Carnet de balade · Juin 2026

Zoo Art Show

carnet de visite

On prend l’ascenseur jusqu’au 5e. C’est là que ça commence.

Une salle noire, un néon blanc qui pendouille, des tags partout — sur les murs, les colonnes, le sol. Au fond, un throw en rose qui prend tout le mur. Au-dessus, en plus petit : « Home, fuck the system, rock the law. »

Je m’assieds. Je sors mon carnet.

Home, fuck the system Go, go over them You’ve got a demon So come on… FUCK THE LAW No worries, we’ll make justice ourselves MAZE runner…

— carnet, 5e étage

Salle Vandal Squat — Zoo Art Show

Juste après, dans une petite salle à part, une vidéo. 1UP — One United Power. Des gens qui grimpent, qui peignent, qui disparaissent. Je reste debout devant l’écran plus longtemps que prévu.

Vidéo 1UP — Zoo Art Show
1UP (One United Power) est un collectif de graffeurs berlinois actif depuis les années 90, connu pour taguer des endroits inaccessibles — toits, tunnels, wagons de métro en mouvement.

Je descends. Derrière un mur jaune estampillé ZOO ART SHOW, ça déborde déjà — « You’re fired », « Get a job », une cochonne rose qui tient un tirelire, une bulle de BD qui demande « What is this shit ? » Je souris et j’entre.

Mur You're fired / Get a job — Zoo Art Show

La salle d’après est saturée de couleurs. Des étoiles, des lettres qui s’entortillent, un personnage qui fume sur fond rouge et jaune. Sur son t-shirt, en petit : « Wildstyle. » Je garde le mot en tête.

Salle colorée Wildstyle — Zoo Art Show
Le wildstyle est un style de graffiti apparu à New York dans les années 70, caractérisé par des lettres entrelacées, quasi illisibles. Une écriture qui se défend d’être lue.

Je continue. Je tombe sur une panthère noire posée sur un rebord, devant un mur rose et orange qui pulse. Je m’assieds par terre. Je pose le carnet sur mes genoux.

wild style that’s why sauvage, plein de rage, il garde tout son charme et fait même couler des larmes regard noir, il fait mal sans même le vouloir, âme perdue, ne retrouve plus sa rue.

— carnet, salle panthère

Carnet posé devant la panthère — Zoo Art Show

On descend encore. Dans une grande salle, une œuvre s’étend sur tout un mur — une perspective qui s’enfonce, un couloir qui n’en finit pas. Et au fond, tout au fond, une bouteille.

Je m’en approche lentement. Plus je m’avance, plus je la vois. À un moment je réalise que je suis seul·e dans la salle, que je tiens la rembarde, et que je marche vers elle.

De dos dans la salle — Zoo Art Show
Je n’en parle pas souvent. Mais l’alcool a pris beaucoup de place à certaines périodes. Ce jour-là, dans cette salle, je me suis retrouvé·e dedans sans l’avoir cherché.

Je ressors dans le couloir. Une salle s’ouvre sur le côté — colorée, joyeuse, un œil géant peint sur le sol. Sur le mur en orange : « Be here now. »

Je lis la phrase. Je reste une seconde.

Be Here Now — Zoo Art Show

Plus loin, une salle détecte le mouvement pour s’allumer. J’entre. La lumière se fait. Je m’assieds.

Dépression et toutes tes mauvaises relations, toutes tes mauvaises intentions, tu nous mets la pression. cœur noir meurtri, ici je gis, cœur décoloré en blanc, sa couleur revient avec le temps

— carnet, salle détection mouvement

Je descends mais j’ai encore la tête à l’étage d’avant. Les couleurs qui changent tout, le cœur qui se recolore avec le temps. Je m’arrête dans les escaliers, je note avant que ça parte.

changement de couleurs changer les couleurs change tout, regard différent, approche différente, c’est sympa quand on voit les couleurs

— carnet, escaliers

Dans une grande salle, un montage de néons s’étire sur toute la longueur du mur. Je zoome. Je zoome encore. Jusqu’à ce que le cadre disparaisse et qu’il ne reste plus que ça — un entrepôt abandonné, une ligne de feu rouge qui fend le silence.

Néon rouge zoom entrepôt — Zoo Art Show

Quelques lignes écrites en avançant, entre deux salles, debout :

repartir de zéro, se cacher pour réapparaître, ailleurs peut-être, tout cela n’est qu’une mise à niveau

— carnet, en marchant

Je tombe sur une phrase peinte en grand sur le mur : « La réalité se plie à la perception. »

Autour, des regards. Des yeux peints partout qui regardent dans des directions différentes. Je m’arrête. Je sors le carnet.

la réalité n’est qu’une répétition. La perception trompe la réalité. Que d’infidélités.

— carnet, en réponse

La réalité se plie à la perception — Zoo Art Show
La phrase est de l’artiste. La réponse est de moi. C’est le seul dialogue que j’ai eu ce jour-là avec quelqu’un.

Je finis la visite. Dans un couloir du 2e, un mur noir et blanc m’arrête net — des formes géométriques qui s’étirent, une composition abstraite, froide et précise.

Dans un coin, mon regard s’est arrêté sur ce qui ressemblait à des lettres. O.D. Peut-être. Ou peut-être pas.

Mur noir et blanc géométrique — Zoo Art Show
Dans un coin, mon regard s’est arrêté sur ce qui ressemblait à des lettres. O.D. Peut-être. Ou peut-être pas.

On redescend. On sort.

Dehors, La Défense reprend ses droits — les tours, le béton, le ciel blanc. Mais quelque chose a changé de place à l’intérieur. Je ne saurais pas dire quoi exactement.

quand on arrive en ville…

La phrase était toujours là, inachevée.

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