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  • The Basketball Diaries : psychologie de l’addiction et de la descente aux enfers

    The Basketball Diaries — Maëva Paul

    Cinéma · Psychologie · Revue

    Quand on se perd pour de vrai :
    The Basketball Diaries

    Un film qui ne raconte pas la drogue. Il raconte ce qui précède la drogue, ce qui l’alimente, et ce qu’on cherche à faire taire quand on se détruit.

    FilmThe Basketball Diaries
    RéalisateurScott Kalvert
    Année1995
    AvecLeonardo DiCaprio · Mark Wahlberg · Lorraine Bracco
    Basé surLe journal autobiographique de Jim Carroll (1978)
    ThèmesAddiction · Identité · Écriture · Attachement · Honte

    Il y a des films qu’on reçoit comme un coup de poing en plein sternum. Pas parce qu’ils sont violents — même si celui-là l’est. Mais parce qu’ils mettent des images sur quelque chose qu’on croyait n’appartenir qu’à soi : cette façon qu’a l’être humain de s’effondrer doucement, puis tout d’un coup.

    Je l’ai vu plusieurs fois. Et à chaque fois, il y a un moment précis où quelque chose se brise en moi. Pas la même scène à chaque visionnage. Parfois c’est le regard de Jim vers sa mère à travers la vitre. Parfois c’est l’écriture. Parfois c’est simplement le fait qu’il ait été beau, plein de promesses, et que ça n’ait servi à rien.

    Ce film me fait pleurer à chaque fois. Pas d’une larme polie. D’un chagrin un peu ancien, un peu personnel, qu’on ne sait pas toujours nommer.

    Ce que le film raconte — et ce qu’il tait à dessein

    On pourrait résumer l’histoire simplement : Jim Carroll, adolescent prodige du basketball dans les rues de New York, glisse vers l’héroïne et la prostitution avant de trouver une sortie par l’écriture. Ce serait exact. Ce serait aussi passer à côté de l’essentiel.

    Car ce que Scott Kalvert filme, ce n’est pas une histoire de drogue. C’est une histoire d’identité fracturée. Jim n’est pas un garçon qui fait de mauvais choix. C’est un garçon qui n’a pas les ressources pour faire face à ce que la vie lui impose — la perte, la violence du monde adulte, la solitude affective — et qui trouve dans le produit une façon provisoire de ne plus ressentir ce qui déborde.

    « Je voulais juste que tout s’arrête. Pas moi. Juste ce que je ressentais. »

    Jim Carroll, The Basketball Diaries

    Cette nuance est fondamentale. Elle distingue les récits de rédemption moralisateurs d’un film qui prend le parti de comprendre avant de juger.

    Leonardo DiCaprio : le garçon d’avant

    Il faut parler de DiCaprio. On ne peut pas ne pas en parler. À 19 ans, il livre quelque chose qui dépasse la notion de performance. Il n’y a pas de technique visible, pas de démonstration d’acteur. Il y a juste un corps qui se transforme, des yeux qui se vident par strates, une voix qui change de texture si progressivement qu’on ne sait pas exactement quand ça a commencé.

    Mais ce qui est réellement troublant chez lui dans ce film — ce n’est pas la déchéance. C’est l’avant.

    La façon dont il joue le garçon d’avant : le talent inné, l’avenir prometteur, cette lumière dans les yeux de quelqu’un qui ne sait pas encore ce qui l’attend. Ces scènes-là font déjà mal quand on connaît la suite. Elles font mal d’une façon particulière — parce qu’on sait, nous, spectateurs, ce que Jim ne sait pas encore. Et parce que cette lumière-là, on la reconnaît. On se reconnaît dedans.

    Ce que DiCaprio joue avec une justesse rare, c’est que la douleur était déjà là. Elle n’arrive pas avec la drogue. Elle précède. Elle attend. Elle cherchait juste quelque chose qui l’apaise — et elle a trouvé. Le produit n’est pas la cause : il est la réponse à une question que Jim portait depuis longtemps sans savoir la formuler.

    Ce qui me trouble le plus dans ce film, c’est de me reconnaître si bien dans ce garçon d’avant. L’avenir prometteur, le talent qui semble évident, et en dessous — cette chose qui attend. Ces scènes du début me font pleurer autant que les scènes du fond, peut-être même davantage. Parce qu’elles montrent ce qu’on avait avant de commencer à se perdre. Et que cette version-là de soi, on ne sait pas toujours si on peut y revenir.

    Concept psychologique : l’effondrement progressif du Moi

    En psychologie clinique, on distingue l’effondrement aigu (crise visible, rupture brutale) de l’effondrement progressif — une érosion lente de l’estime de soi, des ressources, du sens. Jim Carroll illustre le second. Sa descente n’est pas spectaculaire au départ. Elle est discrète, presque douce. C’est ce que DiCaprio joue avec une justesse rare : le moment où quelqu’un commence à se perdre sans le savoir encore.

    La scène de la porte

    Je suis incapable de voir ce passage sans pleurer. Je l’ai vu plusieurs fois. Ça ne change pas. Jim derrière la porte vitrée, le visage contre le verre, qui supplie sa mère de le laisser entrer. Ce qu’il dit vient du fond. D’un endroit en dessous des mots, en dessous de la honte, en dessous de tout — quelqu’un qui ne voit plus la surface et qui tend quand même la main vers elle.

    Ce qui me brise dans cette scène, c’est que j’aurais pu en arriver là. Pas de la même façon. Pas avec les mêmes mots. Mais cette demande d’aide qui sort de quelqu’un qui ne sait plus comment remonter — ça, je connais ce que ça fait de l’intérieur. Et le voir mis en images avec cette précision-là est douloureux d’une façon qu’on ne choisit pas.

    DiCaprio ne joue pas un toxicomane.
    Il joue un enfant qui ne sait plus comment rentrer chez lui.

    Les relations : ce qu’on donne, ce qu’on perd, ce qu’on détruit

    La mère : l’amour comme frontière impossible

    La relation de Jim avec sa mère est l’une des plus douloureuses du film — précisément parce qu’elle n’est pas manichéenne. Sa mère l’aime. Profondément. Mais elle ne sait pas comment aimer un fils qui se détruit. Et dans cet écart entre l’amour ressenti et l’amour exprimé, Jim se retrouve seul avec le poids de sa propre perte.

    Ce mécanisme est typique des familles confrontées à l’addiction : l’épuisement émotionnel du proche finit par ressembler à du rejet. Ce n’en est pas. Mais pour l’enfant qui reçoit la porte fermée, la distinction n’existe pas.

    Mickey, Pedro, les autres : le groupe comme substitut affectif

    Les amis de Jim ne sont pas des mauvaises influences au sens populaire du terme. Ce sont d’autres adolescents en manque de structure, de repères, d’adultes fiables. Ils forment ensemble un groupe d’appartenance — ce que la psychologie sociale appelle une identité groupale de substitution — qui remplace progressivement les liens familiaux défaillants.

    Concept : addiction et appartenance

    Les recherches de Bruce Alexander sur le « rat park » ont montré que l’isolement social est un facteur de vulnérabilité majeur. Ce n’est pas le produit qui crée l’addiction : c’est le vide que le produit vient combler. Pour Jim, la drogue arrive au moment précis où les liens d’attachement se fragilisent. Elle ne remplace pas seulement la douleur — elle remplace le lien.

    Le journal : écrire pour survivre, ou survivre pour écrire

    Il y a un fil conducteur dans ce film qu’on ne remarque pas toujours au premier visionnage : le journal. Jim écrit. Depuis le début, depuis l’adolescence lumineuse, avant la chute. Il écrit dans les vestiaires, dans les marges, dans les moments volés. Et pendant la descente, il écrit encore — de façon plus erratique, plus urgente, presque désordonnée. Mais il écrit.

    C’est ce journal qui deviendra le livre, qui deviendra le film. Et cette boucle-là n’est pas anecdotique. Elle dit quelque chose de fondamental sur le rapport entre écriture et survie psychique.

    J’écris tout le temps. Partout. Des trucs désordonnés, dans les moments volés, dans les moments urgents. Des pages qui pourraient ressembler à ce que découvrent les parents d’un enfant qui vient de disparaître — un journal qu’ils ne savaient pas qu’il tenait.

    Pendant ma propre descente, il n’y avait qu’en écrivant que je me sentais exister. Pas pour être lue. Pas pour être comprise. Juste pour poser quelque chose sur une page et prouver que j’étais encore là. Ce journal, je veux qu’il devienne un livre. Et peut-être, un jour, un film. Parce que Jim Carroll m’a appris que ce qu’on écrit dans le noir peut finir par faire de la lumière pour quelqu’un d’autre.

    Le journal de Jim fonctionne comme un espace d’identité préservée. Même quand il n’est plus tout à fait lui-même, les mots gardent quelque chose — une continuité du « je » que la réalité extérieure ne lui offre plus. C’est peut-être la raison pour laquelle il survivra, là où d’autres ne survivent pas : il a continué de se raconter.

    Concept : l’écriture comme régulation émotionnelle

    James Pennebaker, psychologue américain, a conduit des recherches extensives sur les effets thérapeutiques de l’écriture expressive. Mettre des mots sur une expérience difficile permet de réorganiser cognitivement l’événement, de réduire la charge émotionnelle, et de créer une distance nécessaire entre le vécu brut et la narration qu’on en fait. Pour Jim Carroll, l’écriture n’est pas un hobby — c’est le seul espace où il existe à ses propres yeux. C’est aussi pourquoi il survivra.

    La mécanique de la descente aux enfers

    Ce qui me fascine — et m’affecte — dans la structure narrative de ce film, c’est la façon dont il représente l’addiction non pas comme une décision, mais comme un glissement. Il n’y a pas de moment où Jim choisit de devenir héroïnomane. Il y a une succession de petits pas, chacun logique dans le contexte de ce qui précède, qui mènent quelque part d’irréversible.

    C’est exactement comme ça que fonctionne la plupart des processus d’autodestruction : non pas une chute verticale, mais une pente douce qu’on ne reconnaît pas comme une pente. On normalise. On adapte. On minimise. Et quand on lève la tête, le sol d’avant est loin au-dessus.

    Concept : mécanismes de défense et dissonance cognitive

    Face à un comportement problématique, le psychisme mobilise des mécanismes de défense — rationalisation, minimisation, déni — qui permettent de maintenir une image cohérente de soi malgré des comportements qui la contredisent. Jim continue de se voir comme un basketteur, un écrivain, un garçon ordinaire — longtemps après que la réalité a divergé. Ce décalage est douloureux à observer. Il est aussi profondément humain. On ne se voit jamais tomber en temps réel.

    On ne se voit jamais tomber en temps réel. On sent la chute. Mais on ne l’aperçoit vraiment qu’une fois passée — quand on regarde en bas et qu’on réalise qu’on était là. Jim me montre moi au plus bas. Et cette reconnaissance-là, elle fait mal d’une façon particulière.

    Note personnelle

    Ce que le film réussit — et ce qu’il frôle sans franchir

    Ce qui touche juste

    La performance de DiCaprio — brute, sans filet

    L’absence de jugement moral : comprendre sans excuser

    La place donnée à l’écriture comme fil de survie

    La douleur déjà présente avant la drogue — rarement filmée aussi honnêtement

    La texture de New York en 1995 — sale, vivante, sans nostalgie

    Ce qui peut déranger

    Certaines scènes de violence frôlent le spectaculaire

    La résolution finale est rapide — presque trop propre

    Les personnages féminins restent en périphérie du récit

    L’axe prostitution aurait mérité plus de profondeur

    ★★★★☆
    Un film imparfait et inoubliable. L’un des portraits les plus honnêtes jamais filmés de ce que c’est que de se perdre — et de chercher, malgré tout, un chemin pour rentrer.

    Et toi ?

    Y a-t-il un film, un livre, un personnage dont la descente t’a touché·e non pas parce qu’elle était spectaculaire, mais parce qu’elle te rappelait quelque chose que tu connaissais déjà — de l’intérieur ?

    Addiction Identité Psychologie Leonardo DiCaprio Écriture thérapeutique Attachement Cinéma 1995
  • Ce qu’on a appris à taire — Dossier TCA | mae PAUL

    Ce qu’on a appris à taire — Dossier TCA | maevapaul.blog
    Journée mondiale des TCA · 2 juin 2026

    Ce qu’on a appris
    à taire

    Un dossier sur les troubles du comportement alimentaire —
    leurs visages, leurs silences, et ce qu’il reste quand on commence à parler.

    Dossier · maevapaul.blog · Juin 2026

    Note préalable. Cet article aborde les troubles du comportement alimentaire de manière directe, y compris certains mécanismes psychologiques qui peuvent être évocateurs pour les personnes concernées. Si vous traversez quelque chose de difficile, des ressources sont listées en bas de page. Vous n’avez pas à lire ça seul·e.

    — Préambule

    Il y a des choses qu’on ne dit pas

    Il y a des choses qu’on apprend à ne pas dire. Pas parce qu’elles n’existent pas — elles existent avec une précision cruelle, dans les détails les plus ordinaires du quotidien. Mais parce qu’on a appris, tôt, que les dire changeait quelque chose dans le regard des autres. Alors on se tait. On arrange. On trouve des formulations qui glissent dessus sans s’y arrêter.

    J’écris cet article à l’occasion de la journée mondiale des TCA — le 2 juin — parce que c’est une date qui existe, et parce que ce que je vais dire mérite d’être dit. Pas sous forme d’aveu dramatique. Plutôt sous forme de lucidité posée sur la table, pour celles, ceux et celleux qui se reconnaîtront sans que j’aie besoin de leur faire un dessin.

    Je suis particulièrement concerné·e par ce dont je vais parler. Je le suis depuis longtemps. Et j’ai choisi, aujourd’hui, d’en faire un espace d’information — parce que l’information manque, parce que les idées reçues abondent, et parce qu’un article qui dit la vérité peut parfois faire plus de bien qu’un silence poli.

    — I. Panorama

    Ce que sont vraiment les TCA

    Les troubles du comportement alimentaire — TCA, dans le vocabulaire médical — ne sont pas des lubies. Ce ne sont pas des régimes qui ont mal tourné, ni des caprices d’adolescent·es riches. Ce sont des pathologies psychiatriques reconnues, complexes, qui touchent des personnes de tous âges, de tous milieux, de tous genres.

    Il en existe plusieurs formes, souvent présentées comme distinctes alors qu’elles se superposent, se succèdent, parfois coexistent chez une même personne.

    L’anorexie mentale

    La restriction alimentaire sévère, la peur intense de prendre du poids, une perception altérée de son propre corps. L’anorexie est l’une des maladies psychiatriques les plus mortelles — non pas parce que les personnes qui en souffrent manquent de volonté, mais parce qu’elle s’attaque précisément à la volonté, et à la capacité de se percevoir avec justesse.

    La boulimie

    Des épisodes de consommation alimentaire importante sur un temps court, suivis de comportements compensatoires — vomissements, laxatifs, exercice compulsif. La boulimie vit souvent dans le secret absolu. Les personnes concernées n’ont pas nécessairement un corps qui « dit » quelque chose. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle reste si invisible.

    L’hyperphagie boulimique

    Des épisodes de prise alimentaire compulsive, sans comportements compensatoires. C’est le TCA le plus répandu, et l’un des moins reconnus — notamment parce qu’il est trop souvent réduit à une question de « manque de contrôle ». La thématique de la journée mondiale 2026 lui est d’ailleurs consacrée : une question de volonté ou de santé mentale ? La réponse devrait aller de soi.

    La restriction et l’orthorexie

    Des formes moins codifiées mais tout aussi réelles : la restriction chronique sans diagnostic d’anorexie, l’orthorexie (obsession de manger « sainement » au point que cela empiète sur la vie entière), le contrôle alimentaire comme mode de gestion des émotions. Ces formes-là sont particulièrement normalisées socialement — on les appelle parfois « faire attention », « être raisonnable », « prendre soin de soi ». Ce glissement sémantique est dangereux.

    Un TCA, ce n’est pas une relation compliquée avec la nourriture. C’est une relation avec soi-même qui passe par la nourriture — ou par son absence.

    — II. L’invisible

    Ce qu’on ne dit pas

    On ne dit pas que le contrôle alimentaire peut ressembler, de l’extérieur, à de la discipline. Qu’il peut être valorisé, applaudi, envié. Qu’on peut recevoir des compliments qui fonctionnent comme du carburant pour continuer.

    On ne dit pas que la honte est structurelle — pas accidentelle. Qu’elle fait partie du trouble lui-même, qu’elle en est un symptôme autant qu’un moteur. Qu’elle empêche de demander de l’aide précisément au moment où on en aurait le plus besoin.

    On ne dit pas que les TCA peuvent être silencieux. Qu’on peut traverser des années avec un trouble que personne ne voit, pas même les proches, pas même soi-même — pas complètement, pas avec les mots justes. Qu’on peut fonctionner. Aller au travail. Rire. Et porter quelque chose de très lourd, très discrètement, depuis très longtemps.

    On ne dit pas que les TCA touchent aussi les hommes, aussi les personnes âgées, aussi les enfants. On ne dit pas qu’ils n’ont pas de tête — pas de visage type, pas de corps type, pas de milieu social type.

    On ne dit pas, surtout, à quel point les réseaux sociaux ont aggravé les choses. Le mot-clé #SkinnyTok a envahi TikTok — valorisant la maigreur extrême, normalisant des comportements qui relèvent de la mise en danger. Des algorithmes qui amplifient, qui recommandent, qui créent des chambres d’écho visuelles autour de corps idéalisés.

    « Être souvent confronté à des corps idéalisés favorise le fait de se comparer, de se déprécier et augmente l’insatisfaction corporelle, facteur de risque majeur de déclenchement ou d’aggravation des TCA. »

    — Hugo Saoudi, médecin psychiatre spécialisé en TCA, membre de la FFAB

    — III. En France

    Ce que disent les chiffres

    Les données françaises sur les TCA sont à la fois frappantes et probablement sous-estimées — parce que les troubles sous-diagnostiqués ne rentrent pas dans les statistiques.

    Quelques repères · France 2025–2026

    ~1M
    de personnes touchées par un TCA en France, selon les données gouvernementales 2025. Certaines estimations vont jusqu’à 7 millions si l’on inclut toutes les formes de troubles alimentaires.
    2e
    cause de mortalité prématurée chez les 15–24 ans, après les accidents de la route. L’anorexie mentale a l’un des taux de mortalité les plus élevés parmi les maladies psychiatriques.
    50 %
    des personnes souffrant de TCA ne bénéficient d’aucune prise en charge médicale. La moitié. En silence.
    8,4 %
    de prévalence vie entière chez les femmes, 2,2 % chez les hommes — mais ces chiffres reflètent les diagnostics posés, pas la réalité vécue.

    Ces chiffres ne sont pas là pour impressionner. Ils sont là pour dire que ce n’est pas rare, que ce n’est pas marginal, et que la honte que beaucoup portent seul·es est inversement proportionnelle à la solitude réelle dans laquelle ils et elles se trouvent.

    — IV. Le silence

    Pourquoi on se tait

    Parce qu’on a peur de ne pas être cru·e. Parce qu’on n’a pas l’air malade — et que « ne pas avoir l’air » devient la preuve qu’on n’a pas le droit de se plaindre.

    Parce que le trouble lui-même produit du silence. L’honte est une de ses caractéristiques les plus constantes, peu importe la forme qu’il prend. Elle dit : personne ne comprendrait. personne ne devrait voir. cache ça.

    Parce que demander de l’aide implique de nommer. Et nommer, c’est rendre réel. Et rendre réel, c’est devoir faire quelque chose — se soigner, changer, renoncer à certains mécanismes qui, aussi douloureux qu’ils soient, ont longtemps fonctionné comme des béquilles.

    Je me suis tue longtemps. Pas par manque de conscience — j’avais conscience. Mais parce que la conscience ne suffit pas, et parce qu’il est plus simple de continuer à fonctionner que d’arrêter pour regarder en face ce qu’on porte.

    Ce n’est pas une faiblesse. C’est une réponse humaine à quelque chose d’écrasant.

    — V. Le deuil

    Dire au revoir à un corps qu’on aimait

    C’est peut-être la partie la moins dite. Pas le trouble lui-même — mais ce qui se passe quand on essaie de s’en défaire. Ce qu’on est censé·e « lâcher » dans ce processus.

    Il y a, dans la guérison des TCA, quelque chose qu’on nomme rarement avec honnêteté : le deuil du corps d’avant. Le deuil d’une silhouette qui était devenue une identité. Une preuve. Une forme de contrôle sur quelque chose — quand tout le reste semblait hors de portée.

    Ce corps-là, même s’il était le signe que quelque chose n’allait pas, était aussi reconnu. Valorisé, parfois. Il occupait une place dans le regard des autres — et dans le regard qu’on portait sur soi-même. S’en séparer, c’est perdre un repère. Même un repère douloureux reste un repère.

    Il n’y a pas de formule magique pour traverser ça. Pas de « il suffit d’accepter son corps » qui tienne face à des années de conditionnement — intérieur et extérieur. Ce que je peux dire, c’est que ce deuil est réel, qu’il mérite d’être nommé comme tel, et qu’il ne signifie pas qu’on a tort de vouloir aller mieux.

    On peut vouloir guérir et regretter simultanément ce qu’on était en étant malade. Ces deux choses ne s’annulent pas. Elles coexistent, inconfortablement, et c’est normal.

    Ce que les soignants formés aux TCA savent — et que le grand public ignore souvent — c’est que la guérison n’est pas linéaire, qu’elle implique des ambivalences profondes, et qu’elle ne ressemble pas à une décision qu’on prend un matin en se levant du bon pied. C’est un travail long, souvent non-linéaire, qui demande un accompagnement adapté.

    — VI. Ce qui aide

    Ce qui aide — et ce qui ne sert à rien

    Ce qui ne sert à rien

    Dire à quelqu’un « mange normalement ». Lui expliquer que « c’est dans sa tête ». Lui faire remarquer qu’il ou elle « a l’air mieux » ou « a l’air moins bien » — les commentaires sur l’apparence, dans les deux sens, peuvent faire des dégâts qu’on ne mesure pas.

    Proposer des régimes. Des recettes. Des plans alimentaires. La plupart du temps, les personnes concernées connaissent mieux que quiconque la composition nutritionnelle de ce qu’elles mangent — c’est d’ailleurs souvent une partie du problème.

    Minimiser. Comparer. Dire que « tout le monde a ses petits trucs avec la bouffe ».

    Ce qui aide, vraiment

    La présence sans pression. L’écoute sans solution immédiate. Poser la question sans attendre une réponse propre et rangée.

    Un accompagnement spécialisé — parce que les TCA nécessitent des professionnels formés spécifiquement. Pas tous les psys, pas tous les médecins, ne sont équipés pour ça. La FFAB tient à jour un annuaire national des centres et équipes spécialisées.

    Du temps. De la constance. Et la conviction — à transmettre à la personne concernée, sans la forcer — qu’elle mérite de prendre de la place autrement qu’en se diminuant.

    — VII. Ressources

    Si vous avez besoin d’aide

    Ressources · France

    FFAB — Fédération Française Anorexie Boulimie

    Site de référence, annuaire des centres spécialisés, informations pour les patient·es et les proches. ffab.fr

    Ligne d’écoute FFAB · 09 69 325 900

    Gratuite, anonyme. Pour parler à quelqu’un de formé, que vous soyez concerné·e directement ou un·e proche.

    journeemondialetca.fr

    Événements, ressources et informations autour de la semaine nationale de sensibilisation (1–7 juin 2026).

    Médecin traitant / psychiatre spécialisé TCA

    Le premier pas peut être d’en parler à un médecin — en précisant que vous pensez que ça concerne les TCA, pour orienter vers un spécialiste formé.

    On apprend à se taire très tôt. On peut apprendre, plus tard, à parler autrement — pas pour tout dire, pas d’un coup, pas à n’importe qui. Mais un peu. À soi d’abord, peut-être. Puis à quelqu’un qui tient la main sans tirer dessus.

    Si vous vous êtes reconnu·e quelque part dans ces lignes, sachez que vous n’êtes pas seul·e dans ce que vous portez. Et que l’aide existe — imparfaite, lente, mais réelle.

    — Mae · maevapaul.blog · Juin 2026 · #NoMoreTCA

  • Parcours d’Art dans la Boucle — trois ateliers, un carnet, et une tasse pour rentrer

    Parcours d’Art dans la Boucle — trois ateliers, un carnet, et une tasse pour rentrer
    Parcours d’Art dans la Boucle — Mae(va) Paul
    Carnet de balade  ·  30 mai 2026

    Parcours d’Art dans la Boucle

    trois ateliers, un carnet, et une tasse pour rentrer

    Programme du Parcours d'Art, édition #17
    Ateliers de la Boucle — Parcours d’Art #17

    On est partis à l’aveugle. Un plan papier plié en quatre, une carte avec des numéros, des flèches, des noms de rues qu’on déchiffrait en marchant. Le Parcours d’Art des Ateliers de la Boucle, 17e édition — une quarantaine d’artistes ouvrent leurs ateliers sur le weekend, de Houilles à Chatou en passant par Carrières-sur-Seine, Montesson, Le Vésinet, Croissy. On n’avait pas de programme précis. On voulait juste voir où ça nous mènerait.

    I.

    Chantal Morel — les paysages qui reviennent

    Le premier atelier qu’on pousse, c’est celui de Chantal Morel, à Carrières-sur-Seine. On entre et on se retrouve face à des grands formats qui prennent toute la pièce — des toiles suspendues comme des voiles, rangées sur des tiges métalliques qu’on peut faire glisser, feuilleter presque. De l’huile sur toile, des gestes larges, des matières épaisses.

    Atelier Chantal Morel — toiles rangées Atelier Chantal Morel — pinceaux et toiles en cours
    Atelier Chantal Morel — espace de travail Atelier Chantal Morel — vue d'ensemble

    Des plages. Des ciels bas. Des roches noires sous l’écume. Ce sont des paysages de la baie de Somme, du littoral du Nord. Les plages où j’allais enfant. Je n’avais pas anticipé ça — cette espèce de reconnaissance immédiate, presque physique, devant une toile. J’ai sorti mon carnet.

    Voir l’océan,
    Grandir face aux vagues.

    Retour en enfance
    Sur les plages du sable
    que foulaient mes pieds
    d’enfants.

    Voyage dans le temps

    — carnet, atelier Chantal Morel

    L’atelier est blanc, lumineux, avec une verrière au plafond. Sur un guéridon en bois, des petits formats sur chevalets, des livres d’artiste. La peintre circule, répond aux questions avec une précision douce. On reste longtemps.

    Entre deux ateliers

    Fresque botanique sur une façade de Chatou

    Entre deux ateliers, on marche. Et la ville fait aussi son travail. Sur un pan de façade entier, une fresque végétale s’étale du sol au toit — glycines, feuillages, fleurs blanches, comme si un jardin avait décidé de coloniser le bâtiment.

    Mur Confiance — Cultivons notre Joie

    Plus loin, au coin d’une rue, un local technique repeint en blanc porte deux mots en lettres grasses et colorées : Confiance. Joie. Avec, au-dessus, Cultivons notre — On s’arrête. On lève les pouces.

    Pouces levés en balade
    II.

    Sylvain Mausse — des livres qui s’envolent

    Le deuxième atelier est dans un appartement. Un salon-bibliothèque transformé en espace d’exposition, avec des toiles posées contre le canapé, accrochées sur les murs entre les étagères. Sylvain Mausse est artiste plasticien — ses tableaux sont des formes rondes, des mandalas presque, des compositions denses et colorées qui tournent sur elles-mêmes.

    Atelier Sylvain Mausse — salon-bibliothèque

    Sur le chevalet central, une toile sur fond or : des livres ouverts disposés en cercle, leurs pages qui s’écartent, qui s’envolent. De la reliure ancienne au livre de poche, ils convergent vers un centre vide, lumineux.

    Sylvain Mausse — mandala de livres sur fond or

    Des livres qui s’envolent.
    Des mots finalement libérés.

    — carnet, atelier Sylvain Mausse
    III.

    Géraldine K. & Amélie Gouraud — ce qu’on emporte

    Le troisième arrêt, c’est un atelier-boutique : Géraldine K., céramiste, expose avec Amélie Gouraud, qui travaille le dessin, la sérigraphie et le collage. L’espace est calme, très beau — des pièces en grès beige et gris sur des étagères en laiton, des estampes botaniques encadrées bois clair.

    Géraldine K. céramiste — étagères et céramiques Géraldine K. — céramiques et impressions

    Et sur les rayonnages, les petits formats d’Amélie : des collages minutieux qui mêlent fleurs séchées pressées, images d’archives, vignettes de chocolats Nestlé des années cinquante, oiseaux en vol. Des univers en boîte.

    Amélie Gouraud — collage fleurs et main Amélie Gouraud — collage ustensiles et fleurs Amélie Gouraud — collage maison
    Amélie Gouraud — collage vaches et oiseaux, chromos Nestlé

    Je repars avec une tasse en grès de Géraldine — gris anthracite, bords légèrement irréguliers, ce poids dans la paume qu’ont les objets faits à la main. Et avec l’envie d’écrire une strophe par collage d’Amélie, comme une collaboration à distance.

    Cartes de visite — Géraldine K. et Amélie Gouraud

    On finit au Papillote, un café à Chatou, en attendant qu’on vienne nous récupérer — parce qu’on était partis à l’aveugle, donc sans avoir prévu comment rentrer. Café frappé surmonté de chantilly et de billes de chocolat. Dehors, les nuages. On est contents.

    Café frappé au Papillote, Chatou

    Le soir, à la maison, je bois mon café dans la tasse neuve. Elle est froide au toucher, lourde et douce à la fois. C’est exactement ce qu’il faut.

    Informations pratiques

    Parcours d’Art des Ateliers de la Boucle — édition #17

    30–31 mai 2026 · 14h–19h · Entrée libre

    Houilles · Carrières-sur-Seine · Chatou · Montesson · Le Vésinet · Croissy-sur-Seine

    @chantalmorelmery  ·  Sylvain Mausse  ·  geraldine-k-ceramiste.com  ·  @amelie_gouraud

    Mae(va) Paul

  • Bipolarité et sauvetage aquatique — ce qu’on cache quand on surveille les autres | Maëva Paul

    Santé mentale · Témoignage

    Quand la noyade ne fait pas de bruit

    Bipolarité, addictions et sauvetage aquatique — ce qu’on cache quand on surveille les autres.

    Il y avait une dispute rituelle chaque matin pour savoir qui porterait la chaise ou le sac jusqu’au bord de l’eau. Et une autre pour déterminer qui irait entrer dans le lac avec le thermomètre. Des querelles sans enjeu, qui faisaient du bien précisément parce qu’elles n’en avaient aucun. C’était avec Steven et Emeline, et cet endroit-là — ce bord de lac cerné de montagnes, cette lumière du matin sur l’eau froide — c’était le seul endroit où j’étais le moi qui va bien.

    Pas le moi qui tient. Le moi qui savoure.

    Emeline était chef de poste, protection civile à Paris, plus expérimentée que nous à presque tous les niveaux. Elle nous apprenait les règles qui coûtent cher si on les oublie — on ne reste jamais seul dans une pièce avec un enfant, on les installe sur une chaise devant le poste pour les bobologies. Des principes qui ne souffrent aucune exception. Et pourtant elle savait que je fumais, elle sentait l’odeur de cannabis devant le mobil home, et elle n’a jamais rien dit. Pendant toute une saison. Je le lui ai demandé plus tard, directement, et elle m’a répondu simplement : elle me faisait confiance. J’étais investie, désireuse d’apprendre, et ça n’impactait pas mon travail. C’était suffisant pour elle.

    J’ai retenu cette façon d’être avec les gens. Faire confiance sur les actes, pas sur les apparences.

    Les jours où j’étais au maximum — les phases hautes, même si à l’époque on ne nommait pas encore ça clairement — j’allais voir le lever de soleil sur le lac. Je nageais seule dans l’eau froide avec les montagnes autour. On faisait du bivouac, des réveils en altitude. L’espace d’un été, j’avais l’impression d’être exactement là où je devais être dans l’existence.

    Le sauvetage aquatique c’est un des métiers les plus à responsabilités qui soit, exercé dans un des contextes les plus décontractés qui soit. Des touristes en vacances, des enfants qui courent, de la musique au loin — et toi, assis ou les pieds dans l’eau, à surveiller une zone de bain en sachant que ta distraction d’une seconde peut envoyer quelqu’un aux urgences ou toi en prison.

    Ce que les gens ne voient pas c’est le reste. Le mépris ordinaire de certains vacanciers pour un travail qu’ils considèrent comme du farniente. Le fait de ne jamais connaître la suite de l’histoire quand on envoie quelqu’un en mauvais état à l’hôpital. Le risque, qui grandit chaque année, de trouver un corps dans sa zone de bain.

    On extériorisait chacun à notre façon. Certains allaient courir une heure. D’autres buvaient des verres au bord de piscines privées ou de couchers de soleil. D’autres nageaient toujours plus loin, toujours plus longtemps. On ne parlait pas vraiment de ce que ça faisait, à l’intérieur. On décompressait, c’est tout.

    Ce métier, l’espace d’une journée de travail, me faisait arrêter de penser à tout ça. J’étais pleinement dans mon rôle. Je me sentais capable de quelque chose.

    C’est une sensation rare quand tu passes la moitié de ta vie à douter de ce que tu vaux.

    L’été 2022, au Léman, les diagnostics étaient encore en cours. Bipolarité, borderline, peut-être les deux — trop de consommations pour être certain de quoi que ce soit. Je cherchais un psychiatre qui comprendrait vraiment, une psychologue qui ne resterait pas en surface. Je voulais être provoquée, bousculée, pas ménagée.

    En surface, j’étais cash. Franche, directe, sans filtre apparent. C’était une stratégie, même si je ne me le formulais pas comme ça à l’époque. Être transparente sur la forme pour garder le fond bien caché. Personne ne regardait derrière si la façade était suffisamment convaincante.

    Mes crises, je les avais en solitaire. Quelques rares fois quelqu’un l’a su. La plupart du temps, non.

    L’année d’après c’est l’été de la tentative de suicide. En juin, l’école me force à prendre une césure pour me soigner. J’ai décidé d’aller en clinique psychiatrique en septembre — parce que je ne voulais pas me priver de ma saison. C’était mon moment préféré de l’année et je n’allais pas y renoncer pour une hospitalisation, même justifiée. J’ai d’abord fait ma saison. C’est Emeline qui m’a conduite aux urgences cette nuit-là, après que ma colocataire l’avait appelée. Elle a frappé à la porte et dit sur son ton qui ne souffre aucune discussion : « Tu ouvres, ou les pompiers le feront. » J’ai ouvert immédiatement. On a marché une heure dans le camping. Elle m’a parlé, j’ai parlé. Elle a évoqué le fait qu’elle m’avait laissé chef de poste à son retour et que j’avais refusé — comme si c’était lié à ce qui venait de se passer. Ce n’était pas ça la raison. C’était juste un éclat dépressif et suicidaire que j’essayais de contenir depuis trop longtemps.

    Je continue de faire ce métier aujourd’hui en partie pour aller contre ceux qui pensent que je n’en suis pas capable. Contre le diagnostic, contre les limitations implicites qu’on assigne aux gens comme moi. Ian dans Shameless, bipolaire et ambulancier — même logique, mêmes intentions. Je me reconnais dans cette obstination-là.

    En 2021, à Morzine, j’ai commencé à vraiment beaucoup boire. Je faisais des terreurs nocturnes, je m’endormais bourrée tous les soirs. C’est là que c’est devenu une addiction problématique — pas une habitude, pas une façon de fêter, quelque chose d’autre. Quelque chose qu’on fait parce qu’on ne sait plus comment s’endormir autrement.

    En 2022, première saison au Léman, personne ne me connaissait encore. Je voulais faire bonne impression. Et puis je ne voulais tuer personne — alors je gérais. Que le soir. J’arrêtais à une certaine heure. Cannabis, un peu d’alcool. Une façon de tenir le rythme sans laisser voir les coutures.

    Aujourd’hui les substances ont changé. Les besoins aussi. La baignade est non surveillée, les responsabilités pénales différentes — et dès que le premier gamin commence à avoir la tête sous l’eau, je saute. Mon corps sait encore faire ce qu’il faut faire. Je ne risquerais pas la vie des gens si je n’en étais pas certaine.

    Mais les humains m’épuisent de plus en plus. Je commence à trop douter, à trop psychoter. Le métier qui me ressourçait se met à peser différemment.

    Il y a une question que je ne me suis pas encore posée jusqu’au bout : est-ce que je continue pour ce que ce métier m’apporte, ou pour prouver à quelqu’un — à moi — que je peux encore ?

    Je ne vais pas écrire que j’ai compris quelque chose de définitif. Ce n’est pas vrai et ça ne l’a jamais été.

    Ce que je sais c’est que les métiers de secours ont une façon particulière de coïncider avec certains fonctionnements psychiques. La vigilance constante, la responsabilité du vivant, l’adrénaline des urgences entrecoupée de vides profonds — c’est un terrain qui résonne avec la bipolarité d’une façon que je n’arrive pas encore à totalement démêler. Est-ce que ça l’amplifie ? Est-ce que ça la structure ? Les deux à la fois selon les jours ?

    Ce que je sais aussi c’est qu’on ne parle pas de ça. On ne parle pas des sauveteurs qui décompressent mal, qui automédiquent, qui tiennent le poste impeccablement pendant huit heures et s’effondrent le soir. La figure du secouriste n’a pas droit à la fissure visible.

    Et c’est peut-être pour ça que j’écris ça ici.

    À celle que j’étais Si tu te reconnais dans ce texte — dans l’obstination à prouver, dans la décompression qui dérapait, dans les crises gérées en solitaire parce que la façade tenait bien — tu n’étais pas irresponsable. Tu faisais ce que tu pouvais avec ce que tu avais. Et tu savais sauter à l’eau au bon moment. C’est pas rien.
  • Une balade sans sens — Villevaude, avril 2025 | mae(va) PAUL

    Carnet de balade  ·  Villevaude  ·  Avril 2025

    Une balade
    sans sens.

    Je suis parti·e marcher sans destination dans un village ordinaire. Ce que j’ai trouvé : une machine à baguettes, une traction avant noire, et la confirmation que je suis beau·belle à la fois, et que c’est suffisant.

    Distributeur maBaguette devant une école, Villevaude, avril 2025
    I

    Baguette fraîche dans une machine,
    Ou est donc le sens ?
    Je marche dans le village,
    Au bout de 3 pas je ne comprends
    déjà pas ce que je vois.

    Villevaude — avril 2026 distributeur maBaguette. baguettes fraîches, 24h/24.

    Il y a quelque chose d’absurde dans un distributeur automatique de baguettes artisanales. Comme si on avait voulu réconcilier deux mondes qui n’ont rien à faire ensemble : le geste du boulanger et la logique du DAB. Villevaude n’a pas de boulangerie. Elle a une machine. C’est peut-être ça, la modernité rurale.

    Je me suis arrêté·e devant quelques secondes. Pas pour acheter. Pour comprendre. J’ai pas compris.

    Digression

    En France, plus de 400 communes rurales ont perdu leur dernière boulangerie depuis 2010. La baguette automatique n’est pas une absurdité — c’est une réponse. Ce qui est absurde, c’est la question à laquelle elle répond.

    Selfie dans un miroir rayé, veste camel, lunettes aviateur — Villevaude avril 2026
    II

    Je me suis fait beau gosse,
    Et oui maman pas belle gosse,
    Désolé si ça ne vous convient pas,
    Mais je suis beau et belle à la fois.

    Avant de sortir — seul miroir du mobil-home veste camel, lunettes aviateur, trois colliers. beau·belle à la fois.

    Avant de partir, je me suis regardé·e dans le miroir rayé de mon logement. Veste camel oversize, lunettes de soleil, colliers superposés. Ce jour-là j’ai vu quelqu’un, pas une silhouette floue entre deux cases, quelqu’un. Beau gosse. Pas belle gosse. Les deux. Le miroir était rayé mais l’image était nette.

    Ce n’est pas une crise identitaire, c’est juste mardi. Je sors promener ce corps-là, tel qu’il est, dans un village qui a une machine à baguettes à la place d’une boulangerie. Le monde est incohérent, autant l’être aussi.

    Digression

    Il y a quelque chose de particulier à se photographier dans un miroir abîmé. Les rayures ne cachent pas — elles ajoutent. Une texture sur la texture. Le reflet devient une interprétation plutôt qu’une copie. Peut-être que c’est pour ça que ce format persiste : le miroir abîmé dit la vérité mieux que le miroir parfait.

    Traction avant noire au rond-point de Villevaude, avril 2026
    III

    Une voiture originelle d’un petit village,
    Parfois j’aimerais comme les bandits,
    Voler une voiture et en faire
    mon appartement.

    Rond-point — Villevaude, avril 2026 traction avant Citroën. elle roule encore, bien, sans s’excuser.

    Une traction avant noire traversait le rond-point. Sobre, massive, anachronique. Le genre de voiture qui appartient à une autre époque et qui pourtant roule encore, tranquillement, sans s’excuser d’exister dans un monde qui ne la comprend plus.

    J’ai pensé à vivre dedans. Pas par romantisme du banditisme — plutôt par attrait pour l’idée d’un espace à soi, suffisant, mobile. Quelque chose qui dit : je n’ai besoin de rien de plus que ça. Quatre murs qui bougent. Appeler ça chez soi.

    Panneau Police Municipale sur vieux mur de pierre, pub KFC en arrière-plan — Villevaude avril 2026
    IV

    Toujours la police à côté de chez moi,
    Je crois que la vie se joue de moi.
    Mais j’passe en fumant alors que moi je ne sens pas,
    L’odeur que je répands ni leur présence.

    Rue de la Tour — Villevaude, avril 2026 mur médiéval, panneau institutionnel, KFC. trois époques sur un même angle.

    Rue de la Tour. Police Municipale, flèche vers la droite. Derrière : un vieux mur de pierre qui a vu passer des siècles, et une pub KFC qui n’a pas encore eu le temps de jaunir. Le mélange de temporalités est tellement violent que ça en devient presque une installation.

    Je suis passé·e. Ni l’odeur ni leur présence — rien ne m’a rattrapé·e. C’est ça aussi, passer entre les mailles sans même essayer : certains corps se rendent invisibles sans le vouloir, et d’autres n’y arrivent jamais.

    Digression

    L’invisibilité n’est pas un superpouvoir, c’est une loterie. Elle dépend de comment tu es lu·e, de ce que tu portes, de l’heure, de l’endroit. Ce jour-là j’ai eu de la chance. Ce n’est pas toujours le cas.

    Vue du dessus — jean brodé de fleurs, chaussures brodées multicolores sur gravier — Villevaude avril 2026
    V

    Des fleurs et une jolie tenue,
    Mi fille mi garçon,
    Un collier bleu un collier rose
    et un collier de mon amoureuse.
    Comme ça pas de jaloux même si
    notre chaîne est plus forte que tout.

    Quelque part sur le gravier — Villevaude, avril 2026 jean brodé, chaussures fleuries. mi fille mi garçon, tout à fait moi.

    Vue du dessus : un jean brodé de fleurs jaunes et roses, des chaussures qui continuent dans la même veine. L’identité par l’accumulation de détails : pas une déclaration, juste ce que j’avais envie de mettre ce matin-là.

    Quatre colliers superposés. Celui de mon amoureuse a été fait avec des couleurs non genrées, parce qu’elle sait. Elle me laisse être moi sans poser de questions, et ça, c’est rare. Le deuxième et le troisième forment une paire : un rose et un bleu. Et le dernier c’est un lien au sens propre. Une chaîne qui tient mieux que n’importe quoi d’autre.

    Pas de jaloux. Pas d’explication non plus — juste quatre objets qui savent ce qu’ils représentent, portés ensemble, sur un gravier de village ordinaire.

    Villevaude — avril 2026  ·  mae

    Je suis rentré·e chez moi sans réponse. Une machine à baguettes, une vieille traction noire, un panneau de police devant un KFC, et mes propres pieds sur du gravier. C’était suffisant. Les meilleures balades sont celles qui ne mènent nulle part — on revient avec des vers, et la confirmation que le monde est incohérent. Mais qu’on peut l’être aussi, et que c’est très bien comme ça.

  • Identité : qu’est-ce qui nous définit ? | Revue de Vanessa Springora

    ALT — Identité : qu’est-ce qui nous définit ? Revue de Vanessa Springora | Maëva Paul

    Santé mentale — Revue de livre

    Mars 2026 — Maëva Paul

    ALT — Identité

    Qu’est-ce qui nous définit ? — Revue sensible du livre de Vanessa Springora

    Auteur Vanessa Springora
    Éditeur Éditions Alt
    Type Essai accessible
    Pages ~30 pages
    Thématiques Identité, genre, orientation, santé mentale
    Niveau Accessible, sans jargon

    De quoi parle ce livre ?

    Il y a des livres qu’on ouvre par curiosité et qu’on referme différent(e). Identité en fait partie.

    Vanessa Springora réunit dans ce petit livre de la collection ALT des voix plurielles — Armand, Benjamin, Anouck, Barnaby, Alexandre — chacun(e) portant une réponse fragmentée à la même question vertigineuse : qu’est-ce qui nous définit vraiment ? Et plus je lisais, plus je me retrouvais dans chacun(e) d’eux(elles), inconfortablement, honnêtement.

    Des personnages qui me ressemblent trop

    Armand est bipolaire. Moi aussi. Et comme lui, j’ai longtemps traité ça comme un secret honteux, quelque chose à cacher entre deux sourires. Ce livre m’a soufflé une idée simple et radicale : et si la bipolarité figurait sur un papier d’identité, au même titre que la couleur des yeux ou la date de naissance ? Après tout, ce n’est pas une métaphore, c’est une vérité. La bipolarité me définit, qu’elle me plaise ou non. Tout comme le TDAH. Tout comme la personnalité borderline. Ce sont des faits, pas des défauts.

    Benjamin transforme les banalités en poèmes. Je fais ça aussi, presque malgré moi (un trajet de métro devient un fragment, une conversation banale finit en vers, etc…). C’est une façon d’exister que je n’avais jamais nommée comme telle avant de le lire.

    Anouck appartient à la génération Z et refuse d’être figé(e) dans une case. Son identité de genre flotte, résiste aux définitions imposées. La mienne aussi. Ni tout à fait fille, ni tout à fait garçon : rien ne me convient à cent pour cent, et pendant longtemps j’ai cru que c’était un problème à résoudre. Ce livre suggère que c’est peut-être simplement qui je suis.

    Barnaby est alcoolique et il l’assume. Moi aussi, et cette phrase (la lire écrite noir sur blanc dans un livre) m’a fait quelque chose. Pas de honte performée, pas de rédemption obligatoire. Juste une vérité posée là, comme une pièce d’identité supplémentaire.

    Alexandre, lui, se dit amoureux de la vie. Mais Springora laisse voir sous sa déclaration quelque chose de plus trouble : l’anxiété, le vertige, la névrose de quelqu’un qui proclame l’amour de la vie parce qu’il en a trop peur pour la laisser passer. Je me suis reconnue dans ce mensonge, là aussi.

    Et moi dans tout ça ?

    Je suis bipolaire, TDAH, borderline. Je suis quelque part entre fille et garçon, sans que ni l’un ni l’autre ne me colle parfaitement. Mon orientation sexuelle ne se laisse pas résumer, avec une préférence probable pour les femmes, les hommes m’ayant trop souvent laissé(e) avec un sentiment de répulsion que je n’arrive pas à expliquer autrement. Je transforme les banalités en poèmes. Je bois et je ne m’en cache pas. Je suis anxieux(se), névrosé(e), et quelque part amoureux(se) de la vie même quand elle me dégoûte.
    Carte d'identité fictive — édition vérité — genre, orientation, diagnostics, addiction — ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

    Carte d’identité — édition vérité · Ce qu’on ne trouve jamais sur les vrais papiers

    Je ne sais toujours pas qui je suis.
    Mais après ce livre, j’ai moins envie de le savoir,
    et plus envie d’être.

    Qu’est-ce que l’identité ? Ce que les théories nous disent

    La question que pose Springora n’est pas nouvelle. Des philosophes, psychologues et sociologues y ont consacré leur carrière mais aucun n’a tranché. Ce qui est frappant, c’est que le livre semble avoir lu tout le monde sans en citer personne : chaque personnage incarne une théorie sans le savoir.

    Erik Erikson — l’identité comme crise nécessaire

    Pour Erikson, l’identité ne se trouve pas : elle émerge d’une série de crises traversées tout au long de la vie. La plus décisive survient à l’adolescence, ce moment où l’on cherche à répondre à « qui suis-je ? » face aux attentes du monde. Mais Erikson insiste : ne pas résoudre cette crise n’est pas un échec. C’est parfois simplement le signe qu’on refuse les réponses trop simples.

    Anouck, dans le livre, est l’incarnation parfaite de ce que Erikson appelle la diffusion d’identité — non pas comme pathologie, mais comme refus lucide de se figer.

    William James — le moi social contre le moi intime

    James distinguait deux dimensions du moi : le moi social, celui qu’on présente au monde, et le moi intime, celui qu’on tait. Tous les personnages de Springora vivent dans cet écart. Armand qui sourit alors qu’il est bipolaire. Alexandre qui proclame l’amour de la vie alors qu’il en a peur. Barnaby qui assume son addiction là où d’autres la cacheraient.

    Le livre suggère que réduire cet écart et laisser le moi intime déborder dans le moi social est peut-être la seule forme d’identité qui tienne vraiment.

    Paul Ricœur — l’identité narrative

    Ricœur propose une idée puissante : on ne sait pas qui on est de façon abstraite. On le sait en racontant sa propre histoire. L’identité n’est pas un état : c’est un récit qu’on construit, qu’on réécrit, qu’on ne finit jamais.

    C’est exactement ce que fait Springora avec ses personnages et ce que fait ce blog avec ses textes. Écrire n’est pas un accessoire de l’identité. C’est la façon dont elle prend forme.

    Ce que le livre ajoute

    Là où les théories classiques cherchent une cohérence et une unité du moi à travers le temps, Identité propose autre chose : la fragmentation comme réalité, pas comme dysfonction. Armand, Benjamin, Anouck, Barnaby, Alexandre ne sont pas des identités résolues. Ce sont des êtres en cours, des humains qui changent sans cesse.

    Et peut-être que c’est ça, une identité honnête.
    Carte conceptuelle des théories de l'identité — Erikson, James, Ricœur — en lien avec le livre ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

    Erikson · James · Ricœur — trois approches de l’identité en miroir avec les personnages du livre

    Identité de genre et fluidité — ce que le livre révèle

    Pendant longtemps, le genre a été pensé comme une évidence biologique : on naît fille ou garçon, et on le reste. Cette vision binaire et figée a été profondément remise en question depuis les années 90, et Anouck, dans le livre de Springora, en est l’écho contemporain le plus direct.

    Judith Butler — le genre comme performance

    Butler est la première à formuler clairement ce que beaucoup ressentaient sans pouvoir le nommer : le genre n’est pas quelque chose qu’on est, c’est quelque chose qu’on fait. Une série d’actes répétés, de codes appris, de rôles joués, jusqu’à ce qu’ils paraissent naturels.

    Ce qui est révolutionnaire dans cette idée, c’est qu’elle ouvre une sortie : si le genre est une performance, alors il peut être rejoué autrement. Pas forcément radicalement, pas forcément publiquement, mais intérieurement, on peut refuser le script.

    La non-binarité — nommer ce qui existait déjà

    La génération Z n’a pas inventé la fluidité de genre. Elle a inventé les mots pour la dire. Non-binaire, agenre, genderfluid, demi-genre : ce vocabulaire ne crée pas de nouvelles réalités, il en nomme d’anciennes qui n’avaient pas de place dans le langage.

    Anouck dans le livre ne cherche pas à choisir entre fille et garçon. Elle cherche à exister dans l’espace entre les deux, ou en dehors des deux. Ce n’est pas une indécision. C’est une position.

    Identité de genre et santé mentale

    Les études montrent que les personnes non-binaires ou trans présentent des taux d’anxiété et de dépression significativement plus élevés, non pas à cause de leur identité, mais à cause du rejet, de l’incompréhension et de l’invisibilité sociale qu’elles subissent. La souffrance n’est pas intrinsèque à la fluidité. Elle est le produit d’un monde qui n’a pas encore appris à faire de la place.

    Reconnaître son identité de genre, même floue, même mouvante, est un acte de santé mentale, pas de confusion.

    Ce que ça dit de moi

    Ni tout à fait fille, ni tout à fait garçon. Longtemps j’ai cru que c’était un problème à résoudre, une case à trouver. Ce livre — et Butler avant lui — me dit que l’absence de case n’est pas un vide.

    C’est peut-être la forme la plus honnête d’exister.
    Schéma visuel identité de genre et fluidité — en lien avec le livre ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

    Visuel identité de genre et fluidité — par Mae(va) Paul

    Identité et maladie mentale — quand le diagnostic devient une partie de soi

    Il y a une question que la psychiatrie a longtemps esquivée : est-ce que la maladie mentale fait partie de l’identité, ou est-ce qu’elle la masque ? Pendant des décennies, la réponse implicite était la deuxième option — la maladie comme parasite, quelque chose d’étranger à « soi ». Armand, dans le livre, incarne le renversement de cette idée.

    Le DSM et la tentation de l’étiquette

    Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux classe, catégorise, nomme. C’est utile d’avoir un mot pour ce qu’on vit, c’est déjà ne plus être seul(e) avec. Mais le diagnostic peut aussi devenir une prison : on finit par se réduire à lui, ou par le rejeter entièrement pour ne pas s’y enfermer.

    Armand est bipolaire. Barnaby est alcoolique. Ce que Springora fait avec ces personnages, c’est refuser les deux extrêmes : ni honte, ni réduction. Le diagnostic est une réalité, pas une définition.

    Le trouble borderline et l’instabilité de l’image de soi

    Le trouble de la personnalité borderline a ceci de particulier qu’il touche directement à l’identité : l’instabilité de l’image de soi en est un critère diagnostique central. On ne sait pas toujours qui on est d’un jour à l’autre. Les valeurs, les désirs, la perception de soi fluctuent.

    Ce n’est pas une faiblesse de caractère. C’est une façon d’être au monde qui demande une énergie considérable, et une honnêteté rare avec soi-même.

    La bipolarité — vivre entre deux états

    La bipolarité ne se réduit pas aux épisodes. Entre les phases, il y a une vie entière à naviguer avec la conscience que tout peut basculer. Ce que ça produit, souvent, c’est une forme de dissociation entre le moi qui va bien et le moi qui s’effondre, comme si ce n’était pas la même personne.

    Erikson dirait que c’est une crise d’identité permanente.
    Ricœur dirait que c’est un récit avec plusieurs narrateurs.
    Aucun des deux n’aurait tort.

    Le TDAH — une identité qui déborde

    Le TDAH est souvent vécu comme un défaut d’attention. C’est aussi une façon d’être hyperpresent à certaines choses et absent à d’autres — une sélectivité involontaire qui façonne profondément la manière dont on perçoit le monde, dont on crée, dont on aime.

    Benjamin, dans le livre, transforme les banalités en poèmes. C’est peut-être ça, le TDAH retourné : une attention si intense qu’elle déborde partout où elle se pose.

    Assumer sans se réduire

    Ce que le livre propose et ce que la psychologie contemporaine commence à reconnaître, c’est une troisième voie entre la honte et la sur-identification. La maladie fait partie de soi. Elle n’est pas tout soi.

    Dossier fictif — bipolarité, borderline, TDAH, addiction comme composantes de l'identité — ALT Identité de Vanessa Springora — Maëva Paul

    Bipolarité · Borderline · TDAH · Addiction — quatre réalités, une seule personne

    ⚠️ Thématiques sensibles

    Cette section aborde la bipolarité, le trouble borderline, le TDAH et les addictions comme composantes de l’identité. Ces sujets peuvent résonner fortement selon le vécu du(de la) lecteur(rice).

    Ce contenu ne remplace pas un accompagnement thérapeutique. En cas de souffrance intense ou persistante, un professionnel de santé reste essentiel.

    📞 Numéro national de prévention du suicide : 3114 (24h/24, gratuit)

    Ce que j’en retiens

    Identité ne répond pas à la question qu’il pose. Et c’est exactement ce qui en fait sa force. Il propose plutôt de la tenir, cette question, sans la résoudre : la regarder en face sans cligner des yeux.

    Les théories de l’identité cherchent une cohérence. Le DSM cherche des catégories. La société cherche des cases. Springora, elle, cherche autre chose : la vérité de ce qu’on est quand on arrête de chercher à correspondre.

    Armand assume sa bipolarité. Barnaby assume son addiction. Anouck assume de ne pas choisir. Benjamin assume de tout transformer en poèmes. Alexandre assume même son mensonge : celui de quelqu’un qui dit aimer la vie parce qu’il en a trop peur pour la laisser passer.

    Ce qu’ils ont en commun, ce n’est pas d’avoir trouvé qui ils sont. C’est d’avoir arrêté de s’en excuser.

    Ce que ce livre m’a appris sur moi

    Que la bipolarité, le TDAH, le borderline ne sont pas des obstacles à une identité « normale ». Ils sont mon identité : avec tout ce que ça implique de complexe, de contradictoire, de vivant.

    Que ne pas savoir si je suis fille ou garçon n’est pas une question sans réponse. C’est peut-être la réponse elle-même.

    Que boire, fumer, consommer, écrire, aimer les femmes, penser à la mort et vouloir vivre en même temps : tout ça forme quelqu’un. Pas un puzzle raté. Quelqu’un.

    Peut-être que l’identité n’est pas ce qui nous définit de l’extérieur. Peut-être que c’est ce qu’on accepte enfin de porter sans honte.

    Je ne sais toujours pas qui je suis.
    Mais après ce livre, j’ai moins envie de le savoir : et plus envie de l’être.
  • Être femme : force, fragilité et ce que personne ne voit | Maëva Paul

    Être femme : force, fragilité et ce que personne ne voit | Maëva Paul

    Texte — Introspection · Écriture

    8 mars 2026 — Maëva Paul

    Être femme

    Force, fragilité et ce que personne ne voit

    On parle souvent des femmes comme d’une idée. Une image.
    Un symbole qu’on accroche à des mots comme force, courage, résilience.

    On admire celles qui tiennent debout.
    Celles qui continuent d’avancer même quand le monde pèse trop lourd sur leurs épaules.

    Mais on parle rarement du reste.

    Des nuits trop longues. Des pensées qui s’accumulent dans le silence. De cette fatigue invisible que personne ne voit vraiment.

    Être une femme, parfois, ce n’est pas seulement exister dans le regard des autres. C’est apprendre à porter ce qui ne se dit pas.

    Les réalités invisibles

    On parle souvent de la force des femmes. Comme si cette force était naturelle, évidente. Comme si elle allait de soi.

    Mais on oublie parfois ce qui la construit.

    Les attentes silencieuses,
    les rôles que l’on endosse sans toujours les avoir choisis,
    la pression d’être solide, rassurante, stable,
    même lorsque tout vacille à l’intérieur.

    Beaucoup de combats restent invisibles. Pas parce qu’ils sont insignifiants, mais parce qu’ils se déroulent loin des regards.

    Les doutes, l’épuisement mental, cette sensation de devoir tenir, même quand on aurait simplement besoin de tomber un instant.

    La fatigue d’être forte

    On demande souvent aux femmes d’être fortes. Fortes pour elles-mêmes. Fortes pour les autres. Fortes pour continuer quand les choses deviennent trop lourdes.

    La force devient presque une attente silencieuse. Une qualité que l’on admire, mais que l’on finit aussi par exiger.

    Pourtant, être forte ne signifie pas ne jamais tomber.

    Derrière cette image de résilience permanente,
    il existe aussi des moments de fatigue.
    Des instants où la force n’est plus un choix, mais une nécessité.

    Et parfois, ce dont on aurait le plus besoin, ce n’est pas d’être forte.

    C’est simplement d’avoir le droit d’être fragile.

    Pour finir

    Être femme, ce n’est pas seulement tenir debout. Ce n’est pas seulement sourire quand tout vacille. Ce n’est pas seulement être forte.

    Être femme, c’est accepter le chaos à l’intérieur,
    accueillir la fatigue, la peur, les fissures invisibles,
    et continuer malgré tout, avec une force qui ne se mesure pas.

    Aujourd’hui, nous honorons les femmes — toutes celles que l’on voit,
    et surtout toutes celles que l’on ne voit pas.

    Car il y a une beauté profonde dans le fait de continuer,
    même lorsque personne ne regarde.

    Fragments visuels

    Certains mots prennent parfois une autre forme.

    Partagez vos pensées

    Vos mots ont une place ici. Vos fragments, vos silences, vos éclats. Envoyez ce qui brûle en vous, ce qui ne se dit pas, ce qui résonne dans l’ombre. Vous pourrez si vous voulez être publié dans la rubrique textes des lecteurs.

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  • Sans Armure — Revue psychologique du roman de Cathy Ytak | Maëva Paul

    Sans Armure — Revue psychologique du roman de Cathy Ytak | Maëva Paul

    Santé mentale — Revue de livre

    Janvier 2026 — Maëva Paul

    Sans Armure

    Un voyage au cœur de la vulnérabilité — revue du roman de Cathy Ytak

    Autrice Cathy Ytak
    Éditeur Talents Hauts — Collection Ego
    Genre Roman contemporain
    Pages ~55 pages
    Public Adolescent·e·s, adultes
    Thèmes Hypersensibilité · Vulnérabilité · Colère

    Un texte sans défense

    Couverture du roman Sans Armure de Cathy Ytak — éditions Talents Hauts, collection Ego — roman sur la vulnérabilité et l'hypersensibilité

    Sans Armure — Cathy Ytak, éditions Talents Hauts

    Sans Armure est un livre qui montre la réalité derrière l’intensité des émotions. Il ne cherche ni à expliquer, ni à réparer. Il se contente d’être là, au plus près de la faille.

    Cathy Ytak raconte une relation amoureuse traversée par l’intensité, l’incompréhension et la fatigue d’aimer quelqu’un qui ressent tout trop fort. Brune ne se protège pas — elle vit sans filtre, sans armure, exposée à la moindre secousse émotionnelle.

    Ce roman parle de ces amours où l’on se cogne,
    où l’on s’épuise à vouloir comprendre,
    où l’on apprend parfois trop tard
    que l’amour ne suffit pas toujours à contenir la tempête intérieure de l’autre.

    Sans Armure n’idéalise rien. Il montre la colère, la fuite, les silences, mais aussi la tendresse maladroite, l’attachement sincère, et la douleur de ne pas savoir comment faire mieux.

    Citation poétique inspirée du roman Sans Armure de Cathy Ytak — aimer sans armure c'est accepter de ne pas savoir protéger l'autre — Maëva Paul

    Aimer sans armure — c’est accepter de ne pas savoir protéger l’autre

    Les personnages

    Analyse psychologique du personnage Brune dans Sans Armure de Cathy Ytak — hypersensibilité, vulnérabilité et mécanismes de protection émotionnelle — Maëva Paul

    Brune

    Analyse psychologique du personnage Yannick dans Sans Armure de Cathy Ytak — amour, douleur, tension émotionnelle et limites de l'empathie — Maëva Paul

    Yannick

    Analyse de la relation entre Brune et Yannick dans Sans Armure — vulnérabilité, charge émotionnelle et déséquilibre affectif — Maëva Paul

    Brune & Yannick — la dynamique du couple

    Brune — La sensibilité à vif Brune incarne l’hypersensibilité dans ce qu’elle a de plus brut. Elle ressent tout trop fort, trop vite, sans filtre. Sa colère et ses silences ne sont pas des attaques, mais des mécanismes de survie.
    Yannick — Celle qui veut comprendre Yannick aime sincèrement, mais se heurte aux limites de l’empathie. Elle découvre que vouloir aider ne suffit pas toujours, et que comprendre l’autre demande parfois de renoncer à ses propres attentes.
    Le couple — Un déséquilibre constant Leur relation est un terrain de tension entre réalité et fantasme. Brune est insaisissable, Yannick est attachée à une image idéalisée. Cette dynamique illustre la difficulté d’aimer sans protection — projection, attentes irréalistes, confrontation avec l’authenticité.

    Quand la fiction rejoint la réalité

    Dans le livre Dans la réalité
    Crises émotionnelles incomprises Souvent associées à l’hypersensibilité ou à la neurodiversité.
    Colère soudaine, fuite Mécanismes de protection face à la surcharge émotionnelle.
    Incompréhension du partenaire Difficulté fréquente dans les relations asymétriques émotionnellement.
    Aimer sans armure, c’est accepter de ne pas tout comprendre.

    Émotions traversées

    Illustration des émotions traversées dans Sans Armure — hypersensibilité, fascination, désir, frustration, vulnérabilité et introspection — Maëva Paul

    Les émotions traversées — hypersensibilité et vulnérabilité

    Ce roman court nous plonge dans une palette d’émotions intenses : fascination, désir, frustration, vulnérabilité et introspection. La lecture devient un miroir émotionnel — chaque silence, chaque geste, chaque pensée non dite résonne en nous.

    Pourquoi ce livre est essentiel Dans un monde saturé de communications superficielles, Sans Armure rappelle l’importance de la vulnérabilité. Aimer, ressentir et se confronter à ses émotions sans masque est un acte courageux et nécessaire.
    Ses limites Le récit est court et parfois très suggestif. Certains pourront ressentir un manque d’approfondissement des personnages secondaires, et une fin ouverte qui laisse place à l’interprétation. Cette brièveté renforce cependant l’intensité émotionnelle.
    Public visé Ce livre s’adresse à ceux qui apprécient les textes courts et introspectifs, aux lecteurs sensibles à la psychologie des personnages et aux émotions brutes.

    Mon expérience personnelle

    Lire Sans Armure a été comme se tenir face à un miroir émotionnel. J’ai reconnu en Yannick cette part de moi qui veut réconforter et qui ferait tout pour une personne, et en Brune cette fragilité que j’essaie parfois de protéger et cette émotivité incontrôlable.

    Ce texte m’a touchée parce qu’il ne cherche pas à rassurer,
    mais à faire ressentir.
    Il se concentre sur les émotions et comment nous les gérons.

    Ce texte m’a fait réfléchir à mes propres relations et à ma façon de laisser l’autre entrer dans mon monde. Il ne cherche pas à rassurer, mais à faire ressentir — il est bref, va droit au but, et n’utilise pas de mots inutiles.

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    Écrire sans armure

    Imaginez une rencontre, un moment intense, ou une émotion fragile.
    Écrivez sans filtre sur cette émotion, sans protection,
    comme si vous vous dévoiliez à un autre.

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    • Vice-Versa — Analyse psychologique des émotions | Maëva Paul

      Vice-Versa — Quand les émotions prennent enfin la parole | Maëva Paul
      Affiche officielle du film Vice-Versa de Pixar 2015 — analyse psychologique des émotions Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût

      Revue de film

      Vice-Versa

      Quand les émotions prennent enfin la parole

      Réalisateurs Pete Docter & Ronnie del Carmen
      Année 2015
      Genre Animation, drame psychologique
      Studio Pixar Animation Studios
      Durée 95 minutes

      Quand nos émotions prennent enfin la parole

      Vice-Versa n’est pas seulement un film d’animation. C’est une plongée douce, sensible et étonnamment juste dans le chaos intérieur qui nous habite tous, enfants comme adultes.

      À travers l’histoire de Riley, une enfant confrontée à un déménagement brutal, le film donne du sens à ce que l’on peine souvent à nommer : le bouleversement émotionnel, la perte de repères, et cette impression étrange de ne plus savoir qui l’on est lorsque tout change.

      Ce film touche juste parce qu’il ne cherche pas à lisser la douleur. Grandir, ce n’est pas devenir heureux en permanence — c’est apprendre à composer avec des émotions parfois contradictoires, inconfortables mais nécessaires.

      À qui s’adresse ce film ?

      Enfants

      Un vocabulaire émotionnel précieux. Pour nommer ce qu’on ressent, comprendre que toutes les émotions sont légitimes — même celles qui dérangent.

      Adolescents

      Le film résonne comme un miroir : perte de repères, confusion intérieure, bouleversements émotionnels. Il met en images ce chaos souvent vécu en silence.

      Adultes

      Une lecture plus profonde : celle de l’identité, des blessures enfouies, et de la manière dont on a appris — parfois trop tôt — à étouffer certaines émotions.

      Personnes sensibles

      Particulièrement touchant pour celles et ceux traversant une période de fragilité. Il invite à regarder la tristesse autrement, avec douceur et sans jugement.

      Les émotions comme personnages

      Dans Vice-Versa, les émotions ne sont pas de simples réactions internes : elles deviennent des personnages à part entière, dotés d’une voix, d’un rôle et d’une fonction précise.

      Joie cherche à préserver l’équilibre, Peur anticipe les dangers, Colère protège les limites, Dégoût repousse ce qui pourrait nuire. Et Tristesse — longtemps incomprise — accompagne la perte et le besoin de réconfort.

      Le film met en lumière un déséquilibre fréquent : la valorisation excessive de la joie, au détriment des émotions dites « négatives ». Cette vision conduit à une rigidité émotionnelle et une rupture intérieure.

      La trajectoire de Tristesse est centrale. D’abord perçue comme inutile, elle s’impose progressivement comme une émotion fondatrice — celle qui permet la connexion à l’autre, l’expression de la vulnérabilité.

      Psychologiquement, le film illustre avec justesse les principes de la régulation émotionnelle : ce n’est pas l’absence d’émotions difficiles qui garantit la santé mentale, mais leur reconnaissance et leur intégration.

      Les émotions — Galerie

      Joie — personnage de l'émotion positive du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Joie

      Fiche psychologique de l'émotion Joie dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Tristesse — personnage de l'émotion fondatrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Tristesse

      Fiche psychologique de l'émotion Tristesse dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Colère — personnage de l'émotion protectrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Colère

      Fiche psychologique de l'émotion Colère dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Peur — personnage de l'émotion protectrice du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Peur

      Fiche psychologique de l'émotion Peur dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Dégoût — personnage de l'émotion répulsive du film Vice-Versa de Pixar 2015

      Dégoût

      Fiche psychologique de l'émotion Dégoût dans Vice-Versa — analyse par Maëva Paul

      Fiche émotion

      Thèmes psychologiques transversaux

      Apprentissage émotionnel

      La maturité émotionnelle ne consiste pas à supprimer certaines émotions, mais à les laisser coexister et dialoguer.

      Perte & changement

      Le déménagement agit comme une métaphore du deuil — perte d’un lieu familier, d’une identité partielle, d’un sentiment de sécurité.

      Identité en construction

      Les « îlots de personnalité » montrent que l’identité n’est jamais fixe. Elle se construit et se transforme continuellement.

      Schéma illustrant les trois mécanismes psychologiques du film Vice-Versa de Pixar — apprentissage émotionnel, perte et changement, identité en construction — et leur coexistence dans le développement émotionnel de Riley

      Les trois mécanismes psychologiques principaux et leur coexistence dans le développement émotionnel de Riley

      Limites & regards critiques

      À garder en tête

      Le modèle émotionnel de Vice-Versa reste volontairement simplifié — cinq émotions seulement. Des émotions complexes comme la honte, la culpabilité ou la jalousie ne sont pas explorées. Le film adopte une perspective pédagogique et narrative, non clinique.

      Cette simplification constitue aussi une force : elle rend accessible ce qui est habituellement invisible, notamment pour les enfants. Elle permet de visualiser et d’identifier les émotions sans les rendre effrayantes ou incompréhensibles.

      Pourquoi ce film est essentiel aujourd’hui

      Dans notre société qui valorise la performance et la positivité constante, Vice-Versa rappelle une vérité fondamentale : ressentir n’est pas un problème à corriger, mais un langage à écouter.

      Il offre un outil précieux pour parler des émotions — avec soi-même, avec les enfants, ou avec les autres. En montrant que la tristesse, la peur ou la colère ont toutes un rôle, il invite à une compréhension empathique de notre monde intérieur.

      Vice-Versa n’apprend pas à « aller mieux ».
      Il apprend à être avec ce qui est là.

      Et parfois, c’est déjà immense.

      Exercice poétique

      Écouter tes émotions

      Ferme un instant les yeux et respire profondément.
      Repense à une émotion qui t’a traversé·e récemment.
      Laisse-la se déposer sur la page comme une pluie légère ou un souffle de vent.
      Écris quelques lignes pour la nommer, la sentir, et raconter ce qu’elle te révèle sur toi-même.
      Ne cherche pas la perfection : laisse tes mots danser, hésiter, se mêler à ton ressenti.





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        Pour prolonger le chemin

        Ressources

        Voir ou revoir Vice-Versa

        Disney+ — Streaming officiel Apple TV — VOD Amazon Prime Video — VOD

        Comprendre les émotions

        Cairn.info — Psychologie & sciences humaines Psychologies.com — Santé mentale Psycom.org — Ressources fiables
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      • « Sales connes » : l’insulte qu’on brandit quand une femme dérange | Maëva Paul

        « Sales connes » : l’insulte qu’on brandit quand une femme dérange | Maëva Paul

        Texte — Écriture · Féminisme

        Décembre 2025 — Maëva Paul

        « Sales connes »

        L’insulte qu’on brandit quand une femme dérange

        On entend partout « sales connes » en ce moment. Comme si c’était devenu le nouveau cri de guerre de ceux qui n’ont jamais su faire face à une femme qui ne baisse pas les yeux.

        On dit que c’est une insulte.
        Moi j’y vois un aveu.

        Parce qu’on ne traite pas une femme de sale conne quand elle se tait, quand elle s’excuse, quand elle se plie. Non. On la traite de sale conne quand elle dit non. Quand elle dit stop. Quand elle ose dire ce qu’elle pense sans demander la permission.

        On appelle « sales connes » celles qui refusent d’être décoratives, celles qui cessent de sauver les autres, celles qui ne jouent plus le rôle de la femme acceptable, douce, contrôlée, rassurante.

        Mais ça, on ne le dit jamais. On préfère faire croire que ce sont elles le problème. Qu’elles exagèrent. Qu’elles sont trop sensibles, trop bruyantes, trop vivantes. Toujours trop quelque chose pour quelqu’un qui, lui, n’est jamais assez.

        Le mot « conne » sort quand une femme met en lumière une lâcheté qu’on voulait cacher.
        Le mot « sale » sort quand sa liberté dérange ceux qui vivent encore dans leurs cages.

        Alors oui, l’expression tourne, s’enflamme, éclabousse tout. Mais chaque fois qu’elle est prononcée, elle révèle surtout une chose : la peur viscérale de voir une femme cesser d’être commode.

        Si être une sale conne, c’est refuser de s’excuser d’exister, si c’est choisir la lucidité plutôt que le silence, si c’est déplaire pour rester fidèle à soi-même, alors que ceux qui insultent s’habituent : on n’a pas fini de les déranger.

        Fragments visuels

        10 images pour dire ce qu’on n’ose pas toujours formuler.