Texte — Écriture · Féminisme
Décembre 2025 — Maëva Paul
« Sales connes »
L’insulte qu’on brandit quand une femme dérange
On entend partout « sales connes » en ce moment. Comme si c’était devenu le nouveau cri de guerre de ceux qui n’ont jamais su faire face à une femme qui ne baisse pas les yeux.
Moi j’y vois un aveu.
Parce qu’on ne traite pas une femme de sale conne quand elle se tait, quand elle s’excuse, quand elle se plie. Non. On la traite de sale conne quand elle dit non. Quand elle dit stop. Quand elle ose dire ce qu’elle pense sans demander la permission.
On appelle « sales connes » celles qui refusent d’être décoratives, celles qui cessent de sauver les autres, celles qui ne jouent plus le rôle de la femme acceptable, douce, contrôlée, rassurante.
Mais ça, on ne le dit jamais. On préfère faire croire que ce sont elles le problème. Qu’elles exagèrent. Qu’elles sont trop sensibles, trop bruyantes, trop vivantes. Toujours trop quelque chose pour quelqu’un qui, lui, n’est jamais assez.
Le mot « sale » sort quand sa liberté dérange ceux qui vivent encore dans leurs cages.
Alors oui, l’expression tourne, s’enflamme, éclabousse tout. Mais chaque fois qu’elle est prononcée, elle révèle surtout une chose : la peur viscérale de voir une femme cesser d’être commode.
Si être une sale conne, c’est refuser de s’excuser d’exister, si c’est choisir la lucidité plutôt que le silence, si c’est déplaire pour rester fidèle à soi-même, alors que ceux qui insultent s’habituent : on n’a pas fini de les déranger.
Fragments visuels
10 images pour dire ce qu’on n’ose pas toujours formuler.