une permission.
    Pas de la violence. Pas de la haine.
    Juste — enfin — le droit d’être en colère.

    Écris sur ta colère. Pas celle qu’on t’a appris à cacher, à excuser, à minimiser. La vraie. Celle qui brûle encore. Celle qui n’a jamais eu le droit d’exister.

    Pas de règles de style, pas de longueur imposée. Un mot, une phrase, une page entière — tout est bienvenu. Ce qui compte, c’est que ce soit vrai.

    Les consignes d’écriture

    01

    Installez-vous

    Un endroit où vous ne serez pas dérangé·e. Pas besoin de calme parfait — parfois la colère s’écrit dans le bruit.

    02

    Le point de départ

    Commencez par : « J’aurais dû avoir le droit d’être en colère quand… » — laissez venir sans censure.

    03

    Explorez

    Où se loge-t-elle dans votre corps ? Depuis quand est-elle là ? Contre qui, contre quoi ? Ne minimisez rien.

    04

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    • Une balade sans sens — Villevaude, avril 2025 | mae(va) PAUL

      Carnet de balade  ·  Villevaude  ·  Avril 2025

      Une balade
      sans sens.

      Je suis parti·e marcher sans destination dans un village ordinaire. Ce que j’ai trouvé : une machine à baguettes, une traction avant noire, et la confirmation que je suis beau·belle à la fois, et que c’est suffisant.

      Distributeur maBaguette devant une école, Villevaude, avril 2025
      I

      Baguette fraîche dans une machine,
      Ou est donc le sens ?
      Je marche dans le village,
      Au bout de 3 pas je ne comprends
      déjà pas ce que je vois.

      Villevaude — avril 2026 distributeur maBaguette. baguettes fraîches, 24h/24.

      Il y a quelque chose d’absurde dans un distributeur automatique de baguettes artisanales. Comme si on avait voulu réconcilier deux mondes qui n’ont rien à faire ensemble : le geste du boulanger et la logique du DAB. Villevaude n’a pas de boulangerie. Elle a une machine. C’est peut-être ça, la modernité rurale.

      Je me suis arrêté·e devant quelques secondes. Pas pour acheter. Pour comprendre. J’ai pas compris.

      Digression

      En France, plus de 400 communes rurales ont perdu leur dernière boulangerie depuis 2010. La baguette automatique n’est pas une absurdité — c’est une réponse. Ce qui est absurde, c’est la question à laquelle elle répond.

      Selfie dans un miroir rayé, veste camel, lunettes aviateur — Villevaude avril 2026
      II

      Je me suis fait beau gosse,
      Et oui maman pas belle gosse,
      Désolé si ça ne vous convient pas,
      Mais je suis beau et belle à la fois.

      Avant de sortir — seul miroir du mobil-home veste camel, lunettes aviateur, trois colliers. beau·belle à la fois.

      Avant de partir, je me suis regardé·e dans le miroir rayé de mon logement. Veste camel oversize, lunettes de soleil, colliers superposés. Ce jour-là j’ai vu quelqu’un, pas une silhouette floue entre deux cases, quelqu’un. Beau gosse. Pas belle gosse. Les deux. Le miroir était rayé mais l’image était nette.

      Ce n’est pas une crise identitaire, c’est juste mardi. Je sors promener ce corps-là, tel qu’il est, dans un village qui a une machine à baguettes à la place d’une boulangerie. Le monde est incohérent, autant l’être aussi.

      Digression

      Il y a quelque chose de particulier à se photographier dans un miroir abîmé. Les rayures ne cachent pas — elles ajoutent. Une texture sur la texture. Le reflet devient une interprétation plutôt qu’une copie. Peut-être que c’est pour ça que ce format persiste : le miroir abîmé dit la vérité mieux que le miroir parfait.

      Traction avant noire au rond-point de Villevaude, avril 2026
      III

      Une voiture originelle d’un petit village,
      Parfois j’aimerais comme les bandits,
      Voler une voiture et en faire
      mon appartement.

      Rond-point — Villevaude, avril 2026 traction avant Citroën. elle roule encore, bien, sans s’excuser.

      Une traction avant noire traversait le rond-point. Sobre, massive, anachronique. Le genre de voiture qui appartient à une autre époque et qui pourtant roule encore, tranquillement, sans s’excuser d’exister dans un monde qui ne la comprend plus.

      J’ai pensé à vivre dedans. Pas par romantisme du banditisme — plutôt par attrait pour l’idée d’un espace à soi, suffisant, mobile. Quelque chose qui dit : je n’ai besoin de rien de plus que ça. Quatre murs qui bougent. Appeler ça chez soi.

      Panneau Police Municipale sur vieux mur de pierre, pub KFC en arrière-plan — Villevaude avril 2026
      IV

      Toujours la police à côté de chez moi,
      Je crois que la vie se joue de moi.
      Mais j’passe en fumant alors que moi je ne sens pas,
      L’odeur que je répands ni leur présence.

      Rue de la Tour — Villevaude, avril 2026 mur médiéval, panneau institutionnel, KFC. trois époques sur un même angle.

      Rue de la Tour. Police Municipale, flèche vers la droite. Derrière : un vieux mur de pierre qui a vu passer des siècles, et une pub KFC qui n’a pas encore eu le temps de jaunir. Le mélange de temporalités est tellement violent que ça en devient presque une installation.

      Je suis passé·e. Ni l’odeur ni leur présence — rien ne m’a rattrapé·e. C’est ça aussi, passer entre les mailles sans même essayer : certains corps se rendent invisibles sans le vouloir, et d’autres n’y arrivent jamais.

      Digression

      L’invisibilité n’est pas un superpouvoir, c’est une loterie. Elle dépend de comment tu es lu·e, de ce que tu portes, de l’heure, de l’endroit. Ce jour-là j’ai eu de la chance. Ce n’est pas toujours le cas.

      Vue du dessus — jean brodé de fleurs, chaussures brodées multicolores sur gravier — Villevaude avril 2026
      V

      Des fleurs et une jolie tenue,
      Mi fille mi garçon,
      Un collier bleu un collier rose
      et un collier de mon amoureuse.
      Comme ça pas de jaloux même si
      notre chaîne est plus forte que tout.

      Quelque part sur le gravier — Villevaude, avril 2026 jean brodé, chaussures fleuries. mi fille mi garçon, tout à fait moi.

      Vue du dessus : un jean brodé de fleurs jaunes et roses, des chaussures qui continuent dans la même veine. L’identité par l’accumulation de détails : pas une déclaration, juste ce que j’avais envie de mettre ce matin-là.

      Quatre colliers superposés. Celui de mon amoureuse a été fait avec des couleurs non genrées, parce qu’elle sait. Elle me laisse être moi sans poser de questions, et ça, c’est rare. Le deuxième et le troisième forment une paire : un rose et un bleu. Et le dernier c’est un lien au sens propre. Une chaîne qui tient mieux que n’importe quoi d’autre.

      Pas de jaloux. Pas d’explication non plus — juste quatre objets qui savent ce qu’ils représentent, portés ensemble, sur un gravier de village ordinaire.

      Villevaude — avril 2026  ·  mae

      Je suis rentré·e chez moi sans réponse. Une machine à baguettes, une vieille traction noire, un panneau de police devant un KFC, et mes propres pieds sur du gravier. C’était suffisant. Les meilleures balades sont celles qui ne mènent nulle part — on revient avec des vers, et la confirmation que le monde est incohérent. Mais qu’on peut l’être aussi, et que c’est très bien comme ça.

    • Euphoria & santé mentale : addictions, trauma et trouble bipolaire

      Psychologie · Séries · Dossier

      Mai 2026

      Ce que Euphoria
      dit vraiment de nous

      Addictions, trauma, comportements à risque et trouble bipolaire — derrière les néons, une série qui parle surtout de souffrance.

      Création Sam Levinson
      Format Série dramatique
      Thèmes Addictions · Trauma · Bipolarité
      Personnage central Rue Bennett
      Lecture Analyse psychologique
      Sujet Ce que la série révèle de nous

      Certaines séries racontent une histoire. D’autres deviennent un miroir. Euphoria appartient à cette seconde catégorie. Derrière ses couleurs saturées, ses fêtes sans fin et ses images devenues iconiques, la série met en scène quelque chose de beaucoup plus difficile à regarder : la souffrance psychique lorsqu’elle n’a plus les mots pour se dire.

      Euphoria ne parle pas seulement de drogues.
      Elle parle de ce qu’on cherche à anesthésier.

      Les addictions de Rue, les traumatismes de Jules, la violence de Nate, les conduites à risque qui traversent presque chaque personnage : rien n’est véritablement présenté comme un spectacle. La série montre plutôt ce qui arrive quand la douleur devient trop importante pour être portée seule.

      C’est aussi ce qui explique sa résonance. Beaucoup de spectateurs ne s’y reconnaissent pas parce qu’ils ont vécu les mêmes événements. Ils s’y reconnaissent parce qu’ils connaissent cette sensation plus universelle : celle d’essayer de survivre avec quelque chose qui déborde.

      Alors avant de parler de scénario ou de personnages, il vaut peut-être la peine de regarder ce que la série raconte réellement. Pas sur les adolescents américains. Pas sur les excès. Mais sur nous. Sur nos blessures, nos stratégies de survie et tout ce qu’on tente parfois de cacher derrière une apparence qui tient encore debout.

      Rue, ou comment la douleur trouve une sortie

      Rue Bennett n’a pas commencé à se droguer par curiosité. Elle a commencé parce que son cerveau lui faisait mal, parce que la drogue lui a paru plus sympathique que la réalité, et qu’elle a aimé les sensations — ou leur absence. Après la mort de son père, elle a découvert que certaines substances faisaient taire quelque chose. Provisoirement. Suffisamment.

      C’est ce qu’on appelle l’automédication : utiliser une substance — alcool, cannabis, opioïdes — pour gérer des symptômes que le reste n’a pas su traiter. Un trouble anxieux non diagnostiqué, un épisode dépressif, un traumatisme qui n’a pas encore trouvé sa place dans un dossier médical. La substance fonctionne. C’est là tout le piège : elle fonctionne réellement, au moins au début.

      Note personnelle

      Ce qui m’a frappée en regardant Euphoria pour la première fois, c’est qu’elle n’avait pas pitié de ses personnages. Elle les regardait en face. Sans les protéger du regard du spectateur, sans leur offrir la dignité confortable d’une rédemption immédiate. C’était inconfortable. C’était aussi ce qui la rendait juste.

      À savoir

      L’automédication est identifiée comme un facteur de risque majeur dans le développement des troubles addictifs. Les personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou de stress post-traumatique présentent statistiquement un risque plus élevé de développer une dépendance.

      Ce phénomène ne relève pas d’un manque de volonté : il correspond souvent à une tentative de régulation d’une souffrance psychique qui n’a pas encore trouvé d’autre réponse.

      Le trauma comme point de départ, pas comme excuse

      Euphoria ne présente jamais le traumatisme comme une justification suffisante — et cette nuance est importante. Les personnages portent des histoires douloureuses, mais la série ne les absout jamais totalement. Nate grandit dans une violence psychologique constante. Cassie dans une insécurité affective chronique. Ces expériences expliquent certaines trajectoires. Elles ne les excusent pas.

      Ce que la psychologie du trauma nous apprend, c’est que les blessures ne déterminent pas un destin. Elles façonnent des réflexes, des mécanismes de protection, des schémas relationnels parfois destructeurs. Mais ces schémas peuvent être identifiés, compris et parfois transformés. La série montre les mécanismes. Elle ne prétend pas montrer la guérison. Elle serait probablement moins honnête si elle le faisait.

      Certains personnages voient leur propre destruction et continuent quand même, parce que l’autre option, c’est ressentir.

      Ce que les drogues font au cerveau

      Il y a une scène dans la saison 1 où Rue explique, en voix off, ce qu’elle ressent. Elle ne romantise pas, exactement. Elle décrit. Et cette description est précise : un ralentissement, une chaleur, une distance entre soi et la douleur. Ce n’est pas un fantasme de série. C’est la neurobiologie des opioïdes.

      Le circuit de la récompense et son détournement

      Toutes les drogues agissent sur le système dopaminergique, ce qu’on appelle le circuit mésolimbique de la récompense. Ce système existe pour nous pousser à répéter les comportements essentiels à la survie. Le problème, c’est que les substances psychoactives produisent des pics de dopamine d’une intensité incomparable à tout ce que la vie ordinaire propose.

      Opioïdes

      Se fixent sur les récepteurs mu-opioïdes et diminuent la perception de la douleur physique comme émotionnelle. Avec le temps, le cerveau réduit sa propre production d’endorphines et le manque devient lui-même douloureux.

      Stimulants

      Cocaïne et amphétamines augmentent massivement la dopamine et bloquent sa recapture. L’euphorie est souvent brève, suivie d’une chute qui pousse à rechercher rapidement une nouvelle prise.

      Cannabis

      Agit sur le système endocannabinoïde. Les effets peuvent sembler apaisants à court terme, mais l’usage régulier peut devenir problématique, particulièrement en contexte de vulnérabilité psychologique.

      Alcool

      Dépresseur du système nerveux central agissant notamment sur le GABA et le glutamate. Son caractère culturellement banal masque souvent son potentiel addictif.

      Kétamine Récréatif · Médical

      Dissociatif qui agit principalement sur les récepteurs NMDA du glutamate. Elle peut produire une impression de détachement du corps, du temps ou de l’environnement. Ce même mécanisme explique aussi son utilisation médicale sous forme d’eskétamine dans certaines dépressions résistantes, où son action peut être beaucoup plus rapide que celle des antidépresseurs traditionnels.

      Ce que ça change dans le cerveau

      La dépendance provoque une réorganisation profonde du cerveau. Ce n’est plus seulement une question de volonté. Les structures préfrontales impliquées dans la prise de décision rationnelle sont progressivement sous-dominées par des structures plus primitives, qui ne pensent qu’à une chose : retrouver l’état qui a soulagé la douleur.

      C’est pourquoi « tu n’as qu’à arrêter » est l’une des phrases les plus violentes qu’on puisse dire à quelqu’un en état de dépendance. Le cerveau a littéralement changé.

      Ce n’est plus seulement une question de volonté. Le cerveau a littéralement changé. Il cherche simplement à retrouver l’état qui a soulagé la douleur.

      Quand les drogues parlent la même langue que le trouble

      La relation entre trouble bipolaire et consommation de substances est l’une des comorbidités les plus documentées, et les moins bien comprises du grand public. Alcool, cannabis, kétamine, opioïdes, stimulants : chaque substance trouve une logique dans le cycle bipolaire. Pas par accident. Par une cohérence cruelle.

      Le trouble bipolaire, caractérisé par des alternances d’épisodes maniaques et dépressifs, est surreprésenté parmi les personnes qui développent une dépendance. Ce n’est pas un hasard. C’est une logique.

      Deux phases, deux rapports à la substance

      Phase maniaque
      • Énergie décuplée et réduction du besoin de sommeil.
      • Sentiment d’invulnérabilité, confiance excessive dans ses capacités.
      • Recherche intense de stimulation et de sensations nouvelles.
      • Les stimulants ou la kétamine peuvent prolonger artificiellement cet état d’expansion.
      • La prise de risque augmente, y compris dans la consommation de substances.
      Phase dépressive
      • Épuisement physique et psychique profond.
      • Perte d’intérêt, ralentissement et sentiment d’impuissance.
      • L’alcool devient parfois une tentative d’anesthésier la douleur émotionnelle.
      • Les stimulants peuvent être recherchés pour retrouver artificiellement de l’énergie.
      • Les opioïdes ou la kétamine offrent parfois une forme temporaire d’échappatoire au vécu dépressif.

      Ce double mouvement crée un cycle particulièrement difficile à briser. La substance ne choisit pas une seule phase, elle s’infiltre dans les deux, pour des raisons opposées, avec les mêmes conséquences.

      Le défi du diagnostic

      Une des difficultés majeures dans la prise en charge des personnes bipolaires avec addiction, c’est que les substances masquent ou imitent les symptômes du trouble. Un épisode maniaque peut ressembler aux effets de la cocaïne. Un épisode dépressif peut ressembler au manque d’opioïdes. La dissociation provoquée par la kétamine peut mimer certains états mixtes. Le diagnostic différentiel est complexe et bien souvent retardé de plusieurs années.

      En France, le délai moyen entre les premiers symptômes d’un trouble bipolaire et son diagnostic est estimé à 8 à 10 ans. Pour les personnes également en situation d’addiction, ce délai peut encore s’allonger.

      Note personnelle

      Ma bipolarité et mes addictions s’aiment d’un amour réciproque. L’une nourrit l’autre, l’autre justifie l’une, et quelque part au milieu, il y a moi, qui me suis perdu(e). La frontière entre l’état naturel du trouble et l’état induit par la substance est tellement floue que parfois je ne sais plus vraiment lequel des deux parle. Ou peut-être est-ce les deux qui chantent ensemble ?

      La substance et le trouble parlent la même langue. Et personne autour n’a de traducteur.

      Ce que les drogues font aux décisions

      Euphoria ne montre pas la drogue en isolation. Elle la montre enchevêtrée avec tout le reste : les décisions sexuelles, les conflits, les accidents, les mensonges. C’est là que la série est la plus fidèle à la réalité clinique : la consommation de substances ne produit pas seulement une dépendance chimique. Elle modifie le rapport au risque.

      Désinhibition et prise de risque

      La plupart des substances : alcool, cocaïne, kétamine, benzodiazépines, agissent sur les fonctions exécutives, ces capacités du cortex préfrontal à évaluer les conséquences, freiner les impulsions, projeter dans le futur. Sous leur effet, ce frein est affaibli ou désactivé. Le risque est perçu différemment, ou pas perçu du tout.

      La kétamine ajoute une couche supplémentaire : la dissociation. On n’est plus tout à fait dans son corps, plus tout à fait dans la scène. On observe depuis ailleurs. Ce détachement peut sembler protecteur, et c’est exactement pour ça qu’il est dangereux.

      Le cerveau adolescent

      Chez les adolescents, ce tableau est aggravé par un fait neurologique simple : le cortex préfrontal n’est pas encore mature. Il continue à se développer jusqu’à 25 ans environ. La capacité à évaluer les risques à long terme est déjà incomplète à la base et les substances ne font qu’amplifier cette incomplétude.

      C’est pour ça qu’Euphoria se passe au lycée. Pas pour le scandale. Pour la précision.

      L’inconnu en chaussettes

      Un matin en allant à la pharmacie, j’ai croisé un homme en chaussettes dans la rue. En plein hiver. Tout de suite je l’ai remarqué et j’ai distingué les traits se sa personnalité. Il avait cette façon de regarder le monde depuis très loin dedans, comme si la vitre entre lui et le dehors était épaisse et qu’il n’avait plus la force de cogner dessus.

      Note personnelle

      Il y a des gens dont la santé mentale déborde dans la rue parce que personne n’a su, ou voulu les contenir ailleurs. Des diagnostics que personne n’a pris le temps d’expliquer, des médicaments qu’on ne prend plus parce que les effets secondaires étaient insupportables, des soignants qu’on ne voit plus parce que le système est saturé.

      La schizophrénie non traitée, ça peut ressembler à un homme en chaussettes devant une pharmacie en hiver. Ça peut ressembler à quelqu’un qui te parle d’une voix qu’il essaie de noyer. Euphoria ne va pas aussi loin dans le spectre des troubles psychotiques, mais elle pose quand même la bonne question : qu’est-ce qu’on fait des gens que le monde ne sait pas accueillir ?

      La schizophrénie est souvent réduite dans l’imaginaire collectif à une dangerosité inexistante dans les faits. La réalité clinique est autre : c’est un trouble du traitement de la réalité, dont la prise en charge est complexe et l’observance thérapeutique un défi constant. Le cannabis à usage intensif précoce est reconnu comme facteur de risque dans le déclenchement d’épisodes psychotiques chez les personnes génétiquement vulnérables. Et inversement, les personnes schizophrènes présentent des taux de consommation de substances significativement plus élevés que la population générale, encore une fois, l’automédication comme tentative de gérer des symptômes que rien d’autre ne semblait pouvoir atteindre.

      Qu’est-ce qu’on fait des gens que le monde ne sait pas accueillir ?

      Cinq ans plus tard, et après ?

      La saison 3 opère un saut temporel de cinq ans. Rue a quitté le lycée. Elle est au Mexique, endettée auprès de Laurie, la trafiquante. Ce n’est pas une image de résilience propre, c’est une image de conséquences. Les dettes du passé, au sens littéral.

      Ce choix narratif est courageux : refuser la rédemption immédiate, refuser de laisser entendre que cinq ans suffisent à tout transformer. Les addictions laissent des cicatrices qui ne se voient pas toujours, des structures de pensée qui s’installent, des relations abîmées qui ne se réparent pas si facilement.

      Ce que les personnages portent encore

      Rue Addiction & conséquences

      Endettée auprès de Laurie et toujours confrontée aux répercussions directes de son addiction. La sobriété n’apparaît pas comme un état acquis, mais comme quelque chose de fragile, mouvant, constamment à reconstruire.

      Jules Trauma & avenir

      Entrée en école d’art, elle avance malgré l’anxiété et les blessures du passé. La série rappelle que grandir ne fait pas disparaître les traumatismes : ils changent simplement de visage.

      Cassie Validation & dépendance

      Fiancée à Nate et toujours en quête de reconnaissance, elle illustre une autre forme d’addiction : celle du regard des autres, plus discrète mais tout aussi structurante.

      La maturité n’est pas une guérison automatique. Ce que la saison 3 (saison finale) pourra peut-être offrir, c’est une image de ce que l’après ressemble vraiment : pas propre, pas linéaire, mais habité. Une vie traversée par les troubles, les choix, les erreurs, et qui continue quand même.

      Ce serait suffisant. Ce serait vrai.

      Note personnelle

      Cinq ans, c’est exactement le genre de saut temporel qui me terrorise et me fascine en même temps. Parce que je sais que dans cinq ans, je porterai encore des trucs que je porte aujourd’hui, juste différemment. Et parce que je me suis jamais vu(e) dans 5 ans. L’idée que Rue soit toujours dans le chaos après tout ce temps, ce n’est pas déprimant. C’est honnête. Et l’honnêteté, c’est ce que je viens chercher dans cette série.

      Les dettes du passé ne disparaissent pas avec une ellipse de cinq ans. Elles changent juste de forme.

      Ressources & soutien

      3114

      Numéro national de prévention du suicide. Disponible 24h/24, 7j/7. Gratuit.

      Fil Santé Jeunes — 0800 235 236

      Écoute, soutien et orientation pour les 12–25 ans.

      Drogues Info Service — 0800 23 13 13

      Informations, conseils et orientation concernant les addictions.

      Narcotiques Anonymes France

      Réunions et accompagnement vers le rétablissement.

      UNAFAM — 0800 810 600

      Soutien et accompagnement des proches confrontés aux troubles psychiques.

      Psycom

      Informations fiables et ressources sur la santé mentale.

      Euphoria ne guérit personne.
      Elle ne prétend pas le faire.

      Mais elle regarde.
      Et parfois, être regardé avec honnêteté est déjà une forme de soulagement.

      La saison 3 arrive bientôt.
      Je serai là.

      Mae(va) Paul · maevapaul.blog
    • Sauveur & Fils Tome 2 – Revue psychologique du roman de Marie-Aude MURAIL

      Santé mentale — Revue de livre

      Mars 2026 — Maëva Paul

      Sauveur & Fils

      Tome 2 — Liens, identité et humanité discrète — revue du roman de Marie-Aude Murail

      Couverture du roman Sauveur et Fils Tome 2

      Sauveur & Fils · Tome 2 · Marie-Aude Murail

      Sauveur & Fils, c’est une série qui ne cherche pas à impressionner. Elle revient, simplement. Comme on retourne chez quelqu’un qu’on connaît déjà — sachant qu’on y sera reçu sans avoir à tout réexpliquer.

      Le tome 2 s’inscrit dans la continuité exacte du premier : même douceur, même honnêteté, même façon de regarder les gens sans les juger. Marie-Aude Murail ne force rien. Elle laisse les personnages vieillir d’un semestre, accumuler de nouvelles blessures, de nouveaux attachements et elle observe et pose simplement des mots, avec cette précision tranquille qui est sa marque.

      Ce qui change, ici, c’est l’espace. La maison de Sauveur s’élargit. Elle devient peu à peu un lieu de passage, presque un refuge, que cela soit pour ses patients, pour son fils, pour ceux que la vie envoie sans prévenir. Cette maison toujours ouverte dit quelque chose d’essentiel sur ce tome : le soin ne s’arrête pas à la porte du cabinet. Il déborde dans le quotidien, dans les repas partagés, dans les silences du couloir.

      Et Sauveur, lui, apprend quelque chose de nouveau.

      Pas à soigner mieux — il sait déjà faire.

      Mais à recevoir, à se laisser rejoindre,

      à exister en dehors de ce qu’il donne.

      Thèmes émotionnels du Tome 2

      Identité & appartenance

      Qui suis-je quand personne ne me regarde ? Quand le groupe me rejette, est-ce que j’existe encore ?

      Amour & attachement

      Aimer quelqu’un, c’est aussi apprendre à ne pas le perdre en le serrant trop fort.

      Transition / grandir

      Grandir, ce n’est pas devenir fort : c’est apprendre à porter ce qu’on ne choisit pas.

      Pensées suicidaires

      Une douleur qui cherche une sortie. La nommer, c’est déjà commencer à l’apprivoiser.

      Lien & réciprocité

      Sauveur reçoit autant qu’il donne. Le soin n’est pas à sens unique : il circule, il transforme.

      Maison ouverte

      Un espace qui ne se ferme pas. Accueillir l’autre sans condition, c’est déjà un acte de soin.

      Les émotions dans Sauveur & Fils

      Sauveur & Fils explore avec une sensibilité rare le spectre des émotions humaines : confusion, honte, manque — mais aussi l’espoir timide et l’appartenance fragile qui se dessinent au fil des pages.

      Lire ce tome, c’est tendre un miroir à soi-même. Les situations et les choix des personnages deviennent des points d’ancrage pour l’introspection.

      Mur de post-it émotionnels — besoin d'être entendu — inspiré du roman Sauveur et Fils Tome 2 de Marie-Aude Murail — Maëva Paul

      Mur de post-it émotionnels — besoin d’être entendu

      Les enjeux psychologiques

      L’identité comme chantier permanent Le tome 2 place au cœur de son propos la question de qui l’on est quand on grandit : quand les repères bougent, quand les premiers amours arrivent, quand l’enfance se retire sans prévenir. Les personnages naviguent entre ce qu’ils étaient et ce qu’ils deviennent, sans filet de sécurité autre que les liens qu’ils ont appris à tisser.
      L’amour comme forme d’attachement Les relations amoureuses et amicales qui se dessinent dans ce tome révèlent des schémas d’attachement, des peurs de l’abandon, des besoins de reconnaissance. La relation entre Lazare et Paul en est l’illustration la plus sensible : deux façons d’aimer qui apprennent à exister l’une à côté de l’autre.
      Les pensées suicidaires, dites avec justesse Murail traite ce sujet avec la même sobriété que le reste. Pas de dramatisation, pas de romantisation. Juste la réalité de ces pensées qui s’invitent, et l’importance cruciale d’un adulte qui ne détourne pas les yeux.
      Sauveur : entre thérapeute et homme qui s’ouvre La relation entre Sauveur et Louise gagne en profondeur. Il n’est plus seulement celui qui tient la distance professionnelle : il apprend, lui aussi, à recevoir. Sa maison qui s’ouvre à tous n’est pas un hasard, c’est le reflet de ce qu’il est en train de devenir.
      Lazare : celui qui voit ce que les adultes contournent C’est Lazare qui identifie le vieux monsieur comme SDF alors que les adultes autour de lui font semblant de ne pas voir. Cette scène dit quelque chose d’essentiel : les enfants perçoivent souvent ce que les adultes choisissent de ne pas nommer.

      Personnages du Tome 2

      Au centre de tout, Sauveur Saint-Yves — psychologue clinicien, père de Lazare, homme qui apprend dans ce tome à ne plus seulement donner. Sa maison s’ouvre à tous : à Gabin qui y squatte le grenier, à Jovo recueilli dans la rue, à ceux que la vie envoie sans prévenir. Sa relation avec Louise s’approfondit, et avec elle une vulnérabilité nouvelle : celle d’un homme qui accepte enfin d’être rejoint.

      Ella Kuypens, 12 ans, préférerait s’appeler Elliott. Elle se cherche, s’habille parfois comme un garçon. Et dans ce tome, une photo d’elle circule en ligne. Les insultes fusent. Murail traite le cyberharcèlement et la question de l’identité de genre avec une précision rare : pas de réponses toutes faites, juste une enfant qui résiste et continue d’exister.

      Gabin Poupard, 16 ans, squatte le grenier de Sauveur. Il joue aux jeux vidéo la nuit, dérive, rêve en secret de se faire adopter. Sa mère est hospitalisée en psychiatrie pour schizophrénie et lui la regarde vivre de l’autre côté de la fenêtre de l’hôpital, voyant tout, ne pouvant rien. Gabin incarne tous ceux qui ont cherché une figure d’attachement ailleurs, faute d’en avoir trouvé une à la maison.

      Samuel Cahen arrive avec une mère qui fouille dans ses affaires et surveille chaque geste. Dans ce tome, il découvre que son père n’est pas l’alcoolique brutal dont elle lui a parlé toute sa vie, mais André Wiener, pianiste de renom. Une révélation qui fracture tout ce qu’il croyait savoir de lui-même.

      Personnages secondaires

      Margaux Carré

      14 ans · Scarification · Tentative de suicide

      Margaux explore l’après : comment on vit, comment on revient, quand on a voulu partir. Son parcours dans ce tome parle de la lente reconstruction qui suit les crises les plus sombres.

      Blandine Carré

      Sœur cadette · Hyperactivité · Inquiétude cachée

      Derrière l’agitation de Blandine se cache une inquiétude profonde pour sa sœur. Le roman pose ici une question essentielle : jusqu’où un diagnostic reflète-t-il la réalité d’un enfant ?

      Louise, Jérôme & Pimprenelle

      Amour · Ex · Jalousie · Recomposition

      Louise construit quelque chose avec Sauveur. Jérôme n’a pas tout à fait tourné la page. Entre les deux, Pimprenelle monte Alice contre sa mère et une famille recomposée cherche son équilibre.

      Lazare & Paul

      Amitié · Famille recomposée · Premier lien

      Lazare et Paul grandissent ensemble dans cette famille qui se construit. Leur amitié est l’un des fils les plus doux du tome : deux enfants qui apprennent à partager un espace, un père, une vie.

      Alexandra Augagneur

      Mère · Nouvelle relation · Couple de femmes

      Alexandra vient de quitter son compagnon pour se mettre en couple avec une femme. Le roman explore avec finesse les questions que cette relation soulève, sans jamais trancher à la place des personnages.

      Alice

      13 ans · Loyauté déchirée · Manipulation

      Alice est prise en étau entre sa mère et Pimprenelle. Elle absorbe tout, et le roman montre comment un enfant peut devenir l’instrument d’une guerre qu’il n’a pas choisie.

      Figures du quotidien

      Jovo

      SDF · Ancien légionnaire · 80 ans

      Recueilli par Sauveur, Jovo trimballe un sac militaire qu’il ne lâche jamais, une mitraillette cachée au fond. Une présence étrange qui dit quelque chose sur ce que signifie accueillir sans condition.

      La dame aux prénoms

      Mystère · Mensonge · Identité

      Elle arrive avec son bébé et invente à chaque fois un nouveau prénom, une nouvelle histoire. Que cache-t-on quand on change sans cesse de nom ?

      La dame quimboisée

      TOC · Angoisse · Croyance

      Convaincue d’avoir été maudite, elle parle un autre langage que celui de la psychologie occidentale. Sauveur apprend à écouter sans traduire.

      Les émotions dans Sauveur & Fils

      Sauveur & Fils explore avec une sensibilité rare le spectre des émotions humaines : confusion, honte, manque, mais aussi l’espoir timide et l’appartenance fragile qui se dessinent au fil des pages.

      Lire ce tome, c’est tendre un miroir à soi-même. Les situations et les choix des personnages deviennent des points d’ancrage pour l’introspection.

      Conclusion

      Le tome 2 de Sauveur & Fils tient la promesse du premier : il continue, il approfondit, il reste juste. Marie-Aude Murail ne cherche pas à épater — elle cherche à accompagner, et c’est exactement ce qu’elle fait.

      Ce qui reste après la lecture, c’est cette image d’une maison dont la porte ne se ferme jamais vraiment. Une maison qui accueille les chagrins, les premières fois, les silences lourds et les rires de cuisine. Un homme qui soigne les autres et apprend, à son rythme, à se laisser rejoindre.

      Ce livre rappelle que grandir est un acte collectif.
      Que le soin circule dans les deux sens.
      Et qu’une maison ouverte, au fond,
      ressemble beaucoup à un cœur qui guérit.
      → Découvrir Sauveur & Fils Tome 2 sur la Fnac

      Ressources d’aide

      ☎️ Urgences & écoute 3114 — Numéro national prévention suicide 119 — Enfance en danger 15 / 112 — Urgences immédiates 3018 — Numéro national contre le cyberharcèlement
      🌐 Ressources en ligne Psycom — Comprendre la santé mentale Fil Santé Jeunes — Écoute & conseils France Victimes — 116 006 Droits LGBT+ — Gouvernement
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    • Identité : qu’est-ce qui nous définit ? | Revue de Vanessa Springora

      ALT — Identité : qu’est-ce qui nous définit ? Revue de Vanessa Springora | Maëva Paul

      Santé mentale — Revue de livre

      Mars 2026 — Maëva Paul

      ALT — Identité

      Qu’est-ce qui nous définit ? — Revue sensible du livre de Vanessa Springora

      Auteur Vanessa Springora
      Éditeur Éditions Alt
      Type Essai accessible
      Pages ~30 pages
      Thématiques Identité, genre, orientation, santé mentale
      Niveau Accessible, sans jargon

      De quoi parle ce livre ?

      Il y a des livres qu’on ouvre par curiosité et qu’on referme différent(e). Identité en fait partie.

      Vanessa Springora réunit dans ce petit livre de la collection ALT des voix plurielles — Armand, Benjamin, Anouck, Barnaby, Alexandre — chacun(e) portant une réponse fragmentée à la même question vertigineuse : qu’est-ce qui nous définit vraiment ? Et plus je lisais, plus je me retrouvais dans chacun(e) d’eux(elles), inconfortablement, honnêtement.

      Des personnages qui me ressemblent trop

      Armand est bipolaire. Moi aussi. Et comme lui, j’ai longtemps traité ça comme un secret honteux, quelque chose à cacher entre deux sourires. Ce livre m’a soufflé une idée simple et radicale : et si la bipolarité figurait sur un papier d’identité, au même titre que la couleur des yeux ou la date de naissance ? Après tout, ce n’est pas une métaphore, c’est une vérité. La bipolarité me définit, qu’elle me plaise ou non. Tout comme le TDAH. Tout comme la personnalité borderline. Ce sont des faits, pas des défauts.

      Benjamin transforme les banalités en poèmes. Je fais ça aussi, presque malgré moi (un trajet de métro devient un fragment, une conversation banale finit en vers, etc…). C’est une façon d’exister que je n’avais jamais nommée comme telle avant de le lire.

      Anouck appartient à la génération Z et refuse d’être figé(e) dans une case. Son identité de genre flotte, résiste aux définitions imposées. La mienne aussi. Ni tout à fait fille, ni tout à fait garçon : rien ne me convient à cent pour cent, et pendant longtemps j’ai cru que c’était un problème à résoudre. Ce livre suggère que c’est peut-être simplement qui je suis.

      Barnaby est alcoolique et il l’assume. Moi aussi, et cette phrase (la lire écrite noir sur blanc dans un livre) m’a fait quelque chose. Pas de honte performée, pas de rédemption obligatoire. Juste une vérité posée là, comme une pièce d’identité supplémentaire.

      Alexandre, lui, se dit amoureux de la vie. Mais Springora laisse voir sous sa déclaration quelque chose de plus trouble : l’anxiété, le vertige, la névrose de quelqu’un qui proclame l’amour de la vie parce qu’il en a trop peur pour la laisser passer. Je me suis reconnue dans ce mensonge, là aussi.

      Et moi dans tout ça ?

      Je suis bipolaire, TDAH, borderline. Je suis quelque part entre fille et garçon, sans que ni l’un ni l’autre ne me colle parfaitement. Mon orientation sexuelle ne se laisse pas résumer, avec une préférence probable pour les femmes, les hommes m’ayant trop souvent laissé(e) avec un sentiment de répulsion que je n’arrive pas à expliquer autrement. Je transforme les banalités en poèmes. Je bois et je ne m’en cache pas. Je suis anxieux(se), névrosé(e), et quelque part amoureux(se) de la vie même quand elle me dégoûte.
      Carte d'identité fictive — édition vérité — genre, orientation, diagnostics, addiction — ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Carte d’identité — édition vérité · Ce qu’on ne trouve jamais sur les vrais papiers

      Je ne sais toujours pas qui je suis.
      Mais après ce livre, j’ai moins envie de le savoir,
      et plus envie d’être.

      Qu’est-ce que l’identité ? Ce que les théories nous disent

      La question que pose Springora n’est pas nouvelle. Des philosophes, psychologues et sociologues y ont consacré leur carrière mais aucun n’a tranché. Ce qui est frappant, c’est que le livre semble avoir lu tout le monde sans en citer personne : chaque personnage incarne une théorie sans le savoir.

      Erik Erikson — l’identité comme crise nécessaire

      Pour Erikson, l’identité ne se trouve pas : elle émerge d’une série de crises traversées tout au long de la vie. La plus décisive survient à l’adolescence, ce moment où l’on cherche à répondre à « qui suis-je ? » face aux attentes du monde. Mais Erikson insiste : ne pas résoudre cette crise n’est pas un échec. C’est parfois simplement le signe qu’on refuse les réponses trop simples.

      Anouck, dans le livre, est l’incarnation parfaite de ce que Erikson appelle la diffusion d’identité — non pas comme pathologie, mais comme refus lucide de se figer.

      William James — le moi social contre le moi intime

      James distinguait deux dimensions du moi : le moi social, celui qu’on présente au monde, et le moi intime, celui qu’on tait. Tous les personnages de Springora vivent dans cet écart. Armand qui sourit alors qu’il est bipolaire. Alexandre qui proclame l’amour de la vie alors qu’il en a peur. Barnaby qui assume son addiction là où d’autres la cacheraient.

      Le livre suggère que réduire cet écart et laisser le moi intime déborder dans le moi social est peut-être la seule forme d’identité qui tienne vraiment.

      Paul Ricœur — l’identité narrative

      Ricœur propose une idée puissante : on ne sait pas qui on est de façon abstraite. On le sait en racontant sa propre histoire. L’identité n’est pas un état : c’est un récit qu’on construit, qu’on réécrit, qu’on ne finit jamais.

      C’est exactement ce que fait Springora avec ses personnages et ce que fait ce blog avec ses textes. Écrire n’est pas un accessoire de l’identité. C’est la façon dont elle prend forme.

      Ce que le livre ajoute

      Là où les théories classiques cherchent une cohérence et une unité du moi à travers le temps, Identité propose autre chose : la fragmentation comme réalité, pas comme dysfonction. Armand, Benjamin, Anouck, Barnaby, Alexandre ne sont pas des identités résolues. Ce sont des êtres en cours, des humains qui changent sans cesse.

      Et peut-être que c’est ça, une identité honnête.
      Carte conceptuelle des théories de l'identité — Erikson, James, Ricœur — en lien avec le livre ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Erikson · James · Ricœur — trois approches de l’identité en miroir avec les personnages du livre

      Identité de genre et fluidité — ce que le livre révèle

      Pendant longtemps, le genre a été pensé comme une évidence biologique : on naît fille ou garçon, et on le reste. Cette vision binaire et figée a été profondément remise en question depuis les années 90, et Anouck, dans le livre de Springora, en est l’écho contemporain le plus direct.

      Judith Butler — le genre comme performance

      Butler est la première à formuler clairement ce que beaucoup ressentaient sans pouvoir le nommer : le genre n’est pas quelque chose qu’on est, c’est quelque chose qu’on fait. Une série d’actes répétés, de codes appris, de rôles joués, jusqu’à ce qu’ils paraissent naturels.

      Ce qui est révolutionnaire dans cette idée, c’est qu’elle ouvre une sortie : si le genre est une performance, alors il peut être rejoué autrement. Pas forcément radicalement, pas forcément publiquement, mais intérieurement, on peut refuser le script.

      La non-binarité — nommer ce qui existait déjà

      La génération Z n’a pas inventé la fluidité de genre. Elle a inventé les mots pour la dire. Non-binaire, agenre, genderfluid, demi-genre : ce vocabulaire ne crée pas de nouvelles réalités, il en nomme d’anciennes qui n’avaient pas de place dans le langage.

      Anouck dans le livre ne cherche pas à choisir entre fille et garçon. Elle cherche à exister dans l’espace entre les deux, ou en dehors des deux. Ce n’est pas une indécision. C’est une position.

      Identité de genre et santé mentale

      Les études montrent que les personnes non-binaires ou trans présentent des taux d’anxiété et de dépression significativement plus élevés, non pas à cause de leur identité, mais à cause du rejet, de l’incompréhension et de l’invisibilité sociale qu’elles subissent. La souffrance n’est pas intrinsèque à la fluidité. Elle est le produit d’un monde qui n’a pas encore appris à faire de la place.

      Reconnaître son identité de genre, même floue, même mouvante, est un acte de santé mentale, pas de confusion.

      Ce que ça dit de moi

      Ni tout à fait fille, ni tout à fait garçon. Longtemps j’ai cru que c’était un problème à résoudre, une case à trouver. Ce livre — et Butler avant lui — me dit que l’absence de case n’est pas un vide.

      C’est peut-être la forme la plus honnête d’exister.
      Schéma visuel identité de genre et fluidité — en lien avec le livre ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Visuel identité de genre et fluidité — par Mae(va) Paul

      Identité et maladie mentale — quand le diagnostic devient une partie de soi

      Il y a une question que la psychiatrie a longtemps esquivée : est-ce que la maladie mentale fait partie de l’identité, ou est-ce qu’elle la masque ? Pendant des décennies, la réponse implicite était la deuxième option — la maladie comme parasite, quelque chose d’étranger à « soi ». Armand, dans le livre, incarne le renversement de cette idée.

      Le DSM et la tentation de l’étiquette

      Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux classe, catégorise, nomme. C’est utile d’avoir un mot pour ce qu’on vit, c’est déjà ne plus être seul(e) avec. Mais le diagnostic peut aussi devenir une prison : on finit par se réduire à lui, ou par le rejeter entièrement pour ne pas s’y enfermer.

      Armand est bipolaire. Barnaby est alcoolique. Ce que Springora fait avec ces personnages, c’est refuser les deux extrêmes : ni honte, ni réduction. Le diagnostic est une réalité, pas une définition.

      Le trouble borderline et l’instabilité de l’image de soi

      Le trouble de la personnalité borderline a ceci de particulier qu’il touche directement à l’identité : l’instabilité de l’image de soi en est un critère diagnostique central. On ne sait pas toujours qui on est d’un jour à l’autre. Les valeurs, les désirs, la perception de soi fluctuent.

      Ce n’est pas une faiblesse de caractère. C’est une façon d’être au monde qui demande une énergie considérable, et une honnêteté rare avec soi-même.

      La bipolarité — vivre entre deux états

      La bipolarité ne se réduit pas aux épisodes. Entre les phases, il y a une vie entière à naviguer avec la conscience que tout peut basculer. Ce que ça produit, souvent, c’est une forme de dissociation entre le moi qui va bien et le moi qui s’effondre, comme si ce n’était pas la même personne.

      Erikson dirait que c’est une crise d’identité permanente.
      Ricœur dirait que c’est un récit avec plusieurs narrateurs.
      Aucun des deux n’aurait tort.

      Le TDAH — une identité qui déborde

      Le TDAH est souvent vécu comme un défaut d’attention. C’est aussi une façon d’être hyperpresent à certaines choses et absent à d’autres — une sélectivité involontaire qui façonne profondément la manière dont on perçoit le monde, dont on crée, dont on aime.

      Benjamin, dans le livre, transforme les banalités en poèmes. C’est peut-être ça, le TDAH retourné : une attention si intense qu’elle déborde partout où elle se pose.

      Assumer sans se réduire

      Ce que le livre propose et ce que la psychologie contemporaine commence à reconnaître, c’est une troisième voie entre la honte et la sur-identification. La maladie fait partie de soi. Elle n’est pas tout soi.

      Dossier fictif — bipolarité, borderline, TDAH, addiction comme composantes de l'identité — ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

      Bipolarité · Borderline · TDAH · Addiction — quatre réalités, une seule personne

      ⚠️ Thématiques sensibles

      Cette section aborde la bipolarité, le trouble borderline, le TDAH et les addictions comme composantes de l’identité. Ces sujets peuvent résonner fortement selon le vécu du(de la) lecteur(rice).

      Ce contenu ne remplace pas un accompagnement thérapeutique. En cas de souffrance intense ou persistante, un professionnel de santé reste essentiel.

      📞 Numéro national de prévention du suicide : 3114 (24h/24, gratuit)

      Ce que j’en retiens

      Identité ne répond pas à la question qu’il pose. Et c’est exactement ce qui en fait sa force. Il propose plutôt de la tenir, cette question, sans la résoudre : la regarder en face sans cligner des yeux.

      Les théories de l’identité cherchent une cohérence. Le DSM cherche des catégories. La société cherche des cases. Springora, elle, cherche autre chose : la vérité de ce qu’on est quand on arrête de chercher à correspondre.

      Armand assume sa bipolarité. Barnaby assume son addiction. Anouck assume de ne pas choisir. Benjamin assume de tout transformer en poèmes. Alexandre assume même son mensonge : celui de quelqu’un qui dit aimer la vie parce qu’il en a trop peur pour la laisser passer.

      Ce qu’ils ont en commun, ce n’est pas d’avoir trouvé qui ils sont. C’est d’avoir arrêté de s’en excuser.

      Ce que ce livre m’a appris sur moi

      Que la bipolarité, le TDAH, le borderline ne sont pas des obstacles à une identité « normale ». Ils sont mon identité : avec tout ce que ça implique de complexe, de contradictoire, de vivant.

      Que ne pas savoir si je suis fille ou garçon n’est pas une question sans réponse. C’est peut-être la réponse elle-même.

      Que boire, fumer, consommer, écrire, aimer les femmes, penser à la mort et vouloir vivre en même temps : tout ça forme quelqu’un. Pas un puzzle raté. Quelqu’un.

      Peut-être que l’identité n’est pas ce qui nous définit de l’extérieur. Peut-être que c’est ce qu’on accepte enfin de porter sans honte.

      Je ne sais toujours pas qui je suis.
      Mais après ce livre, j’ai moins envie de le savoir : et plus envie de l’être.
    • ALT — Santé mentale : comment faire face ? Revue du livre de Samuel Dock | Maëva Paul

      ALT — Santé mentale : comment faire face ? Revue du livre de Samuel Dock | Maëva Paul

      Santé mentale — Revue de livre

      Février 2026 — Maëva Paul

      ALT — Santé mentale

      Comment faire face ? — Revue sensible du livre de Samuel Dock

      Auteur Samuel Dock
      Éditeur Éditions Alt
      Type Essai accessible
      Pages ~30 pages
      Thématiques Santé mentale, anxiété, dépression, résilience
      Niveau Accessible, sans jargon

      De quoi parle ce livre ?

      Couverture du livre ALT — Santé mentale : comment faire face ? de Samuel Dock — essai accessible sur le mal-être psychique

      ALT — Santé mentale : comment faire face ? — Samuel Dock, Éditions Alt

      ALT est un ouvrage court mais dense, pensé comme une porte d’entrée vers la compréhension du mal-être psychique. Samuel Dock y aborde les grandes questions liées à la santé mentale — anxiété, dépression, fatigue émotionnelle, sentiment de décalage — sans jargon médical ni promesse de solution miracle.

      Le livre propose des repères, des éclairages, des mots pour nommer ce qui est souvent confus ou tu. Il ne cherche pas à guérir, mais à aider à comprendre, à reconnaître les signaux, et à ouvrir un dialogue plus juste avec soi-même et avec les autres.

      Pourquoi ce livre m’a touchée

      J’ai lu ce livre alors que mettre des mots sur ce que je ressentais était déjà un effort en soi. Pas forcément au cœur de la tempête, mais dans cet entre-deux étrange où l’on fonctionne encore, tout en se sentant intérieurement fragile.

      Ce livre ne m’a pas « réparée ».
      Mais il a mis des mots simples et bruts sur un sujet important.
      Il m’a fait me sentir un peu moins seule.
      Et parfois, c’est déjà beaucoup.

      Ce que j’ai apprécié ici, c’est l’absence de jugement, l’absence de recettes, et surtout cette manière de rappeler que le mal-être n’est pas une faiblesse.

      Explorer la santé mentale avec Samuel Dock

      L’anxiété et le stress quotidien

      L’anxiété peut devenir envahissante, générant pensées obsédantes, tensions physiques et épuisement mental. Dock explore ces manifestations avec sensibilité — en proposant des outils concrets : respiration consciente, petites routines d’apaisement, micro-rituels quotidiens.

      Illustration de l'anxiété et du stress quotidien — silhouette entourée de nuages de pensées avec pistes de solutions comme respiration et micro-rituels — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

      Illustration — Anxiété et stress quotidien : silhouette entourée de nuages de pensées, respiration et micro-rituels

      La dépression et les moments de désespoir

      Plus qu’une tristesse, la dépression touche l’énergie, la perception et la motivation. Identifier les signes — isolement, perte de sens — est un premier pas vers la compréhension. Le livre propose de tenir un journal pour observer les cycles émotionnels et réintroduire progressivement des actions porteuses.

      Illustration de la dépression et des moments de désespoir — silhouette dans un environnement sombre traversé par une lueur d'espoir — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

      Illustration — Dépression et désespoir : atmosphère sombre traversée par une lumière discrète, évoquant la reconstruction progressive

      La solitude et l’isolement

      La solitude, douloureuse ou réfléchie, devient un espace d’introspection lorsqu’elle est accueillie sans jugement. Samuel Dock propose de la transformer en temps d’écriture, de méditation ou d’auto-observation.

      Illustration de la solitude et de l'isolement — silhouette seule dans un espace calme avec fragments de pensées évoquant introspection et présence à soi — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

      Illustration — Solitude et isolement : présence solitaire dans un espace silencieux, suggérant l’introspection et la reconnexion à soi

      Les stratégies de résilience

      Dock propose des pistes concrètes : routines de bien-être, soutien thérapeutique, créativité expressive et journaling pour retrouver progressivement un ancrage. Chaque parcours est unique — la santé mentale est un chemin personnel plutôt qu’une destination fixe.

      À qui s’adresse ce livre ?

      Ce livre ne s’adresse pas à un public précis. Il s’adresse à des états intérieurs, à des moments de vie, à des fragilités que l’on porte parfois sans savoir comment les nommer.

      Les fatigués mentaux Celles et ceux qui se sentent épuisés sans toujours pouvoir l’expliquer, et qui cherchent une première mise en mots du mal-être.
      Celles et ceux qui doutent Persuadé·es que leur souffrance n’est « pas assez grave » pour mériter de l’attention — ce livre rappelle que tout mal-être est légitime.
      Les proches et accompagnants Pour mieux comprendre ce que traverse une personne en difficulté, sans tomber dans le conseil rapide ou le jugement.
      Celles et ceux qui veulent s’informer Sur la santé mentale de manière accessible, sans jargon médical ni discours culpabilisant.

      À lire avec précaution

      Ce livre aborde la santé mentale avec simplicité et bienveillance. Mais certains passages peuvent faire écho à des vécus sensibles, réveiller des émotions enfouies ou ouvrir des questionnements intérieurs.

      Illustration invitant à lire à son propre rythme — silhouette calme dans un espace de pause évoquant l'écoute de soi et la douceur — revue ALT Samuel Dock Maëva Paul

      Invitation à une lecture attentive et respectueuse de soi, dans un espace de pause et de douceur

      ⚠️ Thématiques sensibles

      Le livre évoque le mal-être psychique, l’épuisement émotionnel, la difficulté à demander de l’aide et les mécanismes de souffrance intérieure. Ces thèmes peuvent résonner fortement selon le moment de vie du lecteur.

      Ce livre ne remplace pas un accompagnement thérapeutique. En cas de souffrance intense ou persistante, un professionnel de santé reste essentiel.

      Rien n’oblige à tout lire d’un trait — refermer le livre, faire une pause, revenir plus tard fait aussi partie du soin qu’on peut s’accorder.

      📞 Numéro national de prévention du suicide : 3114 (24h/24, gratuit)

      📞 SOS Suicide : 01 45 39 40 00

      En guise de conclusion

      Lire sur la santé mentale, ce n’est pas chercher des réponses définitives.
      C’est parfois simplement accepter de regarder ce qui tremble à l’intérieur,
      avec plus de douceur qu’avant.

      Ce livre n’apporte pas de solutions miracles, mais il peut ouvrir un espace de réflexion — un début de dialogue avec soi-même, ou avec les autres.

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    • Vice-Versa — Analyse psychologique des émotions | Maëva Paul

      Vice-Versa — Quand les émotions prennent enfin la parole | Maëva Paul
      Affiche officielle du film Vice-Versa de Pixar 2015 — analyse psychologique des émotions Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût

      Revue de film

      Vice-Versa

      Quand les émotions prennent enfin la parole

      Réalisateurs Pete Docter & Ronnie del Carmen
      Année 2015
      Genre Animation, drame psychologique
      Studio Pixar Animation Studios
      Durée 95 minutes

      Quand nos émotions prennent enfin la parole

      Vice-Versa n’est pas seulement un film d’animation. C’est une plongée douce, sensible et étonnamment juste dans le chaos intérieur qui nous habite tous, enfants comme adultes.

      À travers l’histoire de Riley, une enfant confrontée à un déménagement brutal, le film donne du sens à ce que l’on peine souvent à nommer : le bouleversement émotionnel, la perte de repères, et cette impression étrange de ne plus savoir qui l’on est lorsque tout change.

      Ce film touche juste parce qu’il ne cherche pas à lisser la douleur. Grandir, ce n’est pas devenir heureux en permanence — c’est apprendre à composer avec des émotions parfois contradictoires, inconfortables mais nécessaires.

      À qui s’adresse ce film ?

      Enfants

      Un vocabulaire émotionnel précieux. Pour nommer ce qu’on ressent, comprendre que toutes les émotions sont légitimes — même celles qui dérangent.

      Adolescents

      Le film résonne comme un miroir : perte de repères, confusion intérieure, bouleversements émotionnels. Il met en images ce chaos souvent vécu en silence.

      Adultes

      Une lecture plus profonde : celle de l’identité, des blessures enfouies, et de la manière dont on a appris — parfois trop tôt — à étouffer certaines émotions.

      Personnes sensibles

      Particulièrement touchant pour celles et ceux traversant une période de fragilité. Il invite à regarder la tristesse autrement, avec douceur et sans jugement.

      Les émotions comme personnages

      Dans Vice-Versa, les émotions ne sont pas de simples réactions internes : elles deviennent des personnages à part entière, dotés d’une voix, d’un rôle et d’une fonction précise.

      Joie cherche à préserver l’équilibre, Peur anticipe les dangers, Colère protège les limites, Dégoût repousse ce qui pourrait nuire. Et Tristesse — longtemps incomprise — accompagne la perte et le besoin de réconfort.

      Le film met en lumière un déséquilibre fréquent : la valorisation excessive de la joie, au détriment des émotions dites « négatives ». Cette vision conduit à une rigidité émotionnelle et une rupture intérieure.

      La trajectoire de Tristesse est centrale. D’abord perçue comme inutile, elle s’impose progressivement comme une émotion fondatrice — celle qui permet la connexion à l’autre, l’expression de la vulnérabilité.

      Psychologiquement, le film illustre avec justesse les principes de la régulation émotionnelle : ce n’est pas l’absence d’émotions difficiles qui garantit la santé mentale, mais leur reconnaissance et leur intégration.

      Les émotions — Galerie

      Joie — personnage de l'émotion positive du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Joie

      Fiche psychologique de l'émotion Joie dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Tristesse — personnage de l'émotion fondatrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Tristesse

      Fiche psychologique de l'émotion Tristesse dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Colère — personnage de l'émotion protectrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Colère

      Fiche psychologique de l'émotion Colère dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Peur — personnage de l'émotion protectrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Peur

      Fiche psychologique de l'émotion Peur dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Dégoût — personnage de l'émotion répulsive du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Dégoût

      Fiche psychologique de l'émotion Dégoût dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Thèmes psychologiques transversaux

      Apprentissage émotionnel

      La maturité émotionnelle ne consiste pas à supprimer certaines émotions, mais à les laisser coexister et dialoguer.

      Perte & changement

      Le déménagement agit comme une métaphore du deuil — perte d’un lieu familier, d’une identité partielle, d’un sentiment de sécurité.

      Identité en construction

      Les « îlots de personnalité » montrent que l’identité n’est jamais fixe. Elle se construit et se transforme continuellement.

      Schéma illustrant les trois mécanismes psychologiques du film Vice-Versa de Pixar — apprentissage émotionnel, perte et changement, identité en construction — et leur coexistence dans le développement émotionnel de Riley

      Les trois mécanismes psychologiques principaux et leur coexistence dans le développement émotionnel de Riley

      Limites & regards critiques

      À garder en tête

      Le modèle émotionnel de Vice-Versa reste volontairement simplifié — cinq émotions seulement. Des émotions complexes comme la honte, la culpabilité ou la jalousie ne sont pas explorées. Le film adopte une perspective pédagogique et narrative, non clinique.

      Cette simplification constitue aussi une force : elle rend accessible ce qui est habituellement invisible, notamment pour les enfants. Elle permet de visualiser et d’identifier les émotions sans les rendre effrayantes ou incompréhensibles.

      Pourquoi ce film est essentiel aujourd’hui

      Dans notre société qui valorise la performance et la positivité constante, Vice-Versa rappelle une vérité fondamentale : ressentir n’est pas un problème à corriger, mais un langage à écouter.

      Il offre un outil précieux pour parler des émotions — avec soi-même, avec les enfants, ou avec les autres. En montrant que la tristesse, la peur ou la colère ont toutes un rôle, il invite à une compréhension empathique de notre monde intérieur.

      Vice-Versa n’apprend pas à « aller mieux ».
      Il apprend à être avec ce qui est là.

      Et parfois, c’est déjà immense.

      Exercice poétique

      Écouter tes émotions

      Ferme un instant les yeux et respire profondément.
      Repense à une émotion qui t’a traversé·e récemment.
      Laisse-la se déposer sur la page comme une pluie légère ou un souffle de vent.
      Écris quelques lignes pour la nommer, la sentir, et raconter ce qu’elle te révèle sur toi-même.
      Ne cherche pas la perfection : laisse tes mots danser, hésiter, se mêler à ton ressenti.





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