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  • Un an de plus, et pourtant — Atelier d’écriture Juillet 2026

    Atelier d’écriture

    Juillet 2026

    Un an de plus, et pourtant

    Il y a des anniversaires qu’on n’a pas très envie de fêter.

    Pas parce qu’on n’aime pas les gâteaux ou les bougies. Parce que souffler dessus suppose qu’on ait quelque chose à célébrer, et que certaines années, vivre a déjà pris toute l’énergie disponible.

    On te demande de faire un vœu, de sourire pour la photo, de dire merci pour les mots gentils. Et en dessous, il y a ce tiraillement : le rituel de la fête d’un côté, le poids qu’on porte de l’autre. Un vœu qu’on n’ose pas formuler, ou qu’on ne sait plus formuler.

    Cet atelier, c’est un espace pour ce tiraillement-là. Pas pour gâcher la fête de personne. Juste pour dire, une fois, ce que ça fait vraiment de vieillir d’un an quand la vie vous a malmené·e.

    Écrivez sur cette année. Sur ce qui a tenu bon malgré tout — s’il y a un fil, aussi ténu soit-il, qui vous a gardé·e ici une année de plus. Pas de règles, pas de longueur imposée. Juste ce qui est vrai.

    Pour commencer

    Les consignes d’écriture

    01

    Installez-vous

    Un endroit où vous ne serez pas dérangé·e. Pas besoin d’un jour d’anniversaire pour écrire ce texte — juste du temps pour vous.

    02

    Le point de départ

    Commencez par : « Cette année, j’ai eu un an de plus, et pourtant… » — laissez venir sans censure.

    03

    Explorez

    Qu’est-ce que vous avez porté cette année ? Qu’est-ce qui vous a coûté de fêter, ou de faire semblant de vouloir fêter ? Et malgré tout, qu’est-ce qui vous a gardé·e là ? Ne minimisez rien.

    04

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    • The Basketball Diaries : psychologie de l’addiction et de la descente aux enfers

      The Basketball Diaries — Maëva Paul

      Cinéma · Psychologie · Revue

      Quand on se perd pour de vrai :
      The Basketball Diaries

      Un film qui ne raconte pas la drogue. Il raconte ce qui précède la drogue, ce qui l’alimente, et ce qu’on cherche à faire taire quand on se détruit.

      FilmThe Basketball Diaries
      RéalisateurScott Kalvert
      Année1995
      AvecLeonardo DiCaprio · Mark Wahlberg · Lorraine Bracco
      Basé surLe journal autobiographique de Jim Carroll (1978)
      ThèmesAddiction · Identité · Écriture · Attachement · Honte

      Il y a des films qu’on reçoit comme un coup de poing en plein sternum. Pas parce qu’ils sont violents — même si celui-là l’est. Mais parce qu’ils mettent des images sur quelque chose qu’on croyait n’appartenir qu’à soi : cette façon qu’a l’être humain de s’effondrer doucement, puis tout d’un coup.

      Je l’ai vu plusieurs fois. Et à chaque fois, il y a un moment précis où quelque chose se brise en moi. Pas la même scène à chaque visionnage. Parfois c’est le regard de Jim vers sa mère à travers la vitre. Parfois c’est l’écriture. Parfois c’est simplement le fait qu’il ait été beau, plein de promesses, et que ça n’ait servi à rien.

      Ce film me fait pleurer à chaque fois. Pas d’une larme polie. D’un chagrin un peu ancien, un peu personnel, qu’on ne sait pas toujours nommer.

      Ce que le film raconte — et ce qu’il tait à dessein

      On pourrait résumer l’histoire simplement : Jim Carroll, adolescent prodige du basketball dans les rues de New York, glisse vers l’héroïne et la prostitution avant de trouver une sortie par l’écriture. Ce serait exact. Ce serait aussi passer à côté de l’essentiel.

      Car ce que Scott Kalvert filme, ce n’est pas une histoire de drogue. C’est une histoire d’identité fracturée. Jim n’est pas un garçon qui fait de mauvais choix. C’est un garçon qui n’a pas les ressources pour faire face à ce que la vie lui impose — la perte, la violence du monde adulte, la solitude affective — et qui trouve dans le produit une façon provisoire de ne plus ressentir ce qui déborde.

      « Je voulais juste que tout s’arrête. Pas moi. Juste ce que je ressentais. »

      Jim Carroll, The Basketball Diaries

      Cette nuance est fondamentale. Elle distingue les récits de rédemption moralisateurs d’un film qui prend le parti de comprendre avant de juger.

      Leonardo DiCaprio : le garçon d’avant

      Il faut parler de DiCaprio. On ne peut pas ne pas en parler. À 19 ans, il livre quelque chose qui dépasse la notion de performance. Il n’y a pas de technique visible, pas de démonstration d’acteur. Il y a juste un corps qui se transforme, des yeux qui se vident par strates, une voix qui change de texture si progressivement qu’on ne sait pas exactement quand ça a commencé.

      Mais ce qui est réellement troublant chez lui dans ce film — ce n’est pas la déchéance. C’est l’avant.

      La façon dont il joue le garçon d’avant : le talent inné, l’avenir prometteur, cette lumière dans les yeux de quelqu’un qui ne sait pas encore ce qui l’attend. Ces scènes-là font déjà mal quand on connaît la suite. Elles font mal d’une façon particulière — parce qu’on sait, nous, spectateurs, ce que Jim ne sait pas encore. Et parce que cette lumière-là, on la reconnaît. On se reconnaît dedans.

      Ce que DiCaprio joue avec une justesse rare, c’est que la douleur était déjà là. Elle n’arrive pas avec la drogue. Elle précède. Elle attend. Elle cherchait juste quelque chose qui l’apaise — et elle a trouvé. Le produit n’est pas la cause : il est la réponse à une question que Jim portait depuis longtemps sans savoir la formuler.

      Ce qui me trouble le plus dans ce film, c’est de me reconnaître si bien dans ce garçon d’avant. L’avenir prometteur, le talent qui semble évident, et en dessous — cette chose qui attend. Ces scènes du début me font pleurer autant que les scènes du fond, peut-être même davantage. Parce qu’elles montrent ce qu’on avait avant de commencer à se perdre. Et que cette version-là de soi, on ne sait pas toujours si on peut y revenir.

      Concept psychologique : l’effondrement progressif du Moi

      En psychologie clinique, on distingue l’effondrement aigu (crise visible, rupture brutale) de l’effondrement progressif — une érosion lente de l’estime de soi, des ressources, du sens. Jim Carroll illustre le second. Sa descente n’est pas spectaculaire au départ. Elle est discrète, presque douce. C’est ce que DiCaprio joue avec une justesse rare : le moment où quelqu’un commence à se perdre sans le savoir encore.

      La scène de la porte

      Je suis incapable de voir ce passage sans pleurer. Je l’ai vu plusieurs fois. Ça ne change pas. Jim derrière la porte vitrée, le visage contre le verre, qui supplie sa mère de le laisser entrer. Ce qu’il dit vient du fond. D’un endroit en dessous des mots, en dessous de la honte, en dessous de tout — quelqu’un qui ne voit plus la surface et qui tend quand même la main vers elle.

      Ce qui me brise dans cette scène, c’est que j’aurais pu en arriver là. Pas de la même façon. Pas avec les mêmes mots. Mais cette demande d’aide qui sort de quelqu’un qui ne sait plus comment remonter — ça, je connais ce que ça fait de l’intérieur. Et le voir mis en images avec cette précision-là est douloureux d’une façon qu’on ne choisit pas.

      DiCaprio ne joue pas un toxicomane.
      Il joue un enfant qui ne sait plus comment rentrer chez lui.

      Les relations : ce qu’on donne, ce qu’on perd, ce qu’on détruit

      La mère : l’amour comme frontière impossible

      La relation de Jim avec sa mère est l’une des plus douloureuses du film — précisément parce qu’elle n’est pas manichéenne. Sa mère l’aime. Profondément. Mais elle ne sait pas comment aimer un fils qui se détruit. Et dans cet écart entre l’amour ressenti et l’amour exprimé, Jim se retrouve seul avec le poids de sa propre perte.

      Ce mécanisme est typique des familles confrontées à l’addiction : l’épuisement émotionnel du proche finit par ressembler à du rejet. Ce n’en est pas. Mais pour l’enfant qui reçoit la porte fermée, la distinction n’existe pas.

      Mickey, Pedro, les autres : le groupe comme substitut affectif

      Les amis de Jim ne sont pas des mauvaises influences au sens populaire du terme. Ce sont d’autres adolescents en manque de structure, de repères, d’adultes fiables. Ils forment ensemble un groupe d’appartenance — ce que la psychologie sociale appelle une identité groupale de substitution — qui remplace progressivement les liens familiaux défaillants.

      Concept : addiction et appartenance

      Les recherches de Bruce Alexander sur le « rat park » ont montré que l’isolement social est un facteur de vulnérabilité majeur. Ce n’est pas le produit qui crée l’addiction : c’est le vide que le produit vient combler. Pour Jim, la drogue arrive au moment précis où les liens d’attachement se fragilisent. Elle ne remplace pas seulement la douleur — elle remplace le lien.

      Le journal : écrire pour survivre, ou survivre pour écrire

      Il y a un fil conducteur dans ce film qu’on ne remarque pas toujours au premier visionnage : le journal. Jim écrit. Depuis le début, depuis l’adolescence lumineuse, avant la chute. Il écrit dans les vestiaires, dans les marges, dans les moments volés. Et pendant la descente, il écrit encore — de façon plus erratique, plus urgente, presque désordonnée. Mais il écrit.

      C’est ce journal qui deviendra le livre, qui deviendra le film. Et cette boucle-là n’est pas anecdotique. Elle dit quelque chose de fondamental sur le rapport entre écriture et survie psychique.

      J’écris tout le temps. Partout. Des trucs désordonnés, dans les moments volés, dans les moments urgents. Des pages qui pourraient ressembler à ce que découvrent les parents d’un enfant qui vient de disparaître — un journal qu’ils ne savaient pas qu’il tenait.

      Pendant ma propre descente, il n’y avait qu’en écrivant que je me sentais exister. Pas pour être lue. Pas pour être comprise. Juste pour poser quelque chose sur une page et prouver que j’étais encore là. Ce journal, je veux qu’il devienne un livre. Et peut-être, un jour, un film. Parce que Jim Carroll m’a appris que ce qu’on écrit dans le noir peut finir par faire de la lumière pour quelqu’un d’autre.

      Le journal de Jim fonctionne comme un espace d’identité préservée. Même quand il n’est plus tout à fait lui-même, les mots gardent quelque chose — une continuité du « je » que la réalité extérieure ne lui offre plus. C’est peut-être la raison pour laquelle il survivra, là où d’autres ne survivent pas : il a continué de se raconter.

      Concept : l’écriture comme régulation émotionnelle

      James Pennebaker, psychologue américain, a conduit des recherches extensives sur les effets thérapeutiques de l’écriture expressive. Mettre des mots sur une expérience difficile permet de réorganiser cognitivement l’événement, de réduire la charge émotionnelle, et de créer une distance nécessaire entre le vécu brut et la narration qu’on en fait. Pour Jim Carroll, l’écriture n’est pas un hobby — c’est le seul espace où il existe à ses propres yeux. C’est aussi pourquoi il survivra.

      La mécanique de la descente aux enfers

      Ce qui me fascine — et m’affecte — dans la structure narrative de ce film, c’est la façon dont il représente l’addiction non pas comme une décision, mais comme un glissement. Il n’y a pas de moment où Jim choisit de devenir héroïnomane. Il y a une succession de petits pas, chacun logique dans le contexte de ce qui précède, qui mènent quelque part d’irréversible.

      C’est exactement comme ça que fonctionne la plupart des processus d’autodestruction : non pas une chute verticale, mais une pente douce qu’on ne reconnaît pas comme une pente. On normalise. On adapte. On minimise. Et quand on lève la tête, le sol d’avant est loin au-dessus.

      Concept : mécanismes de défense et dissonance cognitive

      Face à un comportement problématique, le psychisme mobilise des mécanismes de défense — rationalisation, minimisation, déni — qui permettent de maintenir une image cohérente de soi malgré des comportements qui la contredisent. Jim continue de se voir comme un basketteur, un écrivain, un garçon ordinaire — longtemps après que la réalité a divergé. Ce décalage est douloureux à observer. Il est aussi profondément humain. On ne se voit jamais tomber en temps réel.

      On ne se voit jamais tomber en temps réel. On sent la chute. Mais on ne l’aperçoit vraiment qu’une fois passée — quand on regarde en bas et qu’on réalise qu’on était là. Jim me montre moi au plus bas. Et cette reconnaissance-là, elle fait mal d’une façon particulière.

      Note personnelle

      Ce que le film réussit — et ce qu’il frôle sans franchir

      Ce qui touche juste

      La performance de DiCaprio — brute, sans filet

      L’absence de jugement moral : comprendre sans excuser

      La place donnée à l’écriture comme fil de survie

      La douleur déjà présente avant la drogue — rarement filmée aussi honnêtement

      La texture de New York en 1995 — sale, vivante, sans nostalgie

      Ce qui peut déranger

      Certaines scènes de violence frôlent le spectaculaire

      La résolution finale est rapide — presque trop propre

      Les personnages féminins restent en périphérie du récit

      L’axe prostitution aurait mérité plus de profondeur

      ★★★★☆
      Un film imparfait et inoubliable. L’un des portraits les plus honnêtes jamais filmés de ce que c’est que de se perdre — et de chercher, malgré tout, un chemin pour rentrer.

      Et toi ?

      Y a-t-il un film, un livre, un personnage dont la descente t’a touché·e non pas parce qu’elle était spectaculaire, mais parce qu’elle te rappelait quelque chose que tu connaissais déjà — de l’intérieur ?

      Addiction Identité Psychologie Leonardo DiCaprio Écriture thérapeutique Attachement Cinéma 1995