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  • Beyond the Streets à La Villette : chronique en 13 poèmes

    Beyond the Streets, ou la rue qui a grandi | mae(va) PAUL
    Carnet d’expo · Grande Halle de la Villette, Paris · Août 2026

    Beyond the Streets, ou la rue qui a grandi.

    Je suis entré·e dans une halle du XIXe siècle et j’en suis ressorti·e une heure plus tard, l’envie d’acheter des bombes aérosol et l’envie d’écrire quelques poèmes. Beyond the Streets ne raconte pas le graffiti depuis un mur poli, elle le raconte depuis l’intérieur. Voici treize étapes de ce parcours, chacune avec l’œuvre, le poème qu’elle m’a inspiré, et ce que j’en garde.

    Entrée de la Grande Halle de la Villette, affiche Beyond the Streets, file d'attente, août 2026
    I

    Entrée — Grande Halle de la Villette, août 2026 file sous la verrière métallique, affiche Beyond the Streets, hydrant rouge planté au milieu des pavés.

    La file avançait lentement sous les arches de fer. Je n’aime pas particulièrement la foule, mais il y avait quelque chose de presque doux à être un corps parmi d’autres, sans qu’on ne me demande rien. Personne ne me regardait. Tout le monde regardait l’affiche. J’ai eu le temps de me souvenir que j’avais oublié à quoi ça ressemble, d’être entouré sans être seul·e pour autant.

    Digression
    Beyond the Streets est arrivée à Paris après Los Angeles, New York, Shanghai et Londres — plus de 650 000 visiteurs cumulés sur ses précédentes étapes. Conçue par Roger Gastman, historien du graffiti qui a aussi commissarié Art in the Streets au MOCA et coproduit Exit Through the Gift Shop, l’édition parisienne déploie plus de cent artistes sur 3 600 m² de la Grande Halle, jusqu’à fin août 2026.
    Reconstitution d'un salon de poker vintage, Mister Kave Touch Luck Social Club, Beyond the Streets
    II

    Reconstitution — « social club », Beyond the Streets vitrine sur un salon clandestin figé dans les années 90, cordon de velours à l’entrée.

    Ce n’est pas un tableau accroché, c’est une pièce entière rebâtie derrière une vitrine, comme si on avait arraché un salon clandestin de quelque part et qu’on l’avait posé là, intact. On ne regarde pas l’œuvre depuis l’extérieur, on regarde une vie qui continuerait sans nous si le cordon n’était pas là. L’exposition entière fonctionne comme ça : moins une galerie qu’une suite de pièces qu’on traverse, où quelqu’un semble juste être sorti chercher des cigarettes.

    Wagon de métro STAY HIGH 149 reconstitué au-dessus d'un disquaire vintage, Beyond the Streets
    III

    Wagon reconstitué — STAY HIGH 149, Beyond the Streets rame new-yorkaise repeinte, disquaire vinyles vintage installé juste en dessous.

    STAY HIGH 149 est un des noms fondateurs du tag new-yorkais des années 1970, de la même génération que TAKI 183 — les deux visibles sur ce même mur. Le pseudonyme dit tout : rester haut, rester défoncé, les deux lectures existent en même temps et c’est probablement voulu. J’ai pensé, en lisant ça sur un wagon repeint dans une halle parisienne, que l’emprise n’a pas vraiment de date de péremption. Elle change juste de forme.

    Digression
    C’est dans le métro new-yorkais des années 1970-1980 que le graffiti devient un mouvement au sens propre : les rames entières, repeintes de bout en bout, circulaient dans toute la ville comme des toiles mobiles impossibles à ignorer. TAKI 183, souvent cité comme le déclencheur médiatique du phénomène après un article du New York Times en 1971, et STAY HIGH 149 comptent parmi les signatures les plus reconnaissables de cette époque.
    Mur couvert de centaines de photographies et stickers de street art, Beyond the Streets
    IV

    Mur d’archives — clichés et stickers collés, Beyond the Streets des centaines de photographies, portraits volés, autocollants superposés sans hiérarchie.

    Aucune œuvre isolée ici, juste une accumulation qui devient elle-même le sujet. Un mur qui absorbe tout ce qu’on lui a collé dessus pendant des décennies et qui, à force, se met à ressembler à une mémoire plutôt qu’à une décoration. On dit souvent que les murs parlent — celui-là écoute aussi, visiblement, depuis longtemps.

    Mur entier de wagons de métro tagués, vue en enfilade, Beyond the Streets
    V

    Mur de wagons — MTA, Beyond the Streets rangées de rames couvertes de graffiti du sol au plafond, la halle entière semble filer.

    Debout devant ce mur, l’alignement des rames donne le vertige comme si la halle entière s’était mise à rouler. Le train comme fuite, comme évasion, mais aussi comme accélération qu’on ne contrôle plus vraiment — j’ai écrit ce poème en une minute, debout, sans réfléchir. Parfois c’est le seul moyen de savoir ce qu’on porte.

    Toile monumentale, scène urbaine dystopique et foule en clash, Beyond the Streets
    VI

    Toile monumentale — section contemporaine, Beyond the Streets ciel rouge, ville en ruine, foule en pleine confrontation, format grand mur.

    Une toile qui frôle le chaos : ciel en feu, visages déformés par le cri. Rien n’y est joli, tout y est net, comme un instantané qu’on aurait préféré ne pas prendre. Ce qui m’a retenu·e, ce n’est pas la scène en elle-même, c’est ce qu’elle dit sans le dire : qu’on peut se battre contre un ennemi invisible, et en garder quand même les cicatrices.

    Mur de manuscrits encadrés, pages de carnet raturées, Beyond the Streets
    VII

    Manuscrits encadrés — carnets et brouillons, Beyond the Streets pages jaunies, ratures, écriture avant qu’elle devienne œuvre exposée.

    C’est la seule salle où je me suis arrêté·e plus longtemps que prévu. Pas pour les œuvres finies — pour les brouillons. Voir des ratures encadrées, des mots barrés puis repris, ça m’a rappelé que le travail, le mien y compris, n’a jamais rien eu d’un geste propre. On noircit des pages avant de savoir pourquoi. On comprend après, si on a de la chance.

    Installation immersive sous lumière noire, piano jouet repeint, couleurs fluorescentes, Beyond the Streets
    VIII

    Chambre UV — installation immersive, Beyond the Streets un piano-jouet repeint fluo, capharnaüm de couleurs qui n’existe que sous lumière noire.

    Une pièce entière repeinte pour n’exister que sous UV — sans la lumière noire, ce ne serait qu’un tas d’objets cassés. J’ai trouvé ça juste, comme métaphore involontaire : certaines choses en nous ont besoin d’un éclairage très particulier pour devenir visibles, sinon elles ressemblent juste à du désordre.

    Mur de disques peints en forme de visages expressifs et grimaçants, Beyond the Streets
    IX

    Mur de disques peints — visages, Beyond the Streets une vingtaine de faces rondes, grimaçantes, suspendues comme des masques.

    Une vingtaine de visages accrochés côte à côte, chacun figé dans une émotion différente — colère, peur, jubilation, dégoût, parfois les quatre en même temps sur le même disque. Ça fait un mur qui ressemble à une salle d’attente. On y reconnaît quelque chose sans toujours savoir quoi exactement, et c’est peut-être le principe.

    Photographie noir et blanc, homme aux poings tatoués FUCK YOU, planche contact Kodak, Beyond the Streets
    X

    Planche-contact Kodak 400TX — portrait, Beyond the Streets lunettes noires, poings tatoués, grillage en fond, tirage argentique encadré.

    Avant les téléphones, on documentait le graffiti à l’argentique, planche-contact par planche-contact, parce que l’œuvre elle-même allait disparaître — effacée, repeinte, arrachée. Ce portrait a cette dureté volontaire, la posture de celui qui n’a besoin de rien ni personne. Mais la dureté volontaire, j’ai fini par apprendre, c’est souvent juste une manière de ne pas pleurer devant témoin.

    Installation circulaire de centaines de bombes de peinture aérosol vintage empilées, Beyond the Streets
    XI

    Installation circulaire — bombes aérosol vintage, Beyond the Streets des centaines de cannettes empilées en spirale, toutes marques, toutes décennies confondues.

    Depuis les années 1970, la bombe aérosol est l’outil de base du graffiti — accessible, rapide, illégale par nature. Ici, des centaines de cannettes vides forment une spirale qui donne le vertige. Un objet aussi banal qu’une bombe de peinture reste, sous pression, capable de tout faire sauter. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une image de ce qu’on porte parfois sans le montrer : contenu, sous pression, stable jusqu’au jour où on ne l’est plus.

    Sérigraphie style OBEY, portrait fumant une pipe, tee-shirt Legalize It, Beyond the Streets
    XII

    Sérigraphie sur toile — « Legalize It », Beyond the Streets portrait au pochoir, fumée qui s’élève, esthétique affiche militante.

    Le street art n’a jamais été qu’une question de style — il porte, depuis toujours, des revendications. Celle-ci est simple, presque naïve dans sa formulation, et c’est ce qui la rend efficace : quatre mots suffisent parfois pour dire tout ce qu’on ne dit jamais à voix haute ailleurs.

    Digression
    L’esthétique au pochoir, contrastes tranchés et propagande détournée, doit beaucoup à Shepard Fairey et à son studio OBEY Giant, né d’un simple autocollant distribué à la fin des années 1980. Cette grammaire visuelle — portrait, slogan, une poignée de couleurs — a essaimé bien au-delà du street art, jusque dans la communication politique et publicitaire.
    Sérigraphie grand format, silhouette au sol entourée de bottes de policiers, mention Exhibit A, Beyond the Streets
    XIII

    Sérigraphie grand format — « Exhibit A », Beyond the Streets une silhouette au sol, entourée de bottes, cartel évoquant des violences policières lors d’une manifestation contre les violences policières.

    C’est la dernière salle que j’ai traversée, et celle qui m’a arrêté·e le plus longtemps. Le mot OBEY imprimé sur un bonnet, une bouche en sang, des bottes tout autour — pas d’ambiguïté possible sur ce que ça raconte. Sous verre ou pas, le street art n’a rien perdu de sa fonction première : montrer ce que la rue elle-même préfère ne pas voir.


    Beyond the Streets — Grande Halle de la Villette, août 2026 · mae

    Je suis reparti·e sans avoir vraiment de conclusion, ce qui est probablement la bonne réaction face à cinquante ans de graffiti condensés dans une seule halle. Un wagon repeint, une chambre UV, une spirale de bombes de peinture, et treize poèmes que je n’avais pas prévu d’écrire en marchant. La rue n’a jamais vraiment quitté le mur — elle a juste changé d’adresse, et parfois de cadre.

    street artgraffitiécriturepoésieexposition
  • Le Bateau ivre — Rimbaud, ou la dérive comme méthode

    Le Bateau ivre — Rimbaud, ou la dérive comme méthode
    Revue de recueil

    Le Bateau ivre
    Rimbaud, ou la dérive comme méthode

    Une relecture, dix ans après avoir acheté ce livre sans le comprendre — dans la maison de Charleville, un jour où j’avais treize ou quatorze ans.
    « Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai. »

    J’avais treize, peut-être quatorze ans, le jour où j’ai visité la maison de Rimbaud à Charleville-Mézières. Je ne me souviens plus exactement de ce qui m’a poussée à acheter ce recueil dans la boutique du musée — mais je me souviens très bien de ce mot, « poète maudit », qui traînait sur les panneaux, dans les commentaires, et qui m’a happée immédiatement. J’étais déjà en souffrance à cette époque, sans avoir les mots pour la nommer, et ce mot-là, « maudit », disait quelque chose que je cherchais sans le savoir. Je voulais comprendre ce qu’un poète de son temps avait pu écrire d’assez fort pour mériter une telle étiquette. Je voulais lire pour le comprendre lui, et peut-être, en creux, me comprendre moi. Voir si je pouvais m’y reconnaître.

    Je crois que j’ai cru, en achetant ce livre, que j’allais pouvoir respirer en le lisant. J’étais déjà une grande lectrice, et il y avait quelque chose de rassurant à se reconnaître dans un garçon d’une autre époque, prisonnier d’une mère jamais satisfaite, qui allait se réfugier dans les latrines quand sa présence à elle devenait trop lourde à porter. Ce vers-là, dans Les Poètes de sept ans — « Il pensait là, tranquille et livrant ses narines » — je ne savais pas encore, à treize ans, que je le comprendrais un jour de l’intérieur. Rimbaud était un rêveur enfermé, et l’enfermement pousse à rêver de liberté avec une force que ceux qui n’ont jamais été enfermés ne connaissent pas. Quoi de plus vaste, de plus libre, que la mer, quand on grandit à l’intérieur des terres, dans une chambre qu’on voudrait fuir ? On invente des histoires, on invente des océans qu’on n’a jamais vus, pour sortir de ce qu’on ressent comme une prison.

    Et cette fuite qui n’aboutit qu’à la fatigue et au manque — ça, ça me parle profondément. J’ai longtemps rêvé de fuir la maison qui m’enfermait. Mais on le sait, quand on erre trop longtemps : on finit fatigué, on manque d’amour, on a le mal de mer, et on se surprend à rêver d’un endroit qu’on pourrait simplement appeler chez soi. C’est exactement ce que dit Le Bateau ivre dans son dernier mouvement, et c’est peut-être pour ça que ce poème ne m’a jamais quittée, même rangé sur une étagère pendant des années sans être relu.

    · · ·
    Automne 1871 — Charleville

    Un adolescent qui n’a jamais vu la mer

    Rimbaud a dix-sept ans quand il écrit Le Bateau ivre, à l’automne 1871. Il n’a jamais vu l’océan — Charleville est une ville de terres intérieures, loin de toute côte — et pourtant il en invente une géographie hallucinée, d’une précision presque documentaire. C’est un texte de fugue écrit avant la fugue elle-même : il l’a composé encore chez sa mère, dans cette maison qu’il va bientôt quitter pour de bon.

    Le poème sert de viatique. Rimbaud l’apporte à Paris, où il espère se faire introduire auprès de Verlaine — via une lettre à Paul Demeny, puis grâce à l’entremise de Charles Bretagne. Ce n’est pas un texte de salon qu’il présente : c’est une déflagration. Verlaine le lira à voix haute chez les Vilains Bonshommes, et l’adolescent débarque à Paris auréolé de ces cent vers qu’il a écrits sans avoir jamais quitté les Ardennes.

    Le poème

    Ce que raconte le texte, vers après vers

    Le texte est un monologue : un bateau qui parle à la première personne, qui raconte comment il a perdu ses haleurs — ces hommes qui, depuis la berge, tiraient les péniches à la corde — et comment, sans eux, il a dérivé, livré aux fleuves puis à la mer libre.

    « Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs… »

    Les Peaux-Rouges les ont cloués nus aux poteaux de couleurs — première image de violence, dès le deuxième vers. Puis vient l’ivresse elle-même, cette longue traversée d’images qui s’enchaînent sans respirer : les péninsules démarrées, les tempêtes bénies, les phosphores chanteurs, les rousseurs amères de l’amour, les archipels sidéraux. Rimbaud invente une langue pour dire ce qu’il n’a jamais vu — et c’est précisément ce vertige entre l’expérience inventée et l’expérience vécue qui fait la force hallucinatoire du texte.

    Puis, après cette accumulation presque insoutenable de beauté et d’horreur mêlées — « j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir » — le poème s’épuise. Le bateau est fatigué de cette liberté sans limites, fatigué des « vieilles murailles » qu’il ne rencontre plus, fatigué de porter seul toute cette immensité.

    « Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai. »

    Cent vers de vertige cosmique, et le poème se referme sur l’humilité totale d’un enfant et de son bateau de papier dans une flaque d’eau. La liberté absolue, une fois épuisée, ne désire plus que la taille d’une enfance. C’est un vertige qui se retourne contre lui-même : la fuite comme désir, mais une fuite qui sait, depuis le premier vers, qu’elle n’aboutira qu’à la fatigue et au manque d’un port qu’on ne trouvera peut-être jamais.

    1871 — Les Poètes de sept ans

    L’enfance comme prison documentée

    Ce poème mérite qu’on s’y arrête longtemps, parce qu’il est sans doute le texte le plus autobiographique du recueil, et celui qui éclaire le plus frontalement d’où vient la rage du Bateau ivre. Rimbaud y décrit un enfant — lui-même, à peine déguisé — sous le regard d’une mère qui ferme « le livre du devoir » et s’en va « satisfaite et très fière, sans voir » ce qui se joue vraiment dans les yeux bleus de son fils. Le texte est d’une cruauté clinique envers cette mère aveugle à « l’âme de son enfant livrée aux répugnances ».

    L’enfant, lui, « suait d’obéissance » tout le jour, mais se réfugiait, l’été, « dans la fraîcheur des latrines » — seul endroit de la maison où il pouvait enfin penser tranquille, loin du regard maternel. Rimbaud y décrit aussi cette petite fille des ouvriers d’à côté, cette violence enfantine à peine voilée, et surtout ces romans que le gamin de sept ans écrivait déjà « sur la vie du grand désert, où luit la Liberté ravie ». Le désert, la savane, les rivages — déjà, à sept ans, l’enfant rêvait d’ailleurs pour échapper à une maison trop étroite. C’est le même geste que le bateau ivre fera dix ans plus tard, à plus grande échelle : inventer une géographie pour fuir une chambre.

    Étudié au collège

    Le Dormeur du val — la chute qu’on n’attend pas

    Je me souviens de l’avoir étudié au collège, et de ce silence qui tombe sur une salle de classe quand le professeur fait lire le dernier vers à voix haute. Le sonnet décrit d’abord un paysage presque édénique — « un trou de verdure où chante une rivière » — puis un soldat, jeune, « bouche ouverte, tête nue », endormi dans l’herbe, « souriant comme / Sourirait un enfant malade ». Tout le poème installe une tendresse, une douceur presque maternelle de la nature qui « berce » ce garçon.

    Et puis, en un seul vers final, tout bascule :

    « Il a deux trous rouges au côté droit. »

    Ce n’est pas un sommeil. C’est une mort, et Rimbaud ne la nomme jamais autrement que par cette litote insoutenable. La beauté du paysage, la douceur du sommeil apparent, tout devient rétrospectivement une torture pour le lecteur qui comprend, trop tard, ce qu’il regardait. Écrit à dix-sept ans, en pleine guerre franco-prussienne, ce texte porte une colère contre la guerre d’autant plus efficace qu’elle ne crie jamais — elle laisse la chute faire le travail.

    Mai 1871 — la Commune, la Semaine sanglante

    Les Corbeaux, L’Orgie parisienne, Chant de guerre parisien

    Il faut absolument replacer Le Bateau ivre dans son contexte historique pour comprendre d’où vient cette envie de tout fuir. 1870-1871 : la guerre franco-prussienne, la chute de l’Empire, puis la Commune de Paris et sa répression sanglante en mai 1871 — la Semaine sanglante. Rimbaud a dix-sept ans et il voit tout ça depuis Charleville, ou lors de ses fugues à Paris.

    Les Corbeaux est une prière inversée, presque blasphématoire : Rimbaud demande au « Seigneur » de faire s’abattre « des grands cieux / Les chers corbeaux délicieux » sur les champs de bataille, pour que ces oiseaux funèbres rappellent aux vivants le devoir de mémoire envers « les morts d’avant-hier ». C’est un texte qui refuse l’oubli confortable.

    L’Orgie parisienne ou Paris se repeuple et Chant de guerre parisien sont plus rageurs encore, écrits à chaud en mai 1871, dans la fureur de la répression versaillaise. Rimbaud y devient presque pamphlétaire : « Ô lâches, la voilà ! Dégorgez dans les gares ! » Le ton est scandé, oral, on sent la voix qui monte, la colère contre les puissants qui écrasent Paris insurgé. Les Mains de Jeanne-Marie prolonge cette veine, en célébrant les mains calleuses d’une communarde — « plus fatales que des machines, / Plus fortes que tout un cheval ! » — contre les mains blanches et parfumées des bourgeoises.

    C’est important de le lire avant Le Bateau ivre : le grand poème de la dérive maritime n’est pas né dans le vide contemplatif. Il est né quelques mois après que Rimbaud a vu Paris exsangue, après avoir lui-même hurlé des vers d’une violence politique frontale. La fuite rêvée du bateau porte en elle le dégoût très concret d’un pays qui vient de s’entretuer.

    1871 — le corps sans pitié

    Accroupissements, Les Assis

    À côté de cette rage politique, il y a une autre veine, presque clinique, qui regarde les corps sans aucune complaisance. Accroupissements décrit « le frère Milotus », un moine obèse et repoussant, avec un dégoût physiologique poussé jusqu’à l’écœurement volontaire. Les Assis fait pareil avec des employés de bureau vieillis sur leurs chaises, « genoux aux dents, verts pianistes », dont « le sinciput plaqué de hargnosités vagues » évoque « les floraisons lépreuses des vieux murs ». C’est une poésie qui refuse toute joliesse, qui regarde la laideur du monde bourgeois avec une précision presque vengeresse — le contraire exact de la beauté hallucinée du Bateau ivre, et pourtant écrit à la même période, par le même adolescent.

    1871-1872 — la langue qui s’invente

    Voyelles, Les Chercheuses de poux

    Voyelles est sans doute le texte le plus expérimental du recueil : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles. » Rimbaud associe à chaque lettre une couleur, puis des images de plus en plus denses — « A, noir corset velu des mouches éclatantes », « E, candeurs des vapeurs et des tentes ». C’est une poésie synesthésique, qui invente une correspondance entre le son, la couleur et la sensation, et qui annonce déjà les recherches formelles des Illuminations.

    Les Chercheuses de poux est plus tendre, presque sensuel dans sa douceur : deux sœurs qui épouillent un enfant fiévreux, avec « de frêles doigts aux ongles argentins ». C’est un des rares moments du recueil où la tendresse n’est traversée par aucune ironie, aucune violence — un pur souvenir de repos, peut-être le seul du livre.

    Mai 1872 — l’après

    Fêtes de la patience — la fatigue

    Écrits en 1872, ces quatre poèmes (Bannières de mai, Chanson de la plus haute tour, L’Éternité, Âge d’or) marquent un tournant. Le Rimbaud fougueux de 1871 laisse place à un Rimbaud fatigué :

    « Oisive jeunesse
    À tout asservie,
    Par délicatesse
    J’ai perdu ma vie. »

    Cette phrase-là résonne particulièrement fort : perdre sa vie non pas par accident, mais « par délicatesse » — par excès de sensibilité, presque. L’Éternité referme le cycle en écho direct au Bateau ivre :

    « Elle est retrouvée.
    Quoi ? — L’Éternité.
    C’est la mer allée
    Avec le soleil. »

    La même mer, mais apaisée cette fois, débarrassée de toute tempête — comme si, après avoir tout dit, il ne restait plus qu’à se taire.

    · · ·
    Ce qui reste

    Rimbaud a dix-sept ans et il contient déjà tout : la rage politique, le dégoût du corps, la tendresse rare, l’expérimentation formelle la plus radicale, et cette fatigue précoce qui annonce l’arrêt brutal de l’écriture quelques années plus tard. On ne devrait pas perdre sa vie après si peu d’années — que ce soit au sens propre, comme le soldat du Dormeur du val, ou au sens de cette fougue qui s’éteint trop tôt, comme celle de Rimbaud lui-même. Ce n’est pas juste. Mais ça arrive, et une fois que c’est arrivé, on ne peut plus rien y changer — on ne peut que le lire, et s’y reconnaître, et continuer.

    — Mae
  • Entre mots et couleurs — vernissage, poésie & peinture à Paris

    Événement · Art · Psychologie créative

    Entre mots et couleurs

    Vernissage de Stefano Piano & Edoardo Bertin — Talk Arty, Paris

    Mai 2026 · Maëva Paul

    Poète Stefano Piano
    Peintre Edoardo Bertin
    Lieu Talk Arty · Bvd Beaumarchais, Paris
    Langues Italien · Français · Anglais
    Format Poésie & Peinture
    Thèmes Mémoire · Espace · Langage · Dialogue

    Les livres n’avaient pas de mots.

    Je ne savais pas encore ce que je venais chercher ce soir-là, boulevard Beaumarchais, au Talk Arty. Un vernissage, oui. De la peinture, de la poésie. Mais cette phrase, lue debout devant un poster blanc accroché à un mur de crépi, m’a prise au dépourvu. Pas parce qu’elle était belle. Parce qu’elle disait quelque chose que je reconnaissais sans pouvoir le nommer — quelque chose sur lequel je ne m’étais jamais vraiment attardée. Peut-être parce que c’est effrayant, une pièce qui ne respire pas.

    Un dialogue entre deux langages

    Le Talk Arty, boulevard Beaumarchais, est l’un de ces espaces parisiens qui hésite entre le café et la galerie — terrazzo au sol, crépi brut aux murs, lumière naturelle qui tombe des fenêtres haussmanniennes. Un endroit fait pour que les œuvres respirent sans s’imposer.

    Ce soir-là, il accueillait Entre mots et couleurs — une exposition née de la rencontre entre Stefano Piano, poète italien, et Edoardo Bertin, peintre. L’idée est simple dans sa forme, ambitieuse dans ce qu’elle suppose : que la peinture et la poésie ne s’illustrent pas mutuellement, mais qu’elles se répondent. Qu’elles parlent la même langue sans jamais dire tout à fait la même chose.

    Les poèmes de Stefano Piano sont écrits en trois colonnes — italien, français, anglais — posés sur des feuilles blanches format affiche, accrochés directement au mur ou posés sur des rebords. Pas de cadre. Pas de mise à distance. Le texte est là, comme une présence. En face, à côté, parfois derrière : les toiles d’Edoardo Bertin. Abstraites, denses, vibrantes. Des rouges qui brûlent, des bleus qui débordent, des formes qui semblent chercher leur propre nom.

    Ce que j’ai compris en entrant, c’est que l’exposition ne proposait pas une lecture. Elle proposait une traversée.

    Vue de l'exposition Entre mots et couleurs — Stefano Piano & Edoardo Bertin, Talk Arty, Paris
    Entre mots et couleurs — Talk Arty, Paris · Mai 2026

    La chambre qui ne respire pas

    Il y a un poème, dans cette exposition, qui s’appelle Ha la stanza solo un letto — la chambre n’a qu’un lit. Un lit une place, vieux. Un comodino. Des murs tachés d’humide. Des rideaux jaunes à plis qui évoquent ceux des chambres d’hôpital ou des pensions de famille où personne ne choisit vraiment de séjourner. Et puis cette phrase, posée là simplement, sans crier : les livres n’avaient pas de mots.

    « Les livres n’avaient pas de mots. »
    — Stefano Piano, Ha la stanza solo un letto

    Je me suis arrêtée là plus longtemps que partout ailleurs. Pas pour analyser. Plutôt parce que quelque chose dans ce poème ressemblait à une sensation que je connais mais que je n’avais jamais su nommer — celle d’être dans un espace où l’air ne circule plus vraiment. Pas forcément un espace physique. Parfois un état. Un moment de la vie où même les mots, les tiens ou ceux des autres, semblent avoir perdu leur densité.

    Il y a quelque chose de clinique dans cette chambre — pas au sens froid du terme, mais au sens d’une nudité nécessaire. Quand on retire tout le superflu, quand il ne reste qu’un lit et un comodino entre des murs qui suintent, ce qui reste c’est l’essentiel. Et l’essentiel, parfois, est insupportable à regarder en face.

    En marge du poème

    Stefano Piano écrit en trois langues simultanément — l’italien, le français, l’anglais. Non pas comme traduction, mais comme trois voix du même silence. Lire les trois colonnes en même temps, c’est faire l’expérience de ce que le langage ne peut pas entièrement contenir : quelque chose résiste toujours à la formulation exacte, glisse d’une langue à l’autre, cherche.

    Ce que Stefano Piano fait avec les mots, Edoardo Bertin le fait avec la couleur. Ses toiles ne représentent rien de reconnaissable — et pourtant on y reconnaît quelque chose. Une énergie. Une tension entre la saturation et le vide. Debout devant le grand rouge-orange aux formes bleu ciel, j’ai pensé à ce que ça fait d’avoir beaucoup de choses à dire et de ne pas trouver par où commencer. La toile crie sans faire de bruit.

    C’est peut-être ça, le dialogue entre leurs deux langages : Stefano dit ce qui manque, Edoardo peint ce qui déborde. Et quelque part entre les deux, il y a nous — les visiteurs, les lecteurs, les regardeurs — avec nos propres chambres qui ne respirent pas.

    Poème Ha la stanza solo un letto de Stefano Piano — exposition Entre mots et couleurs, Talk Arty, Paris
    Ha la stanza solo un letto — Stefano Piano · Talk Arty, Paris · Mai 2026

    Et vous ?

    Dans un coin de la salle, une petite table en bois. Dessus : deux boîtes en carton kraft, fendues d’une ouverture sur le dessus comme des urnes. L’une s’appelle MOTS. L’autre, COULEURS. Des crayons dans un verre. Des petits livrets crème posés à plat — Lo spazio incantoccato, l’espace enchanté — qu’on peut feuilleter ou emporter.

    L’invitation est écrite sur un grand poster derrière la table : Le dialogue continue à travers vous. Ce que vous choisissez de déposer ici deviendra la matière première d’un atelier de création le 27 juin, où artistes et public créeront ensemble pour faire vivre le dialogue au-delà de l’exposition.

    J’ai trouvé ce geste beau dans sa générosité et un peu vertigineux dans ce qu’il implique. Une exposition qui ne se referme pas sur elle-même. Qui dit explicitement : ce n’est pas fini quand vous partez. Ce que vous avez ressenti ici ne vous appartient pas seulement — ça peut devenir quelque chose de plus grand.

    L’exposition n’est pas une fin — c’est un point de départ, une invitation à entrer dans un dialogue que seule la rencontre avec chaque personne peut transformer.

    Il y a aussi ce panneau, posé au sol contre un mur, qui ne contient que deux mots en très grand : Et vous ? Suivi, en dessous, en italique : And you? Et puis : Le dialogue continue à travers vous. Trois langues encore. Trois façons de poser la même question, celle qui ne se résout pas, celle qui reste ouverte comme une porte.

    Je n’ai rien déposé dans les boîtes ce soir-là. Pas parce que je n’avais rien à dire — plutôt parce que je n’étais pas encore sûre de ce que j’avais reçu. Certaines choses ont besoin d’un peu de temps avant de trouver leur forme. C’est peut-être aussi ce que disent les poèmes de Stefano Piano : que l’absence de mots n’est pas forcément un manque. Parfois, c’est juste ce qui précède.

    Table participative de l'exposition Entre mots et couleurs — boîtes MOTS et COULEURS, Talk Arty, Paris
    Le dialogue continue à travers vous — Talk Arty, Paris · Mai 2026

    Ce qui reste

    Je suis repartie boulevard Beaumarchais avec cette phrase qui tournait encore. Les livres n’avaient pas de mots. Non pas comme une tristesse, mais comme un constat étrangement libérateur — l’idée qu’il y a des moments où le silence n’est pas un échec du langage. Où l’absence de mots est en soi une forme d’honnêteté.

    Ce que Stefano Piano et Edoardo Bertin ont construit ensemble, c’est un espace pour ça. Un espace où l’on peut entrer avec ses propres chambres qui ne respirent pas, ses propres livres muets, et les voir nommés — pas résolus, juste nommés. Il y a quelque chose de profondément thérapeutique dans ce geste-là, même si ce n’est pas son intention première.

    La psychologie nous dit que la verbalisation est une étape essentielle dans la régulation émotionnelle — que mettre des mots sur ce qu’on traverse aide à le traverser vraiment. Mais peut-être qu’avant les mots, il y a les images. Avant les images, les sensations. Et avant les sensations, il y a des expositions comme celle-là, qui créent les conditions pour que quelque chose remonte.

    Je n’ai toujours pas déposé quelque chose dans les boîtes. Mais j’écris cet article. C’est peut-être ça, ma réponse au Et vous ?

    Ta réponse

    Et toi — est-ce qu’il t’arrive d’être dans une pièce où l’air ne circule plus ? Qu’est-ce qui, pour toi, rouvre la fenêtre ?

      art poésie peinture vernissage psychologie créative émotions langage paris introspection
    • Une balade sans sens — Villevaude, avril 2025 | mae(va) PAUL

      Carnet de balade  ·  Villevaude  ·  Avril 2025

      Une balade
      sans sens.

      Je suis parti·e marcher sans destination dans un village ordinaire. Ce que j'ai trouvé : une machine à baguettes, une traction avant noire, et la confirmation que je suis beau·belle à la fois, et que c'est suffisant.

      Distributeur maBaguette devant une école, Villevaude, avril 2025
      I

      Baguette fraîche dans une machine,
      Ou est donc le sens ?
      Je marche dans le village,
      Au bout de 3 pas je ne comprends
      déjà pas ce que je vois.

      Villevaude — avril 2026 distributeur maBaguette. baguettes fraîches, 24h/24.

      Il y a quelque chose d'absurde dans un distributeur automatique de baguettes artisanales. Comme si on avait voulu réconcilier deux mondes qui n'ont rien à faire ensemble : le geste du boulanger et la logique du DAB. Villevaude n'a pas de boulangerie. Elle a une machine. C'est peut-être ça, la modernité rurale.

      Je me suis arrêté·e devant quelques secondes. Pas pour acheter. Pour comprendre. J'ai pas compris.

      Digression

      En France, plus de 400 communes rurales ont perdu leur dernière boulangerie depuis 2010. La baguette automatique n'est pas une absurdité — c'est une réponse. Ce qui est absurde, c'est la question à laquelle elle répond.

      Selfie dans un miroir rayé, veste camel, lunettes aviateur — Villevaude avril 2026
      II

      Je me suis fait beau gosse,
      Et oui maman pas belle gosse,
      Désolé si ça ne vous convient pas,
      Mais je suis beau et belle à la fois.

      Avant de sortir — seul miroir du mobil-home veste camel, lunettes aviateur, trois colliers. beau·belle à la fois.

      Avant de partir, je me suis regardé·e dans le miroir rayé de mon logement. Veste camel oversize, lunettes de soleil, colliers superposés. Ce jour-là j'ai vu quelqu'un, pas une silhouette floue entre deux cases, quelqu'un. Beau gosse. Pas belle gosse. Les deux. Le miroir était rayé mais l'image était nette.

      Ce n'est pas une crise identitaire, c'est juste mardi. Je sors promener ce corps-là, tel qu'il est, dans un village qui a une machine à baguettes à la place d'une boulangerie. Le monde est incohérent, autant l'être aussi.

      Digression

      Il y a quelque chose de particulier à se photographier dans un miroir abîmé. Les rayures ne cachent pas — elles ajoutent. Une texture sur la texture. Le reflet devient une interprétation plutôt qu'une copie. Peut-être que c'est pour ça que ce format persiste : le miroir abîmé dit la vérité mieux que le miroir parfait.

      Traction avant noire au rond-point de Villevaude, avril 2026
      III

      Une voiture originelle d'un petit village,
      Parfois j'aimerais comme les bandits,
      Voler une voiture et en faire
      mon appartement.

      Rond-point — Villevaude, avril 2026 traction avant Citroën. elle roule encore, bien, sans s'excuser.

      Une traction avant noire traversait le rond-point. Sobre, massive, anachronique. Le genre de voiture qui appartient à une autre époque et qui pourtant roule encore, tranquillement, sans s'excuser d'exister dans un monde qui ne la comprend plus.

      J'ai pensé à vivre dedans. Pas par romantisme du banditisme — plutôt par attrait pour l'idée d'un espace à soi, suffisant, mobile. Quelque chose qui dit : je n'ai besoin de rien de plus que ça. Quatre murs qui bougent. Appeler ça chez soi.

      Panneau Police Municipale sur vieux mur de pierre, pub KFC en arrière-plan — Villevaude avril 2026
      IV

      Toujours la police à côté de chez moi,
      Je crois que la vie se joue de moi.
      Mais j'passe en fumant alors que moi je ne sens pas,
      L'odeur que je répands ni leur présence.

      Rue de la Tour — Villevaude, avril 2026 mur médiéval, panneau institutionnel, KFC. trois époques sur un même angle.

      Rue de la Tour. Police Municipale, flèche vers la droite. Derrière : un vieux mur de pierre qui a vu passer des siècles, et une pub KFC qui n'a pas encore eu le temps de jaunir. Le mélange de temporalités est tellement violent que ça en devient presque une installation.

      Je suis passé·e. Ni l'odeur ni leur présence — rien ne m'a rattrapé·e. C'est ça aussi, passer entre les mailles sans même essayer : certains corps se rendent invisibles sans le vouloir, et d'autres n'y arrivent jamais.

      Digression

      L'invisibilité n'est pas un superpouvoir, c'est une loterie. Elle dépend de comment tu es lu·e, de ce que tu portes, de l'heure, de l'endroit. Ce jour-là j'ai eu de la chance. Ce n'est pas toujours le cas.

      Vue du dessus — jean brodé de fleurs, chaussures brodées multicolores sur gravier — Villevaude avril 2026
      V

      Des fleurs et une jolie tenue,
      Mi fille mi garçon,
      Un collier bleu un collier rose
      et un collier de mon amoureuse.
      Comme ça pas de jaloux même si
      notre chaîne est plus forte que tout.

      Quelque part sur le gravier — Villevaude, avril 2026 jean brodé, chaussures fleuries. mi fille mi garçon, tout à fait moi.

      Vue du dessus : un jean brodé de fleurs jaunes et roses, des chaussures qui continuent dans la même veine. L'identité par l'accumulation de détails : pas une déclaration, juste ce que j'avais envie de mettre ce matin-là.

      Quatre colliers superposés. Celui de mon amoureuse a été fait avec des couleurs non genrées, parce qu'elle sait. Elle me laisse être moi sans poser de questions, et ça, c'est rare. Le deuxième et le troisième forment une paire : un rose et un bleu. Et le dernier c'est un lien au sens propre. Une chaîne qui tient mieux que n'importe quoi d'autre.

      Pas de jaloux. Pas d'explication non plus — juste quatre objets qui savent ce qu'ils représentent, portés ensemble, sur un gravier de village ordinaire.

      Villevaude — avril 2026  ·  mae

      Je suis rentré·e chez moi sans réponse. Une machine à baguettes, une vieille traction noire, un panneau de police devant un KFC, et mes propres pieds sur du gravier. C'était suffisant. Les meilleures balades sont celles qui ne mènent nulle part — on revient avec des vers, et la confirmation que le monde est incohérent. Mais qu'on peut l'être aussi, et que c'est très bien comme ça.

    • CPU — Centre des Plaintes de l’Univers — Revue du livre de Maxime Baul | Maëva Paul

      CPU — Centre des Plaintes de l'Univers — Revue du livre de Maxime Baul | Maëva Paul

      Santé mentale — Revue de livre

      Novembre 2025 — Maëva Paul

      CPU — Centre des Plaintes de l'Univers

      Maxime Baul — un livre tendre, simple et profondément humain

      Auteur Maxime Baul
      Genre BD · Poésie · Prose courte
      Pages 120–160 pages
      Format Lecture fragmentée
      Thèmes Santé mentale · Charge émotionnelle · Catharsis
      Public Toute personne épuisée, hypersensible, qui rumine

      Concept & Esprit

      Couverture du livre CPU Centre des Plaintes de l'Univers de Maxime Baul — BD poétique sur la santé mentale et la charge émotionnelle

      CPU — Centre des Plaintes de l'Univers — Maxime Baul

      CPU part d'une idée simple et lumineuse : et si un lieu existait où l'on pouvait déposer ses plaintes, ses douleurs, ses petites fatigues du quotidien… sans qu'on nous dise de relativiser ?

      Le livre adopte un ton enfantin mais jamais infantilisant — des dessins doux, des personnages ronds, presque naïfs, qui tranchent avec la profondeur des sujets abordés. Maxime Baul y propose une vision tendre et dédramatisante de nos fardeaux émotionnels.

      Simplicité volontaire Des solutions minuscules mais accessibles — rien n'est dramatisé, tout est humain.
      Accueil inconditionnel Chaque plainte a le droit d'exister — aucun jugement, aucune hiérarchie de la souffrance.
      Douceur radicale On ne minimise pas, on écoute — la vulnérabilité est une force, pas une faiblesse.
      Vision poétique Ce que l'on n'arrive pas à dire, on peut parfois le dessiner. Le livre crée un espace où l'on respire enfin.
      Ce n'est pas la grandeur d'une peine qui décide
      si elle mérite d'être déposée.

      Le lieu imaginaire

      Le lecteur découvre un lieu imaginaire — le Centre des Plaintes Universelles — une sorte de refuge émotionnel où chacun peut entrer pour déposer ce qui pèse : une peur, une angoisse, une petite peine, un grand chagrin ou même une lassitude sans nom.

      Chaque "plainte" déposée devient un petit objet dont les agents du centre s'occupent avec attention : on les trie, on les écoute, on les range, on les apaise.

      Au fil des pages, Maxime Baul montre que se plaindre n'est pas un caprice mais une manière de survivre, que des gestes simples peuvent alléger une émotion lourde, et que la vulnérabilité nous relie plus qu'elle ne nous isole.

      Les plaintes évoquées

      Illustration du syndrome du sauveur — mains tendues sans lien réel représentant l'épuisement émotionnel — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Le syndrome du sauveur

      Se sacrifier pour autrui pour combler un vide intérieur ou se sentir utile. Vouloir être indispensable, négliger ses propres limites, chercher à réparer ce qui ne dépend pas de soi.

      Qu'est-ce que je cherche vraiment ? Qu'est-ce que j'évite en me donnant aux autres ?

      Illustration du poids de la différence — silhouettes colorées dans un groupe neutre — singularité et isolement — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Le poids de la différence

      Être différent peut générer isolement et incompréhension. Baul montre la solitude mais aussi la force qui découle de l'acceptation de soi.

      Comment transformer cette différence en force — accepter que la singularité soit un atout plutôt qu'une faiblesse ?

      Illustration du conformisme social — deux chemins un sombre un clair, une personne hésitant — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Le conformisme social

      Pression pour se conformer aux normes sociales, souvent au détriment de l'authenticité. La fatigue de jouer un rôle pour éviter le jugement.

      Quelles parts de moi sont façonnées par les autres et lesquelles sont authentiques ?

      Illustration de la dépendance affective — deux silhouettes connectées par une corde fragile — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      La dépendance affective

      Besoin excessif d'amour ou d'approbation. Le livre montre les conséquences destructrices et propose la prise de conscience comme clé de libération.

      Suis-je capable de trouver de la sécurité en moi-même, ou ai-je besoin d'être validé·e en permanence ?

      Illustration du perfectionnisme — montagne avec un sommet inatteignable — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Le perfectionnisme

      Exigence excessive envers soi-même, peur de l'échec. Baul montre la fatigue et la culpabilité générées par cette quête de perfection.

      Quelles attentes sont vraiment nécessaires, quelles sont auto-imposées et source de souffrance ?

      Illustration de l'amour de soi — cœur stylisé intégré dans un corps humain minimaliste — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      L'amour de soi

      Accepter ses forces et faiblesses, se reconnaître comme digne d'amour. Baul insiste sur l'importance de l'amour de soi pour pouvoir aimer les autres pleinement.

      Comment puis-je être plus bienveillant·e envers moi-même chaque jour ?

      Illustration du rapport à la vérité — miroir fissuré reflétant un visage — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Le rapport à la vérité

      Confrontation avec ses illusions et dénis. Baul montre que la lucidité est souvent inconfortable mais nécessaire pour progresser.

      Quelles vérités ai-je évitées et comment puis-je les accueillir pour avancer ?

      Illustration du rapport au corps — mains touchant le corps avec conscience — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Le rapport au corps

      Le corps est un miroir des émotions et un outil pour expérimenter la réalité. Le livre encourage à écouter ses sensations et ses limites.

      Suis-je pleinement à l'écoute de mon corps et de ses messages ?

      Illustration d'assumer son pouvoir — main ouverte laissant sortir une lumière ou une énergie — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      Assumer son pouvoir

      Reconnaître ses capacités et son influence personnelle. Nier son pouvoir conduit à la frustration, tandis que l'assumer ouvre à la confiance.

      Est-ce que je prends ma place dans le monde et agis avec conscience de mes capacités ?

      Illustration de l'abandon à la foi — silhouette assise face à un ciel étoilé, mains ouvertes — CPU Maxime Baul — Maëva Paul

      L'abandon à la foi

      Lâcher-prise et confiance dans le flux de la vie. Le livre montre que cette posture apaise et soutient la résilience.

      Quelles parties de ma vie ai-je besoin de contrôler, et où puis-je lâcher prise pour retrouver sérénité ?

      Mon reflet dans CPU

      En lisant ce livre, j'ai souvent senti mes propres blessures se refléter dans les mots de Maxime Baul. Je me reconnais dans ce désir de vouloir tout réparer autour de moi, dans cette fatigue silencieuse qui accompagne le syndrome du sauveur.

      Le poids de la différence, le conformisme social… chacun de ces thèmes résonne profondément. Je me surprends à identifier mes efforts pour être "acceptable" aux yeux du monde, et la fatigue de cette lutte constante.

      Lire CPU a été comme regarder un miroir fidèle mais doux :
      parfois inconfortable, parfois apaisant,
      mais toujours révélateur.

      Ce qui m'a le plus marquée, c'est cette simplicité dans l'écriture. Les mots ne cherchent pas à imposer des solutions, mais à créer un espace où je peux observer mes émotions avec bienveillance.

      Le livre vs la réalité

      CPU offre une vision poétique et accessible de nos mécanismes psychologiques. Mais la réalité est souvent plus complexe, nuancée et parfois moins lumineuse que ce que les mots du livre suggèrent.

      Thème Dans le livre Dans la réalité
      Syndrome du sauveur Apprendre à poser ses limites avec douceur. Facile de s'épuiser en voulant aider tout le monde.
      Poids de la différence Célébrer sa singularité. Isolement, jugement ou incompréhension possibles.
      Conformisme social Être authentique. Pression familiale, professionnelle ou sociale.
      Dépendance affective Trouver la sécurité intérieure. Besoin d'approbation et peur de la solitude.
      Perfectionnisme & amour de soi Accepter ses limites et être bienveillant envers soi. Auto-jugement et exigences extérieures constantes.
      Rapport à la vérité et au corps Observer ses illusions et écouter son corps. Reconnaître peurs, limites et contradictions par étapes.
      Assumer son pouvoir & lâcher prise Embrasser ses capacités et abandonner ce qui échappe. Équilibrer action consciente et acceptation du flux de vie.

      Appliquer les conseils de Maxime Baul, aussi simples qu'ils paraissent, nous met déjà sur le bon chemin — et montre qu'il est possible de s'améliorer sans s'enfouir dans des réflexions trop lourdes.

      → Découvrir CPU sur la Fnac
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    • Ce qu’on ne dit pas quand on va mieux — Maëva Paul

      Ce qu'on ne dit pas quand on va mieux — Maëva Paul

      Atelier d'écriture — Santé mentale

      Octobre 2025 — Maëva Paul

      Ce qu'on ne dit pas quand on va mieux

      Explorer l'après — ce qui reste quand la tempête se calme

      On parle souvent de la chute, rarement de ce qu'il y a après. On célèbre la remontée, les progrès, les sourires retrouvés. Mais on oublie bien trop souvent que la guérison n'est pas une ligne droite.

      Quand on va mieux, ce n'est pas forcément qu'on va bien.
      C'est souvent qu'on a appris à vivre avec la douleur,
      à la rendre plus silencieuse.
      Ce n'est pas une victoire définitive — c'est une forme de paix fragile.

      Et cette paix fragile, personne n'en parle vraiment. Parce qu'elle est difficile à expliquer, parce qu'elle ressemble à "aller bien" de l'extérieur, alors qu'à l'intérieur c'est encore bruyant.

      On peut aller mieux et...

      Se sentir vide. Le vide après la tempête est aussi une forme de souffrance — moins visible, mais tout aussi réelle.
      Continuer à avoir peur de rechuter. L'ombre de l'avant ne disparaît pas du jour au lendemain.
      Ne plus se reconnaître. La guérison transforme. Ce n'est pas toujours confortable.
      Être épuisé d'avoir dû se battre aussi longtemps. La fatigue après la lutte est légitime.
      Avoir encore besoin d'aide. Ce n'est pas un échec — c'est de la lucidité.

      Sur la guérison

      La guérison n'est pas un état permanent, mais un processus fluctuant. Les rechutes ne sont pas un retour à zéro — elles font partie du parcours.

      Le cerveau garde des traces de la détresse, même quand la vie semble plus douce. Cela peut se manifester par une hypersensibilité, une fatigue chronique ou un sentiment d'irréalité.

      "Aller mieux" peut signifier avoir trouvé des repères, une routine, des personnes qui apaisent. Pas être guéri — mais avoir appris à composer avec soi-même.

      Il y a ce moment étrange où tout s'apaise,
      et où, pourtant, on ne sait plus très bien quoi faire de cette accalmie.
      Parce qu'on s'était habitué au chaos, à l'urgence de survivre.

      C'est là que commence le vrai travail : apprendre à vivre sans la douleur comme moteur. Se reconstruire sans devoir lutter en permanence.

      Aller mieux, ce n'est pas redevenir comme avant. C'est devenir quelqu'un d'autre — plus lucide, plus fragile, mais peut-être aussi plus vrai.

      Et toi, qu'est-ce que tu ne dis pas ?

      Prends 5 minutes pour répondre à cette question :
      « Et toi, qu'est-ce que tu ne dis pas quand tu vas mieux ? »

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        Tu n'as pas à porter ça seul·e. Si tu ressens à nouveau le poids du vide, ou la peur de retomber, parler peut aider.

        3114

        Numéro national de prévention du suicide — 24h/24, 7j/7, gratuit et confidentiel.

        Suicide Écoute

        01 45 39 40 00 — Écoute anonyme et gratuite.

        SOS Amitié

        09 72 39 40 50 — Disponible tous les jours.

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      • Comportements hérités de nos parents — Atelier d’écriture | Maëva Paul

        Comportements hérités de nos parents — Atelier d'écriture | Maëva Paul

        Atelier d'écriture — Introspection

        Septembre 2025 — Maëva Paul

        Comportements hérités

        Ce qu'on a construit en réaction à ce qu'on a reçu

        On grandit en observant. En absorbant. En réagissant. Parfois sans le savoir, on développe des façons d'être qui sont des réponses directes à ce qu'on a vécu avec nos parents — leurs silences, leurs colères, leurs absences, leurs attentes.

        Ces comportements ne sont ni bons ni mauvais. Ils ont été des stratégies de survie, des façons de s'adapter, de se protéger, ou d'obtenir ce dont on avait besoin. Mais les reconnaître, c'est déjà commencer à choisir.

        On ne choisit pas ce qu'on reçoit en grandissant.
        Mais on peut apprendre à choisir ce qu'on en fait.

        Ce que j'ai appris à faire

        Quand maman s'énervait,

        J'en devenais incapable de parler.

        Les mots de mon côté s'envolaient,

        Mais les siens dans toutes les directions fusaient.

        Des insultes, des critiques, des opinions fermées.

        Tandis que moi j'essayais de ne pas pleurer,

        Elle ne cessait de s'énerver.

        J'ai appris à garder pour moi,

        À tout ranger à l'intérieur,

        Je ne voulais pas devenir cette personne qu'elle attendait que je sois.

        Mais je m'efforçais d'être un leurre.

        Pour combler ses désirs, la rendre fière.

        Mais cette fierté si elle a existé,

        Seuls les autres qui portaient des œillères,

        Ont pu avoir la chance d'y assister.

        Quelques comportements fréquents

        Le silence Apprendre à ne pas parler pour éviter le conflit. Ranger ses émotions plutôt que de les exprimer.
        Le leurre Jouer un rôle pour satisfaire l'autre. Être ce qu'on attend de soi, pas ce qu'on est vraiment.
        Le contrôle Tout maîtriser pour ne jamais être pris au dépourvu. Anticiper pour se protéger.
        La fuite S'échapper — dans les rêves, les livres, l'imaginaire. Créer un monde intérieur comme refuge.

        Ces comportements ont eu une fonction. Ils ont permis de tenir. Aujourd'hui, certains servent encore — d'autres pèsent. L'écriture peut aider à faire la différence.

        Et toi, qu'as-tu développé ?

        Quels comportements as-tu développé pour compenser ceux de tes parents ?

        Sans jugement, sans censure. Un mot, une phrase, un souvenir.
        Partage-le si tu le souhaites — anonymat possible, publication avec ton accord.





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        • L’anxiété — Comprendre et écrire ce qu’on ressent | Maëva Paul

          L'anxiété — Comprendre et écrire ce qu'on ressent | Maëva Paul

          Atelier d'écriture — Santé mentale

          Juillet 2024 — Maëva Paul

          L'anxiété

          Où se loge-t-elle dans votre corps ? Comment la nommer ?

          L'anxiété ne vit pas seulement dans la tête. Elle s'installe dans le corps — dans la gorge qui se serre, l'estomac qui se noue, la respiration qui s'oublie. Cet atelier est une invitation à explorer votre anxiété de l'intérieur, à lui donner une forme, une texture, une voix.

          Nommer ce qu'on ressent dans le corps,
          c'est déjà commencer à le traverser autrement.

          Répondez à chacune des 7 questions en 3 phrases. Vous obtiendrez ainsi 21 phrases liées à votre anxiété. Séparez-les en 3 morceaux en mélangeant les réponses — et écrivez 3 poèmes avec ces 21 phrases.

          7 questions sur votre corps

          01

          Dans quelle partie de votre corps votre anxiété se manifeste-t-elle en premier ?

          02

          Dans quelle(s) autre(s) zone(s) de votre corps votre anxiété se manifeste-t-elle aussi ?

          03

          Comment ressentez-vous votre gorge ?

          04

          Cela vous arrive-t-il de retenir votre respiration inutilement sans vous en rendre compte ? Quand ?

          05

          Dans quelle partie de votre corps ressentez-vous la fatigue après un épisode anxieux ?

          06

          Qu'est-ce que vous dit votre estomac ?

          07

          Qu'est-ce qui soulage votre corps quand vous ressentez de l'anxiété ?

          L'anxiété en mots

          Voici mes propres réponses transformées en 3 poèmes — pour vous montrer ce que cet exercice peut donner.

          Premier poème sur l'anxiété écrit par Maëva Paul — exercice d'écriture thérapeutique sur les sensations corporelles Deuxième poème sur l'anxiété écrit par Maëva Paul — exercice d'écriture thérapeutique sur les sensations corporelles Troisième poème sur l'anxiété écrit par Maëva Paul — exercice d'écriture thérapeutique sur les sensations corporelles

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          Répondez aux 7 questions en 3 phrases chacune.
          Mélangez, découpez, assemblez — et écrivez vos 3 poèmes.

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