Carnet de balade · Juin 2026
Zoo Art Show
carnet de visite
On prend l’ascenseur jusqu’au 5e. C’est là que ça commence.
Une salle noire, un néon blanc qui pendouille, des tags partout — sur les murs, les colonnes, le sol. Au fond, un throw en rose qui prend tout le mur. Au-dessus, en plus petit : « Home, fuck the system, rock the law. »
Je m’assieds. Je sors mon carnet.
— carnet, 5e étage
Juste après, dans une petite salle à part, une vidéo. 1UP — One United Power. Des gens qui grimpent, qui peignent, qui disparaissent. Je reste debout devant l’écran plus longtemps que prévu.
Je descends. Derrière un mur jaune estampillé ZOO ART SHOW, ça déborde déjà — « You’re fired », « Get a job », une cochonne rose qui tient un tirelire, une bulle de BD qui demande « What is this shit ? » Je souris et j’entre.
La salle d’après est saturée de couleurs. Des étoiles, des lettres qui s’entortillent, un personnage qui fume sur fond rouge et jaune. Sur son t-shirt, en petit : « Wildstyle. » Je garde le mot en tête.
Je continue. Je tombe sur une panthère noire posée sur un rebord, devant un mur rose et orange qui pulse. Je m’assieds par terre. Je pose le carnet sur mes genoux.
— carnet, salle panthère
On descend encore. Dans une grande salle, une œuvre s’étend sur tout un mur — une perspective qui s’enfonce, un couloir qui n’en finit pas. Et au fond, tout au fond, une bouteille.
Je m’en approche lentement. Plus je m’avance, plus je la vois. À un moment je réalise que je suis seul·e dans la salle, que je tiens la rembarde, et que je marche vers elle.
Je ressors dans le couloir. Une salle s’ouvre sur le côté — colorée, joyeuse, un œil géant peint sur le sol. Sur le mur en orange : « Be here now. »
Je lis la phrase. Je reste une seconde.
Plus loin, une salle détecte le mouvement pour s’allumer. J’entre. La lumière se fait. Je m’assieds.
— carnet, salle détection mouvement
Je descends mais j’ai encore la tête à l’étage d’avant. Les couleurs qui changent tout, le cœur qui se recolore avec le temps. Je m’arrête dans les escaliers, je note avant que ça parte.
— carnet, escaliers
Dans une grande salle, un montage de néons s’étire sur toute la longueur du mur. Je zoome. Je zoome encore. Jusqu’à ce que le cadre disparaisse et qu’il ne reste plus que ça — un entrepôt abandonné, une ligne de feu rouge qui fend le silence.
Quelques lignes écrites en avançant, entre deux salles, debout :
— carnet, en marchant
Je tombe sur une phrase peinte en grand sur le mur : « La réalité se plie à la perception. »
Autour, des regards. Des yeux peints partout qui regardent dans des directions différentes. Je m’arrête. Je sors le carnet.
— carnet, en réponse
Je finis la visite. Dans un couloir du 2e, un mur noir et blanc m’arrête net — des formes géométriques qui s’étirent, une composition abstraite, froide et précise.
Dans un coin, mon regard s’est arrêté sur ce qui ressemblait à des lettres. O.D. Peut-être. Ou peut-être pas.
On redescend. On sort.
Dehors, La Défense reprend ses droits — les tours, le béton, le ciel blanc. Mais quelque chose a changé de place à l’intérieur. Je ne saurais pas dire quoi exactement.
La phrase était toujours là, inachevée.
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